réalité ou utopie ? - Dr. Hachem TYAL

Congrès ARSPG
Hachem TYAL
Paris le 29/03/14
 L’islam
a émergé au carrefour des grandes
civilisations et religions qui l’ont précédé.
 Foisonnement
d’idées et de recherches dans
plusieurs domaines des sciences
 Les
savants arabes aux choses de l’esprit une
part constante et dominante dans la vie et la
destinée des êtres humains.
 La
psychiatrie connut une avancée
considérable et fut pendant des siècles en
avance sur le reste du monde (VIIe au XIIe
siècle).
 Les
auteurs persans ou arabes s’illustrèrent
par des descriptions cliniques de troubles
mentaux variés et l’élaboration de théories
étiopathogéniques rationnelles
 Le
Persan Arrazi ou Rhazes (850-932), grand
psychosomaticien. Il fut le premier à évoquer
le terme «El Illaj El Nafsani»(psychothérapie).
 Ibn
Sina ou Avicennes (980-1037): approfondira
les relations du corps et de la pensée .« les
remèdes psychiques doivent toujours aider la
thérapeutique médicamenteuse et la compléter
en accroissant la capacité de résistance du
malade ».
 Ishaq
Ibn Omrane (800-910) (école de
Kairouan), auteur d’un magistral traité de la
mélancolie
 Ahmed
Ibn El jazzar (898-980), l'auteur du
« Viatique » ou « Provision du voyageur »,
traite longuement des maladies du cerveau.
A réalisé un remarquable traité de
puériculture et de psycho-pédagogie de
l'enfant
 Ibnou
Roschd ou Averroes (1126-1198).
compendium ou Colliget, en arabe « Koullyat
» ou livre des généralités, dont le tome 2
traite tout particulièrement du cerveau, dans
la double perspective psycho-physiologique
 Maimonide
(1135-1204). Livre d'hygiène
intitulé « Sur le régime de la Santé » et dont
le 31ème chapitre contient un cours complet
sur l'hygiène de l'âme
Transmission à l'Occident à travers deux pôles
principaux :
 dès
la fin du XI siècle celui de Kairouan-Palerme
(Sicile)-Salerne (Italie) et Padoue(Vénétie),
 et tout au long du XII' siècle celui de Fès-Cordoue
(sud Espagne)-Tolède (à coté Madrid) et
Montpellier
les grands courants médico-philosophiques
continuèrent à circuler d'Orient en Occident
jusqu'au XIII siècle.

Les bimaristanes (terme persan désignant
étymologiquement un lieu – stane – pour malades
– bimar) accueillaient les faibles d’esprit.

Le premier : Damas, créé par l’émir El Ouafid
Ibn Abdelmalik en 707, puis celui de Bagdad en
765, jusqu’en Andalousie.

En Afrique du Nord : Marrakech au XIIe siècle,
puis plusieurs dont celui de Sidi Frej à Fès, avec
un espace de musicothérapie pour apaiser les
malades.
 La
seule université, vestige d’un passé
glorieux, était la Quaraouïne de Fès.
 Les
maristanes n’étaient plus que des
bâtiments délabrés et insalubres, et les
conditions de séjour y étaient totalement
inhumaines.
 Au
début du XXe siècle, il n’y avait donc
aucun établissement moderne pour malades
mentaux, ni d’ailleurs pour d’autres types de
malades.
 Salomon
Lwoff (père du prix nobel André) et
Paul Sérieux (Qui étaient à Maison Blanche
début 1900)
 Gaétan de Clérambault en 1915,
 R. Laforgue : mentor et psychanalyste de F.
Dolto et psychanalyste de J. Bergeret.
Rencontre Henri Foissin, spécialiste du
Rorschach
 Un seul psychiatre espagnol exerçait dans le
nord, le docteur Alfonso Turegano.

Hôpital de Berrechid(1920). 15 services pouvant accueillir
jusqu’à 1 800 lits.

hôpital Moulay Ismail de Meknès en 1923

Tit Mellil à Casablanca en 1924,

le Pavillon 36 au sein de l’hôpital Maurice Gaud à
Casablanca,

un service au sein de l’hôpital de Marrakech en 1935,
l’hôpital de Fès en 1947.

À Rabat, service de psychiatrie d’accueil temporaire était
situé à l’hôpital militaire Marie-Feuillet. Transférée en
1963 à l’hôpital Arrazi à Salé
 En
1956, année de l’indépendance, il n’y
avait aucun psychiatre marocain formé.
 Un
dahir (décret) fut promulgué le 30 avril
1959 dans ce sens.
 La
circulaire du 23 avril 1974 vient compléter
le dahir de 1959. Elle tente de décentraliser
et désinstitutionnaliser la psychiatrie
(démantèlement des hôpitaux psychiatriques
de type asilaire).
 le
nombre total actuel de psychiatres au
Maroc, toutes catégories confondues
(publics, privés et militaires) n’étant que de
350, pour 30 millions d’habitants.
 Les
consultations spécialisées
 Les
hospitalisations psychiatriques
La gestation du projet a duré plus de dix ans
avec études sur études de faisabilité
 Environnement
d’hospitalisation différent et
des soins spécifiques
 Obstacle
1 : structures conformes, au niveau
architectural, aux normes internationales
 Obstacle
2 : cas particulier des cliniques
psychiatriques assimilées, dans ces textes de
loi, parmi les cliniques médico-chirurgicales.
 la
possibilité de bénéficier du LIBRE CHOIX
dans la demande de soins
 le
libre choix revêt une très grande
importance qui est: thérapeutique, éthique
et philosophique.

Thérapeutique, car c’est la décision du patient
qui sera le fondement d’une thérapie efficace.

Ethique, car il n’est pas logique d’enfermer le
patient dans une équipe soignante qu’il ne pas
choisie

Philosophique, car les droits du patient doivent
lui donner ce choix fondamental.

L’institution: désigne les instances que sécrète la vie
collective des humains

Le Robert: action d’instituer c’est à dire d’établir
pour la première fois, d’autre part, la chose instituée
(personne morale, groupement…).

Responsabilité (histoire des institutions). « Toute
institution qui arrive à exister et à être pérenne
échappe à être en permanence en train de se
construire en prenant d’emblée son assise dans son
passé, en le remaniant si besoin ».

Une clinique à dimension humaine

Un environnement de soins de qualité.

La continuité des soins.

Une approche médicale spécifique
Les besoins fondamentaux
L’humanisation du soin
Le besoin de formation
 Les habitudes des psychiatres
 Les orientations thérapeutiques



ANALYSE DE L’EXISTANT:
 La PEC basée sur visite quotidienne du psychiatre.

Le travail de l’infirmier: travail de surveillance,
directement ou via un système de caméras installées
dans les chambres.

L’approche psychothérapique, institutionnelle ou
ergothérapique complètement exclue

Le soin des patients reposait uniquement sur la
médication, souvent très sédative des malades, et
des entretiens quotidiens avec leur psychiatre

Modifier les habitudes des soignants
 Les
rassurer pour lutter contre le phantasme
sur le risque de subir des agression de la part
des malades.

Une formation théorique
 Formation
pratique : réunions du mardi
« présentation de malades par les
infirmiers »
 L’histoire
de la maladie, l’exploration
sémiologique, la discussion diagnostique et le
projet thérapeutique

Chaque psychiatre a ses habitudes
 Les
psychiatres travaillent en cabinets privés
et dans des cliniques non psychiatriques
 la
notion de sujet : au centre de la prise en
charge de la souffrance psychique
 les


cliniques privées psychiatriques :
au premier plan de la lutte contre l’hégémonie
grandissante du DSM
Au premier plan contre le dictat des grands
laboratoires pharmaceutiques sur les
prescripteurs.
 la
prescription médicamenteuse: un élément
parmi d’autres des soins dont bénéficiaient
les patients.
 particularités
du rapport à soi au Maroc

Intéresse guérisseurs, thérapeutes en tous genre,
psychosomaticiens, Coaches, fquih, etc...

entendent des récits de vie auxquels ils donnent
un sens en les interprétant selon des principes
bien codifiés, chez chacun d’entre eux, dans
lesquelles le religieux occupe souvent une place
centrale.

Ces pratiques ont une vertu thérapeutiques car
elles leur permettent de nommer leurs émotions
et d’entendre des interprétations normatives
structurantes.
 ne
pas adopter un modèle qui remettrait en
question, en profondeur, les croyances des
patients
 donner
toute sa place, à la parole, à une
parole "autorisée« car étayée par sa
référence au scientifique, au médical
 le
choix le plus proche de cette attente: la
psychanalyse
 ne
pas retenir le modèle biomédical comme
modèle de référence
 ne
pas s’inscrire dans le sillage de ce qui se
faisait dans les établissements privés de soin
 Ne
pas rester sur le discours qui a prévalu
jusqu’à aujourd’hui, discours purement
médical sur l’« homme machine » en
oubliant l'importance de la singularité du
sujet.
 redonner
toute sa place à la subjectivité du
patient,
 écouter
sa plainte autrement,
 lui
apporter une réponse différente, inscrite
dans une approche globale du sujet.
 se
prévaut d'une grande autonomie, au
niveau épistémologique, vis-à-vis de
l'approche médicale
 Toute
institution a un fonctionnement, une
âme.
 place
majeure qu’ont TOUS les intervenants
auprès des patients, dans le soin en
psychiatrie.
 La
première décision a été de créer un poste
de directeur administratif et financier
totalement séparé du poste de directeur
médical.

Choix du modèle de gestion administrative à
adopter au sein de la clinique.

Fallait-il choisir un modèle de gestion basé sur
une transversalité dans les métiers et une
horizontalité dans la hiérarchie (modèle
systémique)?

fallait-il choisir un modèle différent, dans
lequel la réflexion permanente, avec la
psychanalyse comme référentiel d’analyse des
situations problème était l’élément fondamental
(JP Lebrun)?
 vocation
de la psychanalyse n’est pas
d’apporter des solutions aux situations
problèmes en institution,
 Elle
permet l’identification de ce qui
constitue les invariants de la vie collective
tout en rappelant que la vie d’un collectif
est toujours structurée par les contraintes
auxquelles sont soumis les être parlants que
nous sommes (JP Lebrun).

La psychanalyse en institution permet de donner
sens à des problèmes très actuels dans
l’institution liés, en particulier, aux
modifications de rapports de force survenant
entre les différents intervenants dans celles-ci.

Ces modifications sont liées à des changements
profonds des repères symboliques de chacun de
ces intervenants dès lors qu’ils participent
activement à la vie de l’institution.

La psychanalyse va permettre de travailler en
profondeur sur les liens qui organisent l’institution.

perversité hautement destructrice de ces liens si on
ne leur accorde pas l’importance qu’ils méritent.

ces liens font fi des liens inscrits dans un système
pyramidal d’organisation pour en adopter un autre où
toutes les places sont paritaires

nous met au défit de revisiter la notion même de vie
collective en institution.
 la
psychanalyse, comme référentiel
thérapeutique en institution, redonne toute
sa place à la parole, ce qui est essentiel
quand on s’occupe de souffrance psychique.
En effet, c’est en donnant toute sa place à la
parole que nos différences peuvent coexister.
Et si dire ne résout pas forcément il permet
que celui qui dit existe comme sujet, à part
entière, ce qui est vital pour l’institution.


la psychanalyse, en tant qu’outil de compréhension
du fonctionnement institutionnel et de ses failles et
insuffisances, est indispensable afin que l’institution
psychiatrique ne soit pas qu’un rassemblement
collectif géré comme une entreprise.
Il faut en effet, qu’elle constitue une vraie structure
organisée autour d’une activité, qui se perpétue et
qui s’interroge en permanence sur elle même, en
donnant toute sa place à la parole. Ce n’est que de
cette manière, nous semble-t-il, qu’on redonnera
toute leur place aux soignants en santé mentale pour
préserver leur statuts de professionnels de l’écoute,
et non pas en faire ce qu’on essaye d’en faire, à
savoir des « gardes de l’évaluation ».

Il n’y a de clinique que du sujet, ce qui suppose
que la véritable nature de la pathologie ne peut
se rencontrer qu’en cheminant le long des rives
de la clinique relationnelle qui allie l’objectif à
la dimension intersubjective. Cela implique qu’il
ne peut exister de pratique sans théorie, ni de
théorie sans pratique. A ce titre, les apports de
la psychanalyse, demeurent essentiels pour
rendre compte de la complexité de
l’engagement dans les soins, en psychiatrie
privée plus qu’ailleurs, ce que la psychiatrie du
21ème siècle semble malheureusement oublier

L’humanisme d’une société se mesure à
l’aune du respect qu’elle doit à ses individus
souffrant de pathologie mentale comme aux
conditions qu’elle réserve à ceux qui les
soignent, à la qualité des lieux d’accueil
qu’elle leur doit comme à la qualification des
professionnels concernés. Dans des pays comme
les nôtres, pays du Maghreb Arabe, qui ont choisi
la voie du progrès et qui s’investissent
massivement dans ce sens ces dix dernières
années, cet élément ne doit surtout pas être
occulté, en donnant à la création de structures
de soins psychiatriques privées une place
prioritaire dans les choix politiques de ces pays.