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« LA MORT DES POETES » : DOSSIER PEDAGOGIQUE
Plan du dossier
Introduction
I- ACTIVITES PROPOSEES AVANT LA VISITE
1- Recherches et présentations orales au CDI
2- Propositions pour réfléchir à la notion d’héroïsme et l’expression « tué à l’ennemi »
II- DEROULEMENT DE LA VISITE ET ACTIVITES POSSIBLES
III- MISE EN VALEUR ET DEVELOPPEMENTS ULTERIEURS
1- A partir d'une oeuvre : écrire un texte (l'usage l'appareil photo sans flash est autorisé)
2- Réaliser une anthologie sur la première guerre mondiale
3- Un travail sur la mise en musique d'un poème de Wilfred Owen par Benjamin Britten, The War
requiem
ANNEXES
FICHE 1 : LA NOTION D'HEROÏSME, LES TEXTES
FICHE 2 : OTTO DIX LE MARCHAND D'ALLUMETTES
FICHE 3 : TRAVAUX SUR LA LANGUE
FICHE 4 : LA POESIE, LIEU D'ECHANGES
FICHE 5 : CORPUS DE TEXTES
FICHE 6 : UTILISATION DES VISIOGUIDES
RESSOURCES DOCUMENTAIRES
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Introduction :
L'exposition « La Mort des poètes » qui accompagne la réouverture de la BNUS est
consacrée à trois écrivains disparus lors de la première guerre mondiale : le français Charles Péguy
(1873-1914), l'alsacien, Ernst Stadler (1883-1914) et le britannique Wilfred Owen (1893-1918).
L'exposition s'étend sur la totalité de la surface des nouvelles salles d'expositions situées à
l'entresol de la BNU. Elle présente de nombreux manuscrits, des textes de presse, des ouvrages
anciens, et aussi - c'est l'une de ses richesses - un important ensemble d'oeuvres picturales et des
travaux de micro-édition.
Elle est organisée en douze « chapitres » qui en favorisent la lisibilité. Pour chaque chapitre,
un dossier complémentaire est proposé à la consultation. Des visioguides, en nombre suffisant
pour en permettre l'utilisation par les élèves, permettent en outre d'entendre des lectures, de
visionner des entretiens avec des spécialistes et de se livrer à une exploration des ouvrages
protégés dans les vitrines.
La thématique de l'exposition s'articule aux programmes, et incite à l'interdisciplinarité, tant au
Collège, en classe de troisième (art du XXe siècle, thématique de l’engagement, histoire de la
première guerre mondiale, épreuve d'histoire des arts, langues...), qu’au lycée. Elle peut y être
exploitée dans le cadre de l’enseignement d’exploration « littérature et société » en classe de
seconde, ou dans celui des Travaux Personnels Encadrés en classes de première. A ce dernier
niveau elle peut aussi permettre d’enrichir l’approche de certains objets d’étude en français (« la
question de l’homme dans les genres de l’argumentation », « Ecriture poétique et quête du sens »
et « Le personnage de roman »). L’exposition peut également fournir un appui à des activités
d’accompagnement personnalisé autour de plusieurs problématiques : « Pourquoi, comment
témoigner ? » « comment se souvenir, prendre la mesure de ce que furent ces quatre années de
guerre de position ? Le rôle de la voix poétique ? » « Comment l’art nous permet-il de nous
représenter aujourd’hui ce que fut la guerre de tranchée ? » On peut alors solliciter en plus de ce
qui est proposé dans cette exposition et ce document le cinéma, la bande dessinée… (voir
ressources documentaires)
Comme le signalent les commissaires eux-mêmes1, les trois auteurs mis en avant dans
l'exposition sont très différents et peu de traits permettent a priori de les associer : ils
appartiennent à des générations différentes, à des espaces géographiques distincts et aucune
appartenance à un courant littéraire commun ne les rassemble. Ils ne se sont d'ailleurs jamais
rencontrés. Ils ont aussi disparu dans des conditions très différentes : Péguy et Stadler ont péri au
début de la guerre, Owen a été fauché à la toute fin du conflit. Ces éléments expliquent qu'ils
fassent l'objet de traitements différents au sein de l'exposition.
L'auteur britannique, qui est le seul à avoir connu l'enfer des tranchées, est surtout présent
dans l'exposition à travers ses célèbres poèmes de guerre dont plusieurs manuscrits sont
présentés. Cet ensemble poétique figure parmi les classiques de la littérature britannique, il
représente, à lui seul, la meilleure part de la production d'Owen qui disparaît à vingt-cinq ans.
Ce sont en revanche des manuscrits et des publications liés à leurs itinéraires d'avantguerre qui servent de base à l'évocation des figures de Péguy et de Stadler. L'un et l'autre ont de ce
point de vue des histoires intellectuelles intéressantes. Enfant du peuple, qu'une scolarité brillante
a conduit aux portes de l'Ecole Normale Supérieure, Péguy est animé par un mysticisme
1- « Entretien de Claire Daudin avec Julien Collonges et Jérôme Schweitzer, commissaires de l'exposition « 1914 La
mort des poètes », Europe, numéro spécial Charles Péguy, 1024-1025, août-septembre 2014.
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républicain qui le conduit, notamment, à combattre au côté des Dreyfusistes. Ses talents de
polémiste s'épanouissent dans ses célèbres Cahiers de la quinzaine. A la veille de la guerre il aussi
l'auteur d'une vaste oeuvre poétique, c'est un patriote et un chrétien fervent. Il meurt en héros
dès 1914.
Le travail d'Ernst Stadler, né en Alsace de parents allemands, est lui marqué par son identité
d'alsacien partagé entre deux cultures. Traducteur d'Henri de Régnier et de Francis Jammes, il a
défendu avec René Schickele l'idée que l'Alsace doit être l'espace privilégié de l'échange entre les
deux cultures. Proche du courant expressionniste il a traduit un extrait de Notre jeunesse de Péguy
pour la revue Die Aktion. Malgré son pacifisme, et alors que d'autres intellectuels rejoignent
Romain Rolland en Suisse, il choisit de répondre à l'appel.
Tributaire de ces différences de parcours, l'exposition se structure donc à partir d'une
double focale, mettant en lumière d'une part certains aspects du climat intellectuel de l'avant
guerre en France et en Allemagne, et, d'autre part, l'expression de la violence des combats.
L'importante part iconographique traduit ce double centrage. Elle fait en effet cohabiter des
œuvres antérieures à la guerre et des productions réalisées pendant ou peu après le conflit. Cette
juxtaposition permet de rendre sensible le bouleversement des formes artistiques que la violence
de la guerre a accompagné et amplifié. Des œuvres contemporaines, pour certaines réalisées à
l'occasion de l'exposition, complètent l'ensemble dans le chapitre final « Crépuscule ».
C'est donc souvent la mise en évidence des contrastes, des oppositions et des ruptures,
tout comme la rencontre de genres artistiques différents, qui rend la découverte de l'exposition
vivante pour les élèves. Nous proposons de travailler dans cet esprit.
Signalons l'excellente exposition présentée jusqu’au 30 janvier 2015 aux archives
municipales « Strasbourg en guerre 1914-1918. Une ville allemande à l’arrière du front » qui peut
être
visitée
en
complément
à
l'exposition
« La
mort
des
poètes ».
http://archives.strasbourg.fr/expo_cours.htm
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I- ACTIVITES PROPOSEES AVANT LA VISITE
1- Recherches et présentations orales au CDI
Durée : deux heures.
Objectifs : obtenir à l'issue de recherches en petits groupe, une mise en commun de
connaissances. Lancer la préparation de lectures à voix hautes qui seront demandées lors de la
visite.
Compétences sollicitées : autonomie, capacité à hiérarchiser l'information et à diversifier les
sources, aptitude à la présentation orale et participation à un travail collectif.
Nous suggérons de diviser le groupe classe en petits groupes. Chacun d'eux préparera une
présentation orale de cinq minutes à dix minutes, en indiquant ses sources. Lors de chaque
présentation, le reste de la classe prendra des notes et conservera cette trace écrite en vue d'une
utilisation lors de la visite de l'exposition.
Sujets
(liste indicative)
Ressources documentaires suggérées
Ernst Stadler.
sites internet.
Charles Péguy.
documentaires, dictionnaires de la littérature,
sites internet.
Wilfred Owen.
sites internet
L'expressionnisme, avant (les fondements du
mouvement) et après la guerre (les formes
artistiques issues du conflit). Insister sur Otto
Dix.
Documentaires d'art, revues d'art (accès par Esidoc base de données documentaire du CDI).
Vocabulaire : barbare, frontière (voir fiche 3
« travaux sur la langue » en annexe).
Dictionnaires, dictionnaires étymologiques.
La BNUS : l'institution et la rénovation
Sites internet.
Trouver et présenter les livres des écrivains
ayant livré un témoignage sur première guerre
mondiale (Remarque, Barbusse, Genevoix,
Dorgelès, Céline...) disponibles au CDI. Une ou
deux lectures d'incipit peuvent être faites lors
de la présentation orale.
Accès via E-sidoc.
La première guerre mondiale : quelques
Fond documentaire du CDI (accès via E-sidoc).
repères simples (guerre de mouvement, guerre
de position, le rôle des britanniques).
Un groupe prépare les lectures qui seront faites Textes fournis par le professeur. Voir ci-dessous
à voix haute sur place (voir ci-dessous), si
le groupement de textes suggéré et les
possible à plusieurs voix.
indications de lectures proposées sur le site
Fiche 5 en annexe : corpus de textes).
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2- Propositions pour réfléchir à la notion d’héroïsme et l’expression « tué à
l’ennemi »
1
« Tué à l’ennemi » et non pas « tué par l’ennemi » : c’est l’expression consacrée, le terme
administratif pour désigner le genre de mort, précisé sur les fiches militaires, des soldats tués au
front. Il évoque l’idée d’un face à face, l’homme a été tué en allant vers l’ennemi. L’offensive à
outrance qui caractérise la conception militaire de l’époque a fait de terribles ravages dans les
premières semaines de la guerre, ce que ses opposants ont résumé par la formule « Attaquons,
comme la lune ! » Ceux qui incarnent le mieux cette attitude sont les officiers - dont Péguy - qui
meurent debout parce que c’est l’état d’esprit de l’époque. Certes, il fallait être debout pour mieux
voir mais il s’agit surtout d’une question d’honneur : on ne se couche pas devant l’ennemi. Michel
Laval fait le récit des derniers instants du poète « Péguy commande, tout d’énergie tendue, debout
au milieu du tumulte, méprisant la peur, défiant la mort lancée autour de lui dans une sarabande
infernale. (…) Il crie sans relâche « Tirez ! Tirez ! Nom de Dieu ! » Après un nouveau bond en avant,
les soldats se sont couchés sur le sol. Mais Péguy, toujours impassible, reste debout, n’esquissant
2
pas le moindre geste de protection, ne manifestant pas la moindre appréhension.» Les soldats de
2
Péguy l’implorent « couchez-vous ! » Mais pour Péguy, « l’honneur vaut plus que la vie » et une
balle l’atteint en plein front. Monter à l’assaut baïonnette au canon est absurde mais c’est la
conséquence du refus du commandement français de prendre en compte les évolutions dans les
façons de se battre.
1. Sources : France culture, « Esprit public », Philippe Meyer, interview de Michel Laval, auteur de Tué à l’ennemi, la
dernière guerre de Charles Péguy, 2013 http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4656726
2. Michel LAVAL, Tué à l’ennemi, la dernière guerre de Charles Péguy, Calmann-Levy , 2013 p. 389
Témoignage vidéo d’un des soldats qui a vu mourir Péguy in « Ceux de 14 »
http://www.opex360.com/2014/09/05/ceux-de-14-1-la-mort-du-lieutenant-charles-peguy/
Des textes pour alimenter la réflexion sur la question de l’héroïsme (voir annexe fiche 1)
Culture antique, on pourra proposer au choix un extrait de l’Odyssée d’Homère.
Ernst Stadler, Der Aufbruch, (Le départ)
Il est intéressant de comparer les points de vue des deux poètes qui reprennent le
paradoxe évangélique : Péguy dans Eve et Owen dans Insensibility (Insensibilité). On pourra
s’arrêter lors de la visite de l’exposition sur le manuscrit autographe exposé dans la section
« Barbare ». Owen joue sur les deux sens du mot du titre, absence de sensations et de raison
(sense). Il évoque ceux qui ont perdu toutes sensations et sont les plus heureux car ils n’éprouvent
plus d’émotions face à la mort ou leurs propres blessures et les civils qui n’ont pas de compassion
et veulent poursuivre la guerre prouvant par là leur insensibilité. Owen refuse l’héroïsation. Voir
par exemple sa préface de A chaque lent crépuscule : « Ce livre ne parle pas de héros. (…) Mon
sujet c’est la Guerre et le malheur de la Guerre ».
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Nous recommandons l’analyse comparée de « Dulce et decorum est » d’Owen et « Eve» de
Péguy (Heureux ceux qui sont morts). Vous trouverez à cette adresse le texte original et une
traduction de qualité :
http://horslesmurs.ning.com/profiles/blogs/1302569:BlogPost:40270
et là une très expressive lecture du poème par Kenneth Branagh sur youtube
https://www.youtube.com/watch?v=ghUFB2WZD6A
De lecture facile, ils sont accessibles à des classes de 3e, le texte d'Owen est très évocateur. Il y
récuse « le vieux mensonge « Dulce et decorum est/Pro patria mori », « Il est doux et honorable
de mourir pour la patrie » (Horace, Odes). Le manuscrit autographe de ce poème se trouve dans la
partie « PAYS ». Il contient aussi des éléments historiques (la mort par le gaz). On pourrait mettre
en parallèle: la terre fertile/la fange ; l'idéal glorieux et consolateur de la mort pour la patrie/la
même idée reprise avec une ironie grinçante ; un texte d'avant guerre (1913)/un texte écrit au
coeur de la réalité absurde des combats (1917-1918); une rhétorique un peu codée/un style cru et
direct... Dans le poème d’Owen, les soldats que la propagande décrit comme vigoureux sont mal
en point et comparés à de vieilles femmes.
Note : « Cinq-Neuf » fait référence aux obus de calibre 5.9 pouces (en français avec le système
métrique, ils sont référencés comme obus de 150 mm). Ce sont des projectiles d'artillerie, lourds
et tirés avec des trajectoires courbes, ce qui explique leur "lenteur" et le fait que les fantassins les
aient déjà "dépassés" en chargeant. Ceux de la première guerre mondiale contenaient
fréquemment des gaz de combat.
Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit
Romain Rolland, « Au dessus de la mêlée », article du 15 septembre 1914, Journal de
Genève, voir http://centenaire.org/fr/espace-pedagogique/pistes-pedagogiques/six-dates-sixtextes (Piste 2, texte 1)
Claude Simon, L’Acacia, 1989 voir http://centenaire.org/fr/espace-pedagogique/pistespedagogiques/six-dates-six-textes (Piste 2, texte 6)
La page 54 ( édition livre de poche) de la nouvelle Mains et merveilles de Philippe Claudel
publiée dans Trois petites histoires de jouets, 2004, où le héros, amputé des deux bras s’indigne de
la formule « à ses enfants tombés au champ d’honneur ».
II- DEROULEMENT DE LA VISITE ET ACTIVITES POSSIBLES
Durée : deux heures
Objectifs : éviter les formules du type « visite guidée » ou « visite avec questionnaire ». Favoriser
une démarche active de découverte de l'exposition et l'échange d'observations.
Compétences développées : autonomie, maniement de l'oral, utilisation pertinente des outils mis
à dispositions par les commissaires (cartels, visioguides, repères...)
Nous proposons ici un déroulement pour une séance d' 1h30 environ qui tient compte des
lieux, de la disposition de l'exposition et de la nécessité de rythmer la visite en alternant phases de
découvertes autonomes et recentrage sur certaines éléments. Un espace, celui du dernier
chapitre intitulé « Crépuscule » sera exclu des phases d'explorations en autonomie. Il servira de
lieu de mise en commun à l'issu de la visite. Il offre des supports pour un travail complémentaire.
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1ère phase : trois grands portraits, oeuvres à l'acrylique et crayon sur papier, réalisées par Claude
Poulette accueillent le visiteur à l'entrée de l'exposition. Des rappels biographiques peuvent ici être
demandés aux élèves à partir de leurs recherches préalables. Des petits groupes sont constitués.
2ème phase : Une demi-heure est consacrée à la découverte de l'exposition. Chaque groupe a
pour consigne de sélectionner un document écrit (manuscrit ou document publié, illustré ou non)
et une oeuvre exposée qui rappelle un texte étudié en classe (voir annexe, fiche 5 ou autres
textes). Il est demandé d'identifier précisément les documents et les oeuvres (auteur/artiste, titres,
type de publication, technique picturale, dates, origine...) à l'aide des cartels. Les élèves devront
justifier ces choix qui ont nécessairement une dimension subjective. Les visioguides qui
permettent une exploration approfondie - visuelle ou sonore - de certains documents, peuvent ici
être utilisés.
• Un groupe peut-être chargé de relever les messages d'espoir, de réconciliation, d'ouverture
à l'autre que l'exposition propose. Voir annexe fiche 4 « La poésie, lieu d’échanges »
• Un autre groupe préparera une présentation de la vision de la ville proposée par les
expressionnistes. (voir ci-dessous les activités visioguides proposées)
3e phase : le groupe classe se reconstitue. Plusieurs groupes volontaires présentent leurs choix. Les
connaissances acquises lors de la séance de recherches au CDI ou lors de l'étude du groupement
de textes sont ici mobilisées dans les échanges oraux.
Les enseignants conduisent le groupe à observer plusieurs œuvres, vous trouverez cidessous quelques suggestions. Des lectures, préparées si possibles par des élèves volontaires,
peuvent être effectuées.
1- Dans l’espace « Guerre »
Les conscrits de Paul Braunagel pour l’insouciante ferveur combattante d’une partie de la
jeunesse mobilisée. Voir aussi Owen dans Les adieux, « Brins et couronnes ornaient leurs
poitrines/Blanches comme celles des morts ».
2- Dans l'espace « Barbare »
Soldat dans les flammes de Frans Masereel peut être relié à Le feu de Barbusse œuvre qu’Owen
a lue et dont il s’est inspiré. « C'est le barrage. Il faut passer dans ce tourbillon de flammes et ces
horribles nuées verticales. On passe. On est passé, au hasard : j'ai vu, ça et là, des formes
tournoyer, s'enlever et se coucher, éclairées d'un brusque reflet d'au-delà. J'ai entrevu des faces
étranges qui poussaient des espèces de cris, qu'on apercevait sans les entendre dans
l'anéantissement du vacarme. » Henri BARBUSSE, Le Feu, Journal d'une escouade, 1916,
Flammarion, 1917
Gefallener im Stacheldraht de Willy Jaeckel qui représente un homme pris dans les barbelés peut
être mise en relation avec la nouvelle de Philippe Claudel publiée dans Trois petites histoires de
jouets « Mains et merveilles », éditions Virgile, 2004, p. 17 et 18 dans l’édition Livre de poche et
l’extrait de Jean Echenoz, 14, 2012 (Annexe fiche 5- Piste 3- La guerre des tranchées, le
traumatisme)
3- Dans l'espace « Crépuscule »
Mort d’un fusillé de Frans Masereel peut être relié au chapitre 13 du roman de Jean Echenoz, 14,
publié en 2012 aux éditions de Minuit et à l’extrait de Roland Dorgelès, Les Croix de bois, 1919 (voir
annexe fiche 5- Piste 4- La perte de sens, les mutineries, texte 3)
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4- Dans l'espace « Verbe »
Un admirable exemple, la mort du poète récit illustré publié en 1915 dans une revue destinée à
l’édification patriotique des jeunes garçons. Les connaissances acquises lors du travail sur la notion
d'héroïsme (voir ci-dessus) sont ici mobilisées. Il peut être demandé de lire certaines des vignettes
5- Dans l'espace « Chair »
Le marchand d'allumettes, Otto Dix (Voir annexe- fiche 2). Lecture de Disabled de Owen
(traduction de Bartelemy Dussert) et d'un extrait de « Mains et merveilles » tiré de Trois petites
histoires de jouets, de Philippe Claudel.
6- Dans l’espace « Pays »
Air fight at Wytschaete de Paul Nash peut être mis en parallèle avec le texte de Giono, Refus
d’obéissance (voir annexe fiche 5- corpus de textes) pour la vision ambivalente de la campagne
(destruction militaire et renouveau pastoral)
4e phase : conclusion et lancement de travaux d'exploitation de la visite
« Crépuscule », le chapitre final de l'exposition propose des oeuvres produites par des
artistes contemporains et un travail d'édition d'art réalisé entre 2012 et 2014 par les étudiants de
la Haute école des arts du Rhin et du Master Edition de l'université de Strasbourg.
Cet espace permet d'établir un lien entre le reste de l'exposition et des formes de création
plus contemporaines. Il est proposé d'y réunir les élèves en fin de visite.
Un exercice d'observation, mettant en évidence les ambiances véhiculées par les œuvres
en fonction de leurs esthétiques respectives présente en soi un intérêt. Elles appartiennent à des
genres très différents et utilisent des techniques pour certaines très spécifiques (du monotype, à la
peinture à l'huile en passant par le crayonné, la bande dessinée ou la photo).
Cette observation peut servir à lancer des travaux ultérieurs.
Plusieurs activités pourraient ainsi être envisagées :
III- MISE EN VALEUR ET DEVELOPPEMENTS ULTERIEURS
1- A partir d'une oeuvre : écrire un texte (l'usage d’un appareil photo sans flash est
autorisé).
2- Réaliser une anthologie sur la guerre.
Les oeuvres du dernier espace auront aidé à dégager collectivement une série de mots-clés
liés à l'exposition (violence, douleur, séquelles, souvenir, héros...). Chaque groupe s'appuie sur l'un
d'entre eux pour proposer une anthologie, illustrée et mise en forme comme un livre-objet. Les
publications qui peuvent être observées dans la vitrine présentant les travaux de micro-éditions
auront été stimulantes : de nombreuses idées de présentations originales y sont utilisées (papier
découpé, dépliant, déconstruction de rapport texte-image...). En collège ce travail peut-être réalisé
en relation avec le professeur d'arts plastiques. En lycée on pourra demander l'écriture d'une
préface.
L'objectif peut être une exposition des travaux au CDI ou lors des journées portes ouvertes
et une publication de textes sur le site de l'établissement.
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3- Un travail sur la mise en musique d'un poème d'Owen par Benjamin Britten
Travail sur The parable of the old man and the young : un poème de Wilfred Owen mis en musique
par Benjamin Britten (1913-1976), War Requiem (1962).
Un travail sur le War Requiem de Benjamin Britten peut intervenir en conclusion de cette
séquence de travail autour de l’exposition « La mort des poètes ». Cette œuvre chorale pour
soprano, ténor, baryton, chœur d’enfants, chœur mixte orgue et orchestre, intègre au sein d’une
messe de requiem, neuf poèmes de Wilfrid Owen.
Un cadrage historique peut permettre de relever la signification particulière que revêt l’utilisation
de l’œuvre de ce poète dans le cadre du War requiem. Cette œuvre a en effet été composée pour
l’inauguration de la nouvelle cathédrale de Coventry, construite face aux ruines de l’ancienne
cathédrale détruite par l’aviation allemande dans la nuit du 14 au 15 novembre 1940. L’œuvre a
été créée dans le nouvel édifice en 1962. Elle commémore une destruction mais s’inscrit aussi plus
largement dans la période pacifiée et porteuse d’espoir de l’après-guerre, tourné, en Europe, vers
la réconciliation et la construction communautaire (le Traité de Rome est signé en 1957). Notons
que War Requiem a été joué par l'OPS le 15 novembre 2013 au palais des congrès en ouverture du
programme de commémoration de la guerre de 14-18
Il est possible de revenir sur le lien - implicitement établi par Britten à travers l’utilisation de
l’œuvre d’Owen - entre la première et la seconde guerre mondiale. Sur un plan historique on
pourra notamment rappeler les aspects du premier conflit (l’ampleur des destructions, la brutalité
de la guerre, la déshumanisation des affrontements…) qui ont trouvé trente ans plus tard leur
prolongement dans les meurtres de masse nazis et la mise en place d’une industrie de la mort. Les
images de Coventry détruite font ici écho aux paysages lunaires des champs de batailles du
premier conflit mondial.
La mise en musique de The parable of the old man and the young au premier tiers de l’Offertorium
est particulièrement intéressante à analyser.
Dans ce poème, Owen reprend et détourne la parabole biblique du sacrifice d’Isaac. Abraham
ignore ici l’intervention de l’ange et tranche froidement la gorge de son fils. Le poème illustre alors
le sentiment de trahison éprouvé par la jeunesse européenne précipitée dans une guerre absurde
dont les conditions ont été créées par la génération qui l’a précédée.
Après un rappel des racines bibliques de la parabole, les élèves sont conduits à repérer les
articulations principales du poème. Cinq parties peuvent être dégagées.
1- Les préparatifs du sacrifice (« Abraham fendit le bois, prit le feu et un couteau »)
2- La surprise d’Isaac qui interpelle son père (« où se trouve l’agneau pour ce sacrifice par le
feu ? »)
3- Abraham assujettit son fils avec « ceintures et lanières » et construit « des tranchées et des
protections défensives » (la référence à la guerre est ici lisible, tout comme dans les
références répétées au feu)
4- L’intervention de l’ange qui appelle le père à l’épargner son fils et de le remplacer par un
bélier
5- L’exécution froide qui préfigure celle et « de la moitié des jeunes d’Europe, l’un après
l’autre »
La construction de la pièce musicale reprend cette succession dramatique. On peut rendre sensible
les étapes de son déroulement en recourant pour l'écoute à la version de Wolfgang Sawallisch
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disponible sur youtube https://www.youtube.com/watch?v=O2FfkwcG68g qui permet de bien
visualiser les interventions des différentes sections vocales et instrumentales. La pièce concernée
se trouve à la fin du premier tiers du film (3mn50).
Articulations du texte
Eléments de la partition
1- So Abram rose, and clave the wood, and
went,
And took the fire with him, and a knife.
And as they sojourned both of them together,
Tessiture du chanteur : Baryton (Abraham), voix
de la sagesse dans l’opéra.
Style pastoral (importance du hautbois et de
flûte).
L'accent sur « knife », introduit un élément
d'inquiétude dans ce passage, dansant et
mélodique.
2- Isaac the first-born spake and said, My
Father,
Behold the preparations, fire and iron,
But where the lamb for this burnt-offering?
Tessiture du chanteur : ténor (Isaac). Voix du
jeune héros dans l’opéra.
Accent sur « My father » : rupture.
Prédominance du hautbois et de la harpe.
L'inquiétude montante est ici introduite par le
ralentissement du tempo et la disparition
graduelle des instruments. Le passage s'achève
sur une forme de récitatif et sur un long silence
3- Then Abram bound the youth with belts and Importance des dissonances et de timbres liés à
straps,
la guerre : percussions, notes graves au basson.
And builded parapets and trenches there,
Apparition des cuivres (guerre bataille).
And stretched forth the knife to slay his son.
4- When lo! an angel called him out of heaven,
Saying, Lay not thy hand upon the lad,
Neither do anything to him, thy son
Behold, caught in a thicket by its horns
A Ram.Offer the Ram of Pride instead of him.
Avec l'apparition de l'ange un rétablissement de
l'harmonie semble possible : mode majeur,
harpe, chant du ténor et de baryton à deux voix
à la quarte.
5- But the old man would not so, but slew his
son,
And half the seed of Europe, one by one.
Réapparition des cuivres. Tempo soudain plus
rapide.
Epilogue
Répétition lancinante de la dernière phrase,
apparition des choeurs, alternance de sons à
l'orgue rappelant le bruit d'une sirène.
Atmosphère de deuil, entre la douleur et
l'apaisement.
Dans la perspective de la constitution d'un dossier d'histoire des arts en classe de 3e il est possible
de développer cette approche en travaillant sur l'architecture, très originale, de la cathédrale
moderne. Œuvre de Basil Spence, elle contient des éléments décoratifs remarquables, notamment
la grande verrière de John Hutton dont les motifs gravés entretiennent des liens avec
l'expressionnisme. www.historiccoventry.co.uk/cathedrals/newcathedral.php
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ANNEXES
FICHE 1 : LA NOTION D'HEROÏSME, LES TEXTES
Ernst Stadler, Der Aufbruch, (Le départ)
« Une fois déjà les fanfares ont déchiré mon cœur impatient,
Qui tel un cheval en a mordu la bride,
La marche des tambours grondait sur tous les chemins,
Et la pluie des balles était pour nous la plus belle musique sur terre
(…)
Le soir peut-être nous serions enlacés de défilés victorieux
Ou peut-être quelque part, écartelés sous des cadavres » (…)
Ernst Stadler « Le départ » traduction de Philippe Abry, éd Arfuyen p.95
Charles Péguy, Eve (1913)
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle.
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles.
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l'appareil des grandes funérailles.
(…)
Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés. »
(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres poétiques complètes, p. 664)
Wilfred Owen, Insensibility (Insensibilité), 1917-1918
Happy are these who lose imagination :
They have enough to carry with ammunition
Their spirit drags no pack
Heureux ceux qui perdent l’imagination
C’est bien assez de porter des munitions
Leur esprit ne coltine aucun barda
Wilfred Owen, Insensibility (Insensibilité), 1917-1918, éd Le castor astral, Collection Escales des
lettres, traduction Barthélémy Dussert
Wilfred Owen, Dulce et decorum est texte et traduction à cette adresse
http://horslesmurs.ning.com/profiles/blogs/1302569:BlogPost:40270
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Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932
Notre colonel, il faut dire ce qui est, manifestait une bravoure stupéfiante ! Il se promenait
au beau milieu de la chaussée et puis de long en large parmi les trajectoires aussi simplement que
s'il avait attendu un ami sur le quai de la gare, un peu impatient seulement. Moi d'abord la
campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste,
avec ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ses chemins
qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c'est à pas y tenir. Le vent s'était
levé, brutal, de chaque côté des talus, les peupliers mêlaient leurs rafales de feuilles aux petits
bruits secs qui venaient de là-bas sur nous. Ces soldats inconnus nous rataient sans cesse, mais
tout en nous entourant de mille morts, on s'en trouvait comme habillés. Je n'osais plus remuer.,
Ce colonel c'était donc un monstre ! A présent, j'en étais assuré, pire qu'un chien, il
n'imaginait pas son trépas ! Je conçus en même temps qu'il devait y en avoir beaucoup des
comme lui dans notre armée, des braves, et puis tout autant sans doute dans l'armée d'en face.
Qui savait combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-être en tout ? Dés lors ma frousse devint
panique. Avec des êtres semblables, cette imbécillité infernale pouvait continuer indéfiniment
...Pourquoi s'arrêteraient-ils ? Jamais, je n'avais senti plus implacable la sentence des hommes et
des choses.
Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? pensais-je. Et avec quel effroi !...Perdu parmi deux
millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu'aux cheveux ? Avec casques, sans casques ,
sans chevaux, sur motos, hurlants, en auto, sifflants, tirailleurs, comploteurs, volants, à genoux,
creusant, se défilant, caracolant dans les sentiers, pétaradant, enfermés sur la terre comme dans
un cabanon, pour y tout détruire, Allemagne, France et Continents, tout ce qui respire, détruire,
plus enragés que les chiens, adorant leur rage ( ce que les chiens ne font pas ), cent, mille fois plus
enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! Nous étions jolis ! Décidément, je le concevais,
je m'étais embarqué dans une croisade apocalyptique.
Louis-Ferdinand Céline,Voyage au bout de la nuit, Gallimard, 1932
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FICHE 2 : OTTO DIX LE MARCHAND D'ALLUMETTES
Streichholzhädler (Marchand d'allumettes) gravure à la pointe sèche, réalisée par Otto Dix (18911969) en 1921 figure dans les collections du musée d'Art Moderne et contemporain de Strasbourg,
elle est tirée du tableau du même nom conservé à Stuttgart, qui date de 1920.
On peut ici conduire les élèves à identifier plusieurs éléments
Contexte de création : la période d'instabilité sociale et politique de l'après-guerre, dans une
Allemagne défaite et humiliée.
Le thème : Le pays est peuplé d'invalides, vestiges humains d'une armée vaincue que personne ne
souhaite voir. La gravure représente l'un d'eux, marchand d'allumettes, amputé des bras et des
jambes, aveugle.
Une figure de la détresse : un chien lui urine dessus, les passants fuient ou l'ignorent. Les jambes
qui lui manquent figurent ironiquement dans le cadre. Une figure de la féminité désormais
inaccessible, s'éloigne.
Une technique propre à l'expressionnisme : dureté du trait, importance de angles aigus (reliefs du
mur, revers du veston, dallage), déconstruction volontaire de la perspective et multiplication des
points de vue et des formes (triangles, carrés, hachures, lignes parallèles, demi-cercles...).
Importance de la caricature et des déformations grotesques. Il s'agit moins, dans cette esthétique
de représenter le réel que d'exprimer la vision subjective que le peintre en a.
A noter la présence du nom de DIX dans l'image (cartel le long de la porte) et, au bas de l'image,
l'indication du numéro de la gravure (7ème d'un ensemble de 10).
Dans le cadre d'un approfondissement, en vue par exemple de l'épreuve d'histoire des arts en
collège, il peut être intéressant de montrer, en utilisant Le Marchand d'allumettes, que Dix se situe
à la jonction de plusieurs mouvements artistiques de la première moitié du XXe siècle.
L'expressionnisme (le terme apparaît en 1911 en Allemagne), auquel il est associé à l'origine et
auquel il est parfois réduit, fait initialement partie d'un vaste mouvement primitiviste européen qui
se développe dans le sillage de Van Gogh de Gauguin et des fauves. Sous l'influence de la guerre
l'expressionnisme se modifie et se durcit.
On peut aussi travailler sur tableau conservé à Stuttgart pour illustrer le fait que Dix modifie sa
pratique après la guerre et se rapproche alors des propositions de Dada. Le tableau fait apparaître
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des collages (étiquettes d'allumettes, billets de banque) ; il est présenté dans le cadre de la
première foire internationale Dada en 1920 à Berlin (galerie Burchard). Dix évoluera vers le courant
de la nouvelle objectivité, et mettra au service d'une même expression de la violence, les moyens
de la peinture de la Renaissance (triptyque La guerre, 1929-1932).
Le poème d'Owen Disabled (Infirme) véhicule des sensations proches
- La solitude : « Assis dans un fauteuil roulant, il attendait l'obscurité, et frissonnait dans son
horrible costume gris, sans jambes, cousu au coude »
- Le renoncement à la sensualité « plus jamais il ne goûtera la finesse des tailles féminines, la
chaleur de leurs mains délicates »
- L'abandon « Qu'il fait froid, qu'il est tard ! Pourquoi ne vient-on pas le mettre au lit ? ».
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FICHE 3 : TRAVAUX SUR LA LANGUE
1- Travail sur la langue : « frontière »
Avant la visite
A l’aide de dictionnaires, faire des recherches autour du mot « frontière » notion ambiguë
puisqu’elle est à la fois :
. ce qui sépare : le front, l’affrontement, la confrontation, le choc frontal (Péguy serait mort
d’une balle dans le front, valeur symbolique)
. ce qui unit : espace transfrontalier (Alsace) , lieu de passage, d’échanges et de rencontres
(Stadler, Allemand vit à Strasbourg, traduit les poètes français)
Pendant la visite
A mettre en relation avec
. Le tableau de Josef Sattler Die Grenze de 1915 (section « frontière » de l’exposition) où on
voit un squelette qui s’arrête au-dessus des tranchées, dubitatif
. Le journal de guerre de Stadler, manuscrit exposé dans la section « Guerre » : le 10 août
alors qu’il passe la frontière, il salue « la douce terre de France » (voir activité visioguides)
. Le poème d’Owen Etrange rencontre où un soldat converse avec celui qui l’a tué. (frontière
entre les vivants et les morts) On peut lire ce poème dans la partie « frontière » de
l’exposition. Owen découvre que l’ennemi tué n’est qu’un autre soi-même.
(...) « I am the enemy you killed, my friend.
I knew you in this dark; for so you frowned
Yesterday through me as you jabbed and killed.
I parried; but my hands were loath and cold.
Let us sleep now . . ."
(…) « Je suis l’ennemi que tu as tué, mon ami.
Je t’ai reconnu dans cette obscurité : car ton regard fut pareil
Hier quand tu me perças, me tua.
Je parai, mais mes mains étaient lasses et froides.
Dormons, maintenant… »
Wilfred Owen, Strange meeting (Etrange rencontre), 1918, (extrait) éd Le castor astral, Collection Escales
des lettres, traduction Barthélemy Dussert
2- Travail sur la langue : « Barbare »
Avant l’exposition : recherchez l’étymologie du mot « barbare ».
Pendant la visite : Dans la partie « Barbare » de l’exposition relevez les différents sens que prend ce
terme. Analysez alors le paradoxe que représente l’invention des armes modernes comme le char.
Quelques pistes pour le professeur : (sources : section « Barbare » de l’exposition)
« Maintenant, il nous faut des barbares ! » (Charles Louis Philippe, Lettres de jeunesse, 1911) avait
une connotation positive. Appel repris par les expressionnistes allemands qui réclament
l’avènement d’écrivains et d’artistes résolus à embrasser la réalité dans toute sa diversité, ses
aspérités, ses contradictions et sa violence, des artistes assez forts -barbares- pour oser être
ébranlés par la complexité du monde.
Le barbare, c’est l’autre, celui qui commet des atrocités qui justifient qu’on en commette à son
tour. Il faut le repousser, le détruire pour sauver sa culture
Avant guerre, Péguy dénonce la barbarie économique, industrielle, intellectuelle. Parti au front
pour combattre la barbarie alors que le conflit en marqua plutôt le triomphe.
Owen prendra conscience que la barbarie n’est d’aucun camp mais qu’elle appartient à l’humaine
nature.
La science et la technique, fleurons de la culture humaine, permettent de développer des armes
(char de combat) qui font retourner l’homme à la barbarie la plus primitive.
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FICHE 4 : LA POESIE, LIEU D'ECHANGES
Pour compléter le travail de recherches biographiques fait avant la visite.
Si la guerre va conduire ces poètes à se battre, relevez dans cette exposition des indices de leur
volonté d’échanges, de rencontres, de célébration de la vie. On peut constituer trois groupes
d’élèves, chacun se chargeant d’un des poètes.
Eléments de réponses pour le professeur :
PEGUY :
Se bat en faveur de Dreyfus « passion de la vérité, de la justice. »
Dédicace de Jeanne d’Arc, Péguy « A tous ceux et à toutes celles qui seront morts de leur mort
humaine pour l’établissement de la république socialiste universelle. »
Ouvert aux autres cultures, à des opinions opposées. Homme de dialogue.
Se plait à être sur les lieux de passage, d’échanges entre les contraires.
STADLER
Milite pour que l’Alsace germanisée soit une terre de croisement entre les cultures françaises et
allemandes, une terre d’échanges. Il a rêvé d’une Europe réconciliée dans laquelle l’Alsace serait un
fer de lance culturel et politique.
Cet allemand est un fin connaisseur de la culture littéraire française, il a traduit Péguy, Régnier,
Jammes, Balzac. Son objectif est de faire connaître aux Allemands la littérature française pour que
les deux cultures soient l’une à l’autre une perpétuelle source d’inspiration.
Dans Der Aufbruch, le principal recueil de Stadler, le départ et l’arrachement dont il est question
dans le titre renvoient au désir de rompre avec les mots creux de la littérature esthétisante pour
embrasser résolument la vie (voir section « Vie » de l’exposition)
Péguy et Stadler, n’ont échangé que quelques lettres en 1912 et 1913 mais des liens intellectuels
les unissent.
Et, en 1912, il publia dans la revue littéraire expressionniste Die Aktion la toute première
traduction allemande de Péguy (un bref et célèbre passage de Notre jeunesse consacré à la
différence entre mystique et politique).
Si Péguy était connu et admiré de l’avant-garde expressionniste allemande et si, à la mort de Péguy,
Die Aktion lui consacra un hommage enflammé (avec un portrait de Péguy par Egon Schiele à sa
une (à voir dans la partie « frontière » de l’exposition), c’est ainsi certainement grâce à Stadler.
« Nous déplorons la perte de ce grand homme qui avait dû prendre les armes contre nous, comme
celle d’un des meilleurs d’entre nous »
Sur le front, il pense encore à traduire Verlaine
OWEN
« Je suis l’ennemi que tu as tué mon ami » Owen Etrange rencontre
Owen « O Life, Life, let me breathe » « A terre » voir dans le chapitre “Vie” de l’exposition le
manuscrit autographe : déchirant hymne à la vie d’un soldat aveugle et mutilé.
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FICHE 5 : CORPUS DE TEXTES
Le site officiel du centenaire propose une sélection de textes à l’adresse suivante. Ils ont été
sélectionnés par Olivier Barbarant, Inspecteur général, groupe lettres, Corinne Leenhardt, IA-IPR
de lettres, Véronique Dubuc, professeur. Nous avons choisi 24 d'entre eux. Les titres indiqués cidessous renvoient à ces extraits.
http://centenaire.org/fr/espace-pedagogique/pistes-pedagogiques/six-dates-six-textes
Piste 1- Août 1914, la mobilisation entre enthousiasme et résignation :
1.
2.
3.
4.
5.
6.
Guillaume Apollinaire La petite auto, Calligrammes, poèmes de paix et de la guerre, 1918
Roland Dorgelès, incipit des Croix de bois, 1919
Joseph Delteil, Les Poilus, 1926, chapitre II « La naissance du poilu »
Roger Martin du Gard, Les Thibaut III, « L’été 1914 » 1936
Louis Aragon, Le roman inachevé, 1956 « La guerre et ce qui s’en suivit »
Jean Echenoz, 14, 2012, chapitre 2
Piste 2- L’épreuve du feu, premières désillusions :
1. Romain Rolland, « Au dessus de la mêlée », article du 15 septembre 1914, Journal de
Genève, repris dans Au dessus de la mêlée
2. Maurice Genevoix, Ceux de 14, Sous Verdun, « Mercredi 9 septembre », 1916
3. Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932
4. Pierre Drieu la Rochelle, La comédie de Charleroi, 1934
5. Alain, Vingt propos sur la guerre, 1936 « Le trou » publié dans Libre propos de mars 1933
6. Claude Simon, L’Acacia, 1989
Piste 3- La guerre des tranchées, le traumatisme :
1.
2.
3.
4.
5.
6.
Henri Barbusse, Le feu, 1916
Maurice Genevoix, « février 1915 » Les Eparges, 1923
Jean Giono, Le Grand troupeau, 1931
Blaise Cendras, La Main coupée, 1946
Jean Rouault, Les champs d’honneur, 1990
Jean Echenoz, 14, 2012 (texte 2)
Piste 4- La perte de sens, les mutineries :
1.
2.
3.
4.
5.
6.
Henri Barbusse, Le feu, 1916 (extrait 2)
Blaise Cendrars, La guerre au Luxembourg octobre 1916
Roland Dorgelès, Les Croix de bois, 1919
Marcel Proust, Le Temps retrouvé, 1927 A la recherche du temps perdu
Louis Guilloux, Le Sang noir, 1935
Alice Ferney, Dans la guerre, 2003
Traumatismes d’après guerre
Jean Giono, Refus d’obéissance, 1937
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Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y
penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir
est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les
blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans,
malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L'horreur de ces
quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la
marque............................
J'ai été soldat de deuxième classe dans l'infanterie pendant quatre ans, dans des régiments
de montagnards. Avec M.V., qui était mon capitaine, nous sommes à peu près les seuls survivants
de la première 6e compagnie. Nous avons fait les Eparges, Verdun-Vaux, Noyon-Saint-Quentin, le
Chemin des Dames, l'attaque de Pinon, Chevrillon, Le Kemmel. La 6e compagnie a été remplie cent
fois et cent fois d'hommes. La 6e compagnie était un petit récipient de la 27e division comme un
boisseau à blé. Quand le boisseau était vide d'hommes, enfin, quand il n'en restait plus que
quelques-uns au fond, comme des grains collés dans les rainures, on le remplissait de nouveau
avec des hommes frais. On a ainsi remplie la 6e compagnie cent fois et cent fois. Et cent fois on est
allé la vider sous la meule. Nous sommes de tout ça les derniers vivants, V. et moi. J'aimerais qu'il
lise ces lignes. Il doit faire comme moi le soir: essayer d'oublier. Il doit s'asseoir au bord de sa
terrasse, et lui, il doit regarder le fleuve vert et gras qui coule en se balançant dans des bosquets
de peupliers. Mais, tous les deux ou trois jours, il doit subir comme moi, comme tous. Et nous
subirons jusqu'à la fin.
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FICHE 6 : UTILISATION DES VISIOGUIDES
Les visioguides proposent pour chaque chapitre de l'exposition une palette de compléments
numériques : textes à lire, entretiens avec des spécialistes, lectures par des comédiens, possibilité
de feuilleter les versions numériques de certains livres exposés.
Nous suggérons ici un usage raisonné de cette ressource dont il serait dommage de priver les
élèves. Une trentaine de visioguides sont à la disposition des visiteurs.
1- Les expressionnistes et la ville :
Les élèves ont souvent abordé le thème de la ville à travers la vision plutôt rassurante qu'en donne
la peinture impressionniste. Le chapitre « ville » présente un ensemble d'oeuvres qui illustrent
l'ambivalence du regard expressionniste sur les métropoles en pleine expansion du début du XXe
siècle, à la fois objet de fascination esthétique et d'inquiétude face à un espace urbain hors de
proportion, prêt à broyer l'individu. Cette ambivalence est perceptible dans le très beau livre de
Frans Masereel.
A visionner :
Frans Masereel, Die Stadt. (Repère visioguide : Villes/Stadt)
Les expressionnistes et la grande ville par Frank Knoery, historien d'art. (Repère visioguide :
Villes/Stadt)
2- Du manuscrit à la lecture sur tablette numérique :
Dans l'exposition dans le chapitre « Guerre » trouver, sous vitrine, le manuscrit de Anthem to dead
youth de Wilfred Owen.
Ecouter la lecture de Hymne pour une jeunesse perdue par Maxime Pacaud (guerre/hymne).
3- Le dialogue plutôt que la guerre
Trouver dans l'exposition l'original du journal de guerre de Ernst Stadler.
Ecouter Kriegtagebuch, 1914 extrait lu par Jean-Michel Räber (guerre/journal).
Visionner Stadler et l'alsacianité de l'esprit par Maryse Staiber, professeur de littérature
allemande). (Frontière/alsacianité).
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RESSOURCES DOCUMENTAIRES
Wilfred OWEN, Et chaque lent crépuscule, poèmes traduits par Barthélémy Dussert, Le Castor
Astral, collection Escale des Lettres, 2012.
Ernst STADLER, Le départ, traduit de l'allemand par Philippe Abry, Arfuyen, 2014.
Un inventaire précis et récent de ressources, notamment numériques, concernant la première
guerre mondiale est disponible sur le site suivant. Une bibliographie de la littérature jeunesse
récente y est également présentée :
http://www.cndp.fr/crdp-grenoble/IMG/pdf/bibliographie-grande-guerre-2014.pdf
Le site de la mission du centenaire propose des pistes intéressantes notamment dans le domaine
du travail sur l'image :
http://centenaire.org/fr
http://centenaire.org/fr/autour-de-la-grande-guerre/cinema-audiovisuel/la-cinematheque-ducentenaire
Pour un rapide rappel historique
Projection vidéo de 7 minutes http://www.musee-armee.fr/ Découvrez la playlist You Tube
consacrée à l'exposition Vu du Front. Représenter la Grande Guerre Sept fronts pour une guerre.
La formation du 25 novembre 2014 de Mme Valérie Springer destinée aux professeurs de
l’enseignement professionnel sur Trois petites histoires de jouets de Philippe Claudel sera
prochainement mise en ligne sur le site de l’académie de Strasbourg et pourrait être complétée pour la seconde nouvelle, Mains et merveilles - par cette exposition.
REMERCIEMENTS
Nos plus vifs remerciements à Julien Collonges et Jérôme Schweitzer, commissaires de
l'exposition, Daria Szczebara chargée de mission pour l’action culturelle et la communication
externe à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg ainsi qu’à Martine Brusa,
professeur d’arts plastiques, Deborah Cauchy, professeur de lettres et Jacinthe Grauffel, professeur
d’éducation musicale pour leur précieux concours.
Dossier réalisé par Danielle Beauplet, professeur de lettres et Jean-Charles Ambroise, professeurdocumentaliste.
Décembre 2014
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