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Journal cinématographique
Programme n° 195, février – mars 2015
Association Passion Cinéma | CP 1676, CH-2001 NEUCHATEL | +41 32 723 77 00 | [email protected] | www.passioncinema.ch
On va bien déguster!...
Neuchâtel
Cinéma Apollo ou Bio
La Chaux-de-Fonds
EN PREMIÈRE SuISSE
LE MERAvIGLIE
Cinéma Scala
de Alice Rohrwacher
Me 18 – Ma 24 fév. à 18h
EN PREMIÈRE vISIoN
IL CAPItALE uMANo
EN AvANt-PREMIÈRE
BuoNI A NuLLA
de Paolo Virzì
Me 18 – Ma 24 fév. à 18h
de Gianni di Gregorio
En présence du réalisateur
dimanche 22 février à 14h30
SéANCE SPéCIALE
LE FEStIN DE BABEttE
de Gabriel Axel
Dimanche 22 février à 10h30
EN PREMIÈRE SuISSE
LE DERNIER LouP
de Jean-Jacques Annaud
Me 25 fév. – Ma 3 mars à 15h,
17h45 et 20h30
EN PREMIÈRE SuISSE
BuoNI A NuLLA
de Gianni di Gregorio
Me 4 – Ma 10 mars à 18h15
EN PREMIÈRE SuISSE
StILL ALICE
de Richard Glatzer & Wash Westmoreland
Me 11 – Ma 17 mars à 18h et
20h30
EN PREMIÈRE SuISSE
PhoENIx
de Christian Petzold
Me 18 – Ma 24 mars à 18h
«Le Meraviglie» de Alice Rohrwacher
EN PREMIÈRE SuISSE
LE DERNIER LouP
de Jean-Jacques Annaud
Me 25 fév. – Ma 3 mars à 15h,
17h45 et 20h30
SéANCE SPéCIALE
LE FEStIN DE BABEttE
de Gabriel Axel
Dimanche 1er mars à 10h30
EN PREMIÈRE SuISSE
ChAPPIE
de Neill Blomkamp
Me 4 – Ma 10 mars à 15h15, 17h45
et 20h15
EN PREMIÈRE SuISSE
StILL ALICE
de Richard Glatzer & Wash Westmoreland
Me 11 – Ma 17 mars à 18h et
20h30
EN PREMIÈRE SuISSE
PhoENIx
de Christian Petzold
Me 18 – Ma 24 mars à 18h
Horaires sous réserve de modifications: consultez les sites www.cinepel.ch ou www.passioncinema.ch
En partenariat avec le Programme Alimentation &
Activité physique, Passion Cinéma présente 8 films
pour mieux savourer notre rapport à la société, à la
consommation et à la vie… des pirouettes du très
bon vivant Gianni di Gregorio dans «Buoni a nulla»,
proposé en présence de l’acteur et réalisateur
italien, aux merveilles de la nature dans «Le
Meraviglie», Grand Prix à Cannes, en passant par la
consommation des maux de «Still Alice», l’atmosphère
très vorace de «Il Capitale umano», la renaissance
de «Phoenix», la société de surconsommation de
«Chappie» et l’aventure écologique du «Dernier Loup»,
sans oublier l’inoubliable et rapicolant «Festin de
Babette», présenté en matinale par Passion Cinéma!
«Still Alice» de Richard Glatzer & Wash Westmoreland
«Le Festin de Babette» de Gabriel Axel
En présence du réalisateur
Rome 2014, sélection officielle
BuoNI A NuLLA
de Gianni di Gregorio
avec Gianni di Gregorio, Anna Boianuto, Marco Mazorca, etc.
L’acteur et réalisateur Gianni di Gregorio est l’un
des rares et tendres continuateurs de la comédie
dite «à l’italienne» dont les Risi, Comencini,
Monicelli et autre Scola furent les rieurs
inoubliables. Après le très délectable «Déjeuner
du 15 août» (2008), à la table duquel il invitait de
charmantes vieilles dames à dîner en échange de
rabais substantiels sur quelques factures restées
en souffrance, et «Gianni et les femmes» (2011),
où il faisait un joyeux sort à la réputation de «latin
lover» un brin usurpée par ses compatriotes, le
coscénariste de «Gomorra» (2008) brocarde dans
«Buoni a nulla» un monde du travail peu propice
à l’épanouissement personnel. A six mois de la
retraite, le gentil Gianni va jusqu’à esquiver les
passages pour piétons, par peur de fâcher les
automobilistes qui n’en ont cure. Parvenu sain et
sauf au bureau, il apprend qu’il va devoir travailler
trois ans de plus, suite à une modification de la loi
sur les pensions. Pis encore, on l’envoie jouer ces
prolongations dans un bureau situé à la périphérie
de Rome et pourvue d’une cantine innommable.
Se réjouissant de la triste nouvelle, sa fille fait
tout pour accaparer son appartement trop bien
centré. Conseillé par un dentiste qui se pique de
psychologie, Gianni va devoir apprendre à dire
non… A la façon d’un Tati méridional, Di Gregorio
raille avec subtilité une société décervelée, qui se
soucie de ses membres comme d’une guigne! A
savourer sans modération.
BONS À RIEN, Italie, 2014, couleur, 1h27
Hawaï 2014, Meilleure actrice | Seville 2014, Prix du public
Donatello 2014, sept prix dont celui du Meilleur film et de la
Meilleure actrice | Tribeca 2014, Meilleure actrice
IL CAPItALE uMANo
de Paolo Virzì
avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, etc.
Entre comédie amère et drame grinçant, «Il
Capitale humano» de Paolo Virzì (sorti en France
sous le titre «Les Opportunistes) brosse une
fresque sociale qui décrit la façon dont l’Italie
a été vidée de ses richesses par des êtres
pathétiques qui s’entredévorent tels les requins
de Brecht! A la veille de Noël, un serveur est
renversé par une voiture dont le conducteur
prend la fuite… Six mois auparavant, Dino Ossola,
un petit agent immobilier en proie à des soucis
financiers, dépose sa fille devant la villa luxueuse
de son petit ami Maximiliano et en profite pour
faire connaissance avec le père richissime de ce
dernier, qui détient un fonds spéculatif. Adaptant
un roman acéré de l’écrivain américain Stephen
Amidon, le réalisateur de «La Prima Cosa bella»
(2011) va faire le lien entre ces deux événements
en adoptant tour à tour le point de vue de trois
de ses personnages. Grâce à cette structure
narrative qu’il maîtrise à merveille, Virzì démontre
la compréhension lacunaire que les uns ont
des autres, du mépris à l’inconscience, voire la
simple ignorance. S’appuyant sur des comédiens
remarquables de justesse, dont Valeria Bruni
Tedeschi sublime en grande-bourgeoise sensible
œuvrant pour la culture, il réussit un portrait
en coupe inquiétant de l’Italie contemporaine,
tiraillée entre ses rêves de réussite sociale et la
médiocrité morale de ses «opportunistes».
l’importance des valeurs communautaires, mais
surtout la puissance du rapport qui lie les bergers
aux loups des steppes. Fasciné par cette dévotion
mêlée de crainte, il décide d’adopter et d’élever
un louveteau… Grand spécialiste des films avec
des animaux «bigger than life», Jean-Jacques
Annaud s’est consacré à plusieurs reprises à la
vie sauvage, qu’il s’agisse de «L’Ours» (1988),
dans lequel il nous liait à un ourson orphelin, ou
«Deux frères» (2004), l’histoire d’une fraternité
féline mise à mal par l’homme. Avec «Le Dernier
Loup», adapté du best-seller de l’écrivain chinois
Jiang Rong, le réalisateur de «Sept ans au Tibet»
(1997) s’essaie pour la première fois à la 3D et
réussit un très beau film d’aventures au cœur des
grands espaces mongols. Egrené en toile de fond,
le discours écologique du cinéaste apporte une
nouvelle pierre à l’édifice de la protection de la
nature. Le récit d’une amitié inédite et un grand
spectacle de cinéma!
LES OPPORTUNISTES, Italie / France, 2014, couleur, 1h50
WOLF TOTEM, Chine / France, 2015, couleur, 1h59
ChAPPIE
de Neill Blomkamp
BAFTA 1989, Meilleur film non-anglophone
Oscars 1988, Meilleur film étranger
avec Hugh Jackman, Sigourney Weaver, Dev Patel, etc.
Dans un futur plus ou moins proche, alors qu’une
brigade de police robotisée fait régner l’ordre
sur Terre, deux criminels enlèvent un androïde
avant de le confier à un jeune scientifique un brin
subversif. Entièrement reprogrammé, Chappie le
robot est désormais doté de sentiments humains
et d’une personnalité à part entière. Las, sous
un régime autoritaire, la faculté de penser et
de ressentir représente une sérieuse menace,
au point de tout faire pour l’anéantir… Avec
«District 9» (2009), le réalisateur sud-africain
Neill Blomkamp a fait une entrée fracassante
dans l’univers de la science-fiction en ghettoïsant
des «crevettes», alias des extraterrestres, à
Johannesburg. En 2013, il remettait le couvert
dans «Elysium», où il décrit l’exil de nantis sur une
station orbitale luxueuse, alors que leurs frères
humains déclassés vivent un véritable enfer
sur une Terre dévastée. Avec «Chappie», un titre
qui rappelle ironiquement une fameuse marque
américaine de nourriture pour chiens, le cinéaste
évite, tout comme dans ses films précédents,
de sacrifier la haute valeur sociale de son sujet
sur l’autel du pur spectacle cinématographique.
Réaliste, sinon visionnaire, il nous renvoie le
reflet inquiétant de notre société frappée de
surconsommation, dominée par les nouvelles
technologies… Impressionnant!
Etats-Unis / Mexique, 2015, couleur, 1h53
LE DERNIER LouP
de Jean-Jacques Annaud
avec Fen Shaofeng, Shawn Dou, Ankhnyam Ragchaa, etc.
En 1967, alors qu’ils règnent en maîtres sur les
steppes de Mongolie, les loups traquent des
troupeaux d’antilopes pour les embourber dans
la glace des marécages. Hélas, ce gigantesque
réfrigérateur à ciel ouvert, qui garantit leur survie,
est menacé par des hommes peu scrupuleux…
Partant de cette image pour le moins étonnante,
Jean-Jacques Annaud raconte l’histoire de Chen
Zhen, un jeune étudiant originaire de Pékin
venu enseigner le chinois aux enfants d’une
tribu de nomades. Initié à un mode de vie qui
lui est parfaitement étranger, Chen découvre
LE FEStIN DE BABEttE
de Gabriel Axel
avec Stéphane Audran, Jean-Philippe Lafont, Gudmar Wivesson, etc.
En 1871, fuyant la répression contre la Commune
de Paris, Babette (Stéphane Audran) se réfugie au
Jutland, dans la partie continentale du Danemark,
où elle devient la servante de deux sœurs, vieilles
filles austères d’un pasteur luthérien décédé.
Quatorze ans plus tard, Babette gagne une
fortune à la loterie et décide de commémorer le
centième anniversaire de la naissance du pasteur
en consacrant ses gains à l’organisation et à la
préparation d’un somptueux dîner français, auquel
elle veut convier tous les habitants du village,
jusque-là peu sensibles à la grande gastronomie…
Oscar combien mérité du Meilleur film étranger
1988, adapté d’un conte de Karen Blixen, ce
chef-d’œuvre de simplicité invite à déguster
avec les yeux le plus beau repas jamais montré
à l’écran. Avec ses blinis au caviar, sa soupe
de tortue géante, ses cailles en sarcophage,
son baba au rhum et un excellent millésime de
Veuve Clicquot, Babette met les petits plats
dans les grands et participe à l’éducation des
palais fort peu habitués à ce genre de victuailles.
A la fois acte esthétique et moral, affirmation
de soi, réconciliation entre la chair et l’esprit et
résurgence d’un passé douloureux, le festin donné
par Babette prend une ampleur insoupçonnée,
qui transforme les amateurs de bonne chère en
véritables artistes du goût, et la cuisine en une
vibrante déclaration d’amour à la vie!
BABETTES GÆSTEBUD, Danemark, 1987, couleur, 1h40
Cannes 2014, Grand Prix du Jury
LE MERAvIGLIE
de Alice Rohrwacher
avec Maria Alexandra Lungu, Sam Louwyck, Monica Bellucci, etc.
Née en Toscane, la réalisatrice Alice Rohrwacher
s’est fait connaître en 2011 avec «Corpo Celeste»,
un premier long-métrage témoignant de l’état de
déliquescence de l’Italie à travers l’histoire d’une
jeune fille de retour en Calabre. Représentative
d’un jeune cinéma transalpin puisant sa force et
sa poésie dans une approche documentée de la
Caméra-stylo
«Il Capitale umano» de Paolo Virzì
réalité, à l’instar de Tizza Covi et Rainer Frimmel
dans «La Pivellina» (2009), la cinéaste poursuit
aujourd’hui cette démarche en s’investissant dans
un réalisme brut qui, paradoxalement, lui permet
de s’échapper vers l’imaginaire et les sensations…
Gelsomina habite dans une ferme délabrée au
bord d’un grand lac de Ombrie. Avec ses parents
et ses trois jeunes sœurs, elle produit du miel
pour gagner un maigre salaire. Fervent défenseur
d’un mode de vie proche de la terre, son père la
tient sévèrement à distance du monde moderne.
Faisant fi de son autorité, Gelsomina décide de
participer au «Pays des merveilles», un jeu télévisé
ringard où les paysans de la région sont invités
à vanter les fruits de leur labeur… Décrivant
de façon très sensitive le travail pénible et les
petits bonheurs quotidiens de Gelsomina, Alice
Rohrwacher révèle son rapport privilégié, magique
et quasi mythique à la nature. Las, l’irruption
de l’hydre «télévision» au sein de la famille va
désenchanter ce microscome perdu, au point de
faire disparaître sous son fatras consumériste
toutes ses «merveilles»… L’un des meilleurs films
du dernier Festival de Cannes!
LES MERVEILLES, Italie / Suisse, 2014, couleur, 1h51
San Sebastián 2014, Prix FIPRESCI | Toronto 2014, Présentation
spéciale | Festival du cinéma allemand de Paris 2014, Prix du
public
PhoENIx
de Christian Petzold
avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf, etc.
Après le déjà très réussi «Barbara», Prix de la
mise en scène à Berlin en 2012, qui décrivait les
aléas de la surveillance des Allemands de l’Est
par la Stasi, le réalisateur allemand Christian
Petzold retrouve dans «Phoenix» Nina Hoss et
Ronald Zehrfeld, ses acteurs fétiches… Laissée
pour morte après avoir reçu une balle dans la tête
juste avant l’arrivée des Alliés, la chanteuse juive
Nelly Lenz (Nina Hoss) revient des camps à Berlin
au mois de juin 1945, complètement défigurée
et seule survivante de sa famille déportée à
Auschwitz. Accompagnée par sa fidèle amie Lene
(Nina Kunzendorf), elle subit une opération de
reconstruction faciale, puis part à la recherche de
son mari, Johnny (Ronald Zehrfeld), dans une ville
en ruines. Lorsqu’elle parvient à le retrouver, il
refuse de la reconnaître, mais lui offre de prendre
la place de sa défunte épouse, pour récupérer sa
fortune… Coécrit avec le très regretté cinéaste
documentaire Harun Farocki, titré en référence à
«Chappie» de Neill Blomkamp
un cabaret du Berlin de l’après-guerre, «Phoenix»
décrit la force de résilience invraisemblable des
rares survivants du génocide perpétré par les
nazis. Considéré à juste titre comme l’un des
meilleurs cinéastes allemands de sa génération,
Christian Petzold met en scène le fantôme
exsangue d’une femme qui doit réapprendre à
vivre, tel le phœnix renaissant de ses cendres.
Entre drame éloquent et mélodrame assumé, une
œuvre de mémoire d’une rare intensité!
Allemagne, 2014, couleur, 1h38
Oscars 2015, en compétition
Golden Globes 2015, Meilleure actrice
StILL ALICE
de Richard Glatzer & Wash Westmoreland
avec Julianne Moore, Alec Baldwin, Kristen Stewart, etc.
Mère de trois grands enfants et épouse comblée,
Alice Howland (Julianne Moore) mène une brillante
carrière comme professeur de linguistique à
l’Université de Columbia, jusqu’au jour où, au beau
milieu d’une phrase, Alice perd subitement ses
mots, sans pouvoir les retrouver. Le diagnostic
est sans appel, révélant une forme précoce
de la maladie d’Alzheimer. Non content de lui
dévorer le cerveau, le mal qui l’accable pourrait
bien être héréditaire, ce qui met ses proches
à l’épreuve… Lui-même atteint d’une sclérose
latérale amyotrophique qui le prive de parole,
Richard Glatzer réalise avec son partenaire
et cinéaste indépendant Wash Westmoreland
une ode poignante au moment présent et à
la vitalité désespérée, adaptée du roman de
la neuroscientifique américaine Lisa Genova.
S’attachant à décrire la lutte obstinée que mène
sa protagoniste pour tenter de surmonter sa
maladie, Glatzer et Westmoreland jettent un
regard neuf et nullement apitoyé sur un sujet
pourtant puissamment lacrymogène, souvent
maltraité au cinéma. Pour ce faire, ils peuvent
compter sur un duo d’actrices exceptionnelles,
soit Julianne Moore, laquelle fait une fois encore
la preuve de son immense talent, et dans le rôle
de la fille cadette d’Alice, l’ex-midinette vampirisée
Kristen Stewart, qui persiste à casser son image
de starlette après «Sils Maria» (2014) de Olivier
Assayas.
Etats-Unis, 2014, couleur, 1h41
Vous souvenez-vous de «Soleil vert» (1973)?
Réalisé par Richard Fleischer, alors au
déclin de sa formidable carrière, ce film
d’anticipation, dont l’action se situe en 2022,
procédait d’une dystopie guère appétissante,
porteuse qu’elle était d’un avenir gustatif
fort peu enthousiasmant. Confrontée à la
raréfaction inéluctable des produits naturels,
un pouvoir fascistoïde contraignait l’humanité
à se nourrir d’affreuses tablettes carrées
jaunes, rouges ou bleues, aussi fades que
survitaminées, avant de mettre sur le marché
un nouvel «alicament», de couleur verte cette
fois, fabriqué à base de cadavres d’hommes
et de femmes librement euthanasiées!
Cauchemardesque, cette vision d’une
chaîne alimentaire réduite à sa plus simple
expression avait marqué les esprits, certes
plus par sa clairvoyance désespérante que
par sa mise en scène assez quelconque.
Papilles pupilles unissez-vous
Vous rappelez-vous du «Festin de Babette»
(1987) et de sa merveilleuse cuisinière
française? Exilée au Danemark, cette maître
queux nostalgique réussissait un jour de
l’an de grâce 1885 à rabibocher le corps et
l’esprit de ses très austères hôtes luthériens.
Rarement la jouissance libératrice attachée à
la nourriture n’aura été célébrée avec autant
de subtilité, faisant littéralement saliver les
papilles, pardon, les pupilles du spectateur.
De «Soleil vert», l’on ressortait révulsé et
affligé; du «Festin de Babette», avec un
solide appétit et peu disposé à se rassasier
d’un bête hamburger… Aïe, le redoutable
effet K avait encore frappé, avec toute son
efficacité!
Un effet K qui dure
Pour mémoire, le cinéaste soviétique Lev
Koulechov avait théorisé dès 1921 cet effet
de montage, en alternant un plan du visage
de l’acteur Ivan Mosjoukine ne laissant
transparaître aucune émotion particulière,
avec celui d’une assiette de soupe, puis
celui du cercueil d’un enfant, et enfin celui
d’une femme lascive allongée sur un canapé.
Questionnés après la vision de ce petit essai
cinématographique, dont on n’a hélas trouvé
aucune trace sinon des photos, les cobayes
de cette expérience jurèrent avoir vu le grand
Mosjoukine tour à tour saliver, puis s’attrister,
avant d’afficher une expression soi-disant
libidineuse. Le cinéma allait faire de ce
champ-contrechamp aussi fondateur que
manipulateur un sacré fond de commerce,
le fameux effet K dont la publicité et la
propagande useront et abuseront!
Miroir aux alouettes
Proposé en partenariat avec le Service de
la santé publique du canton de Neuchâtel
dans le cadre du Programme Alimentation
& Activité physique, le nouveau cycle de
Passion Cinéma ne se réduit pas à un simple
menu de «films à manger» nourris d’effets
K. Au gré des sorties, nous avons tenté
d’élargir le propos avec, dans notre viseur, la
critique drôle, tendre ou féroce des normes
et standards relatifs à nos vies soi-disant
réussies. A l’heure où l’imagerie numérique
recrée à longueur de films le mythe du
corps parfait, avec ce que cela suppose
d’effets néfastes sur nous autres spectateurs
imparfaits, il importe plus que jamais que le
cinéma cesse parfois d’être un miroir aux
alouettes, histoire d’essayer de refermer la
boîte de pandore ouverte en son temps par
ce cher Lev Koulechov… Un vœu pieu sans
doute, mais bien des films s’y efforcent, dont
ceux de notre programme!
Vincent Adatte
«Le Dernier Loup» de Jean-Jacques Annaud
«Phoenix» de Christian Petzold
«Buoni a nulla» de Gianni di Gregorio
L’ALIMENtAtIoN EN QuEStIoN
Quand on parle d’alimentation en lien avec la santé,
on pense souvent à la quantité de fruits et légumes
à manger et aux fast-foods à éviter. Cependant, la
réflexion sur la santé et l’alimentation est beaucoup
plus vaste; cette dernière n’étant pas uniquement
porteuse d’un sens purement nutritionnel dans
nos vies. Convivialité, identité, questionnements
économique et écologique, tous ces aspects
doivent être pris en compte dans notre rapport à
l’alimentation.
Dans le canton, le Programme Alimentation &
Activité physique, financé par l’Etat de Neuchâtel
et Promotion Santé Suisse, vise à promouvoir des
comportements positifs en matière d’alimentation
et de mouvement auprès des enfants, en tenant
compte de cette complexité. «Youp’là Bouge», «A
pied c’est mieux» ou «Fourchette verte» sont des
exemples de mesures concrètes offertes par le
programme.
En 2015, ce dernier a souhaité amener le
débat auprès du grand public, en questionnant
l’alimentation grâce aux regards de cinéastes,
d’enfants ou de scientifiques. En partenariat avec
Passion Cinéma, il vous propose donc une sélection
de films, dont le but est d’inciter à la réflexion sur
notre rapport à la société, à la consommation, et
ainsi à l’alimentation.
En plus du cycle de Passion Cinéma, le Programme
Alimentation & Activité physique vous propose les
évènements suivants:
Jeudi 12 mars, 18h, Muséum d’histoire naturelle
de Neuchâtel, entrée libre
une alimentation équilibrée coûte-t-elle plus
cher?
Conférence de M. Luca Casetti, collaborateur
scientifique à la Haute école spécialisée bernoise,
Food and Management.
Dimanche 15 mars, 10h, Cinéma Les Arcades,
Neuchâtel, entrée libre
Des petits films à croquer avec La Lanterne
Magique
Un programme de courts-métrages très miammiam, suivi d’un atelier gourmand, ouvert aux
enfants et, pour une fois, à leurs parents.
Jeudi 19 mars, 18h, La Maison du peuple,
La Chaux-de-Fonds, entrée libre
Agriculture contractuelle de proximité:
produire et manger «durablement»
Conférence de M. Julien Vuilleumier, doctorant FNS
à l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Neuchâtel.
Dimanche 22 mars, 10h, Cinéma Plaza,
La Chaux-de-Fonds, entrée libre
Des petits films à croquer avec La Lanterne
Magique
Un programme de courts-métrages très miammiam, suivi d’un atelier gourmand, ouvert aux
enfants et, pour une fois, à leurs parents.
www.ne.ch/promotionsante
EN PRéSENCE DE GIANNI DI GREGoRIo
Personnage sympathique et plein d’humour,
Gianni di Gregorio fait ses premiers pas
cinématographiques dans les années 1980 en
tant qu’acteur, avant de suivre une formation de
metteur en scène à l’Académie des Arts de la Scène
à Rome. Fasciné par la vision de «Mean Streets»
(Martin Scorsese, 1973), il se lance pleinement
dans l’écriture de scénarios et collabore avec
Matteo Garrone à l’adaptation de «Gomorra», basé
sur le roman de Roberto Saviano. En 2009, Gianni
di Gregorio passe derrière la caméra avec «Le
Déjeuner du 15 août», puis «Gianni et les femmes»
(2011), et aujourd’hui «Buoni a nulla».
Dimanche 22 février, 14h30, Cinéma Bio,
Neuchâtel
«Buoni a nulla» en présence du réalisateur
BIENtÔt LE FEStIvAL Du SuD
Du 21 au 28 avril 2015, Passion Cinéma présente
le Festival du Sud en ouvrant toutes grandes les
fenêtres sur le monde dans les salles de Neuchâtel,
au Cinéma Rex, et de La Chaux-de-Fonds, aux
Cinémas Scala (ouverture) et ABC. Réservez cette
semaine dédiée à la diversité cinématographique
au sens le plus large du terme. Au programme, une
douzaine de films inédits en provenance d’Asie,
d’Afrique, d’Amérique latine ou d’ailleurs!
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activités de Passion Cinéma? Alors abonnez-vous
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www.passioncinema.ch
Rédaction: Vincent Adatte, Raphaël Chevalley et Raphaëlle Pralong | Edition: Pierre Dubois | Administration et coordination: Michèle Pickel et Francine Pickel | Layout: headbanger.ch | Impression: IOP, Cormondrèche | © Passion Cinéma