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Le Montagnard
NUMÉRO 84 ÉTÉ 2014
Eboulement dans l’Emmental page 6 Histoire oubliée page 8
Rénové avec passion page 12 L’avenir dans le Val Blenio page 14
AZB
CH-3000 Bern 23
PP/Journal
2
ÉDITORIAL
SOMMAIRE
4
Pas le même genre de poils
Il est loin le temps où, à la place du petit salon de coiffure des Loosli, il y avait des cochons qui grognaient.
8
Un bistrot qui mise sur le local
Tout ce qui est servi au restaurant Hospezi provient
du jardin et de l’étable de l’établissement.
L’Aide Suisse aux Montagnards
a un nouveau président.
Chers amis de l’Aide Suisse aux Montagnards,
Chers lectrices et lecteurs,
Franz Marty, ancien conseiller d’Etat du canton de Schwyz, a
été président du Conseil de fondation de l’Aide Suisse aux Montagnards pendant huit ans. Quand il a repris cette fonction en
2006, l’Aide Suisse aux Montagnards était certes une organisation dotée d’une longue tradition, mais qui venait tout juste de
passer du statut d’association à celui de fondation. Au cours de
son mandat, Marty a poursuivi la démarche de professionnalisation initiée par Adolf Ogi. Le 12 mai, il s’est retiré, estimant
qu’après huit ans, un changement au sein de la direction est
salutaire à toute organisation.
Pour lui succéder, le Conseil de fondation a élu Willy Gehriger,
ancien CEO du groupe Fenaco-Landi. Gehriger est le premier
romand à présider à la destinée de l’Aide Suisse aux Montagnards. De par ce choix, l’ASM entend démontrer son engagement d’organisation nationale qui œuvre pour la population de
montagne de toutes les régions de Suisse. Ce changement de
président ne changera pas grand-chose pour les montagnards.
L’Aide Suisse aux Montagnards continuera en effet à être un
partenaire fiable prêt à apporter son soutien lorsque des projets prometteurs risquent d’échouer faute de moyens financiers. Quant aux donatrices et donateurs, ils peuvent être assurés que leur argent sera toujours judicieusement investi. Vous
apprendrez dans cette édition du «Montagnard» comment
l’Aide Suisse aux Montagnards se mobilise pour faire bouger les
choses avec l’argent des dons. Et en page 16, vous découvrirez
ce qui a le plus impressionné Franz Marty durant son mandat
de président et comment Willy Gehriger envisage ses nouvelles
fonctions.
10
Un développement galopant
Le déménagement d’une école d’équitation amène de
l’animation dans le très excentré Val Müstair.
11
Lucratif, le Vacherin Mont-d’Or
A Ballaigues, ce fromage saisonnier très particulier
permet aux paysans d’écouler leur lait à meilleur prix.
14
Un apprentissage pour la vie
A 15 ans, Doris Martinali s’apprête à reprendre la
ferme de ses parents. Mais avant de s’y établir, elle se
forme au loin.
Il faut se retrousser
les manches
Découvrez ce qu’entreprend le
hameau de Schlangenwinkel
pour se relever après un éboulement. Page 6.
Regula Straub
Directrice
Impressum
Editeur Aide Suisse aux Montagnards, Soodstr. 55, 8134 Adliswil, tél. 044 712 60 60, www.berghilfe.ch Direction Max Hugelshofer (max) Rédaction Daliah Kremer (dak)
Conception graphique Exxtra Kommunikation, Zurich Production Denon Allmedia Corporate Publishing, Rapperswil Traduction Nicole Monnier Correction Irène Fasel, Murielle
Thrier Photographie Yannick Andrea Crédits photographiques Max Hugelshofer (p. 10, 13, 16, 18, 19), Martin Weiss, Urchuchi (p. 1, 8, 9, 20) ZIVI/Lukas Lehmann (p.3) Schweiz Tourismus (p.11) Mode de parution «Le Montagnard» paraît 4 x par an en allemand et en français Abonnement Fr. 5.– par an (gratuit pour les donateurs) Tirage total 130 000 exemplaires .
Le Montagnard 2_ 2014
3
34
25,8
projets touristiques
millions de francs
de dons.
ont été soutenus par l’Aide Suisse aux
Montagnards en 2013. Nos montagnes
sont l’une des raisons majeures pour lesquelles les touristes étrangers et nationaux souhaitent passer leurs vacances
en Suisse. Or le tourisme joue un rôle
essentiel pour les régions de montagne.
En développant des projets novateurs et
durables, les montagnards s’assurent de
nouvelles sources de revenu qui assurent leur existence.
La population suisse fait preuve d’une
solidarité exemplaire envers les régions
de montagne. Plus de 57 900 donatrices
et donateurs ont en effet démontré leur
volonté de contribuer à améliorer les
conditions de vie difficiles des montagnards. En 2013, leurs dons se sont montés à 25,8 millions de francs.
LE SAVIEZVOUS?…
Service civil sur les
alpages.
Théâtre à la ferme
L’estivage implique de nombreux
travaux sur les alpages, comme par
exemple l’entretien des pâturages.
En règle générale, ce sont les paysans qui estivent avec leur bétail qui
s’en chargent, mais pour nombreux
d’entre eux le travail au quotidien ne
leur en laisse pas le temps. Résultat:
les pâturages se dégradent et tombent en friche. Lorsque la maind’œuvre fait défaut, les exploitants
d’alpage peuvent avoir recours aux
civilistes. Pour en savoir davantage:
ww.alpfutur.ch/src.zivildienst_dt.pdf
En proposant des représentations théâtrales
professionnelles dans des fermes, le Hoftheater vient combler le fossé entre villes et
campagne. Il offre une sélection de productions qui se prêtent bien à des spectacles
dans les fermes et qui rencontrent de surcroît
un réel succès. Voir programme, tournée et
autres infos sur: www.hof-theater.ch.
En taxi à la montagne
AlpenTaxi.ch conduit sur les hauteurs les fans
de montagne à partir de l’arrêt CFF le plus
proche. Ce moyen de transport, combiné avec
les téléphériques et les bus sur appel, permet
d’atteindre les régions les plus reculées en
respectant davantage la nature et profite à la
population locale.
Pour plus d’infos: www.alpentaxi.ch
Le Parc National a 100 ans
Le Parc National Suisse (PSN), premier parc
national dans les Alpes, fête cette année
ses 100 ans. Diverses activités sont prévues autour de ce jubilé. Point d’orgue: une
fête populaire le 1er août à Zernez/GR. La
«Festa» sera retransmise sur les chaînes TV
suisses.
Situation des projets présentés dans
cette édition
1 Ballaigues/VD Page 11
3
2 Boudry/NE Page 12
3 Le Fuet/BE Page 4
2
4 Oberthal/BE Page 6
5 Ernen/VS Page 11
8
4
1
7
6 Largario/TI Page 14
7 Caltgadira/GR Page 8
5
9
6
8 Weissenberge/GL Page 13
9 Santa Maria/GR Page 10
Des timbres du jubilé sont en vente dans tous les
bureaux de poste.
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4
R EP O R TAG E
Dans son salon de coiffure moderne et clair, Marina se consacre à son travail avec plus de passion encore.
TRANSFORMATION D’UNE PORCHERIE ET D’UN VESTIBULE
Des cochons …
à la coupe
de cheveux.
Là où avant il y avait des cochons qui grognaient, Marina
Loosli coupe les cheveux de ses amis, de sa parenté
et des voisins. Le nouveau salon de coiffure au Fuet, dans
le Jura bernois, est à la fois un commerce, un lieu de
rencontre et il apporte aux Loosli des revenus complémentaires bienvenus.
Pas très engageant, l’extérieur devra lui aussi subir
une rénovation.
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R EP O R TAG E
5
Texte: Daliah Kremer
L
e crépi tombe en lambeaux au-dessus de la porte d’entrée, et l’éclairage
n’est assuré que par une simple ampoule. «Il faut encore que l’on s’en occupe», explique Adrian Loosli comme pour
s’excuser en ouvrant la porte qui donne
sur un vestibule clair et moderne. Un
changement de look qui contraste avec
l’aspect extérieur. Parois blanches fraîchement peintes, carrelage gris clair au sol
prouvent que tout vient d’être rénové. A
gauche de l’entrée, derrière une cloison,
un fauteuil de coiffeur avec bac pour le lavage des cheveux. Un faisceau de lumière
pénètre par une large fenêtre rendant
l’endroit très lumineux et convivial. Ces
quelques mètres carrés sont le domaine
de Marina Loosli, 30 ans. C’est là que la
coiffeuse lave, coupe, teint, roule les bigoudis et frise les cheveux de ses clients et
clientes depuis deux ans. Ceux qui ne
savent pas à quoi ressemblait l’espace
avant auront de la peine à croire ce
qu’Adrian Loosli raconte: «Juste à côté,
c’était notre porcherie avec quatre truies,
leurs porcelets et huit truies allaitantes.»
Les enfants peuvent jouer dehors tranquillement pendant que leur mère coupe les cheveux.
Marina a à la base une formation de cuisinière et a aussi grandi dans la région.
Cela fait, déjà, huit ans qu’elle coupe les
cheveux. «Je suis pratiquement tombée
dedans», dit Marina en riant. «J’ai toujours
aimé couper les cheveux, je me suis donc
décidée après mon apprentissage de cuisine à faire une formation de coiffeuse.»
Désaffectée depuis longtemps
La porcherie intégrée à la maison avait été
construite par le père d’Adrian en 1982. Les
cochons apportaient à ce paysan du petit
village du Fuet dans le Jura bernois de petits compléments de revenu. 25 ans plus
tard, il abandonna la porcherie qui n’était
plus en règle. «Selon les normes relatives à
la protection des animaux nous n’aurions
plus pu avoir que deux truies mères et
quatre truies allaitantes. Cela ne valait
donc plus la peine», déclare Adrian Loosli,
37 ans. La porcherie resta donc inexploitée
pendant plusieurs années. Entre-temps,
Marina et Adrian avaient repris la ferme
avec ses 15 vaches à lait, du jeune bétail
et 20 hectares de terrain. Les parents
d’Adrian se construisirent un «Stöckli» à
côté, et le jeune couple eut très vite des
enfants qui remplirent la maison. Noah
est né en 2007, Léane en 2009, puis est arrivée deux ans plus tard Sina, et enfin Méline en 2012. Marina, la maman, assume le
tout: enfants, ferme, ménage et coiffure.
«Bien sûr, nous devons nous organiser,
mais le fait de pouvoir travailler à la maison simplifie bien les choses», dit-elle. Les
clientes amènent leurs propres enfants
qui jouent avec les nôtres. Plus besoin
donc de s’en occuper. Les enfants aiment
bien aussi accompagner leur père quand
il va aux champs avec son tracteur ou à
l’étable pour traire ou nourrir les vaches.
La famille au complet: Marina et Adrian avec leurs
quatre enfants.
Elle a d’abord travaillé à l’extérieur, mais
quand les enfants sont arrivés, cela n’était
plus possible. «Après la naissance de mon
deuxième enfant, j’ai commencé à exercer
mon métier à la maison. C’était la pièce
de séjour qui servait de salon de coiffure, des conditions peu propices, comme
le souligne Adrian. «Après le travail, je ne
pouvais pas m’asseoir dans la pièce quand
ma femme travaillait. Et il y avait toujours
des cheveux partout.» Comme le cercle
des clients s’élargissait en permanence, la
situation devenait intenable. Pas question
cependant de renoncer au salon. «Le travail me plaît et il nous apporte une source
de revenu essentielle», souligne la jeune
femme. «Et travailler à l’extérieur quand
on a quatre enfants n’est pas non plus une
solution viable.»
Des travaux laborieux
C’est alors que leur vint l’idée de transformer la porcherie désaffectée. «Nous
avons dessiné les plans et nous nous
sommes mis à l’œuvre dès que nous avons
obtenu le permis de construire», commente Adrian, qui n’avait cependant pas
conscience de tout ce que cela impliquait.
«C’était très pénible. Nous avons évacué
nous-mêmes 15 tonnes de gravats depuis
la porcherie», raconte-t-il. Le coût du matériel se révéla être un gouffre, bien que
les Loosli se soient efforcés de construire
à moindres frais. Et comme si cela n’avait
pas suffi, d’autres problèmes sont venus
se greffer. Les mulots causèrent de gros
dégâts. Il leur a fallu racheter du foin
et prévoir de nouvelles semences. Côté
vaches aussi, 2012 a été une année sinistre.
Le vétérinaire a dû intervenir souvent, car
les bêtes ne portaient plus. Il a fallu finalement les vendre en partie. Les Loosli firent
néanmoins tout ce qui était en leur pouvoir pour terminer les travaux. «Sans le
soutien de l’Aide Suisse aux Montagnards,
nous n’y serions pas arrivés», dit Adrian,
qui, comme son épouse, est fier que tout
soit rentré dans l’ordre et terminé dans les
temps. Prochainement, Adrian se consacrera aussi à la façade afin que l’aspect extérieur soit en accord avec l’intérieur.
www.aideauxmontagnards.ch/lefuet
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6
R EP O R TAG E
COÛTS PLUS ÉLEVÉS POUR LA CONSTRUCTION D’UNE ÉTABLE APRÈS UN ÉBOULEMENT DANS L’EMMENTAL
Un éboulement de terrain
remet tout en question.
L’avenir s’annonçait prometteur pour Bernhard Wisler et
Petra Tröhler. Ils avaient enfin économisé suffisamment
d’argent pour remplacer leur ancienne étable trop petite et
en construire une nouvelle, plus spacieuse. Les excavatrices
avaient déjà fait leur travail, la fosse était creusée mais le
terrain s’effondra.
Texte: Max Hugelshofer
L
es versants sont pentus ici dans le
hameau de Schlangenwinkel entre
Signau et Oberthal dans l’Emmental.
La petite route étroite et très escarpée qui
conduit à la ferme de Bernhard Wisler et
Petra Tröhler a été élargie et consolidée
pour les besoins de la construction, mais
en temps de pluie elle n’est praticable
qu’avec un véhicule 4x4. A côté de l’ancienne maison d’habitation se trouve la
nouvelle étable, construite pour y loger 27
vaches. Rien de particulier jusque-là!
Pourtant l’histoire de sa construction sort
de l’ordinaire. Tout avait bien commencé.
Bernhard Wisler avait repris la ferme de
ses parents il y a quatre ans, après l’avoir
exploitée avec eux dans une communauté
intergénérationnelle. Lorsque son père
travaillait encore dans l’exploitation, Bernhard travaillait à plein temps à l’extérieur
comme maçon ainsi que dans la sylviculture. C’est ainsi qu’il a pu réunir le capital
nécessaire pour réaliser, avec sa compagne Petra, la rénovation la plus urgente:
celle de l’étable. L’ancienne étable était
exiguë, sombre et ne répondait plus aux
réglementations en matière de protection
des animaux. Ils avaient donc besoin
d’une étable plus claire, plus pratique à exploiter et surtout plus spacieuse. Ils dressèrent des plans, évaluèrent les alternatives et calculèrent les coûts. Et, comme la
banque leur accorda une hypothèque, les
excavatrices purent se mettre rapidement
à l’œuvre. L’excavation pour la nouvelle
fosse à purin était pratiquement terminée, quand de fortes pluies provoquèrent
un éboulement de terrain au-dessus de
l’endroit prévu pour l’étable, remplissant à
nouveau la partie excavée.
Arrêt immédiat des travaux
Bien que leur ferme soit située sur un versant très pentu, Bernhard Wisler et Petra Tröhler n’avaient auparavant
jamais eu de problèmes de glissement de terrain.
Le Montagnard 2_ 2014
Le soulagement de constater que personne
n’avait été blessé fut bien vite effacé par la
question de savoir comment les choses allaient continuer. Les travaux de construction furent immédiatement stoppés car il
était impossible de les poursuivre comme
prévu. «Le danger que le versant s’éboule
à nouveau pendant les travaux de bétonnage était trop important. Cela aurait alors
provoqué des dégâts énormes», dit Bernhard, qui ne voulait prendre aucun risque
par rapport aux ouvriers de chantier. La
solution a été de déplacer de quelques
mètres la fosse à purin sur le versant pour
que la pente ne soit pas si raide et que
le versant ne risque plus de s’effondrer.
L’étable a ensuite pu être construite sans
danger comme prévu initialement.
R EP O R TAG E
7
Bernhard Wisler plante des pommiers afin de solidifier le terrain au bord de la faille qui est encore béante après le glissement de terrain.
Des opérations qui ont pris beaucoup de
temps et coûté aussi beaucoup d’argent.
Un argent que les Wisler n’avaient pas,
car ils avaient mis toutes leurs économies dans la construction de l’étable. La
situation semblait sans issue. «Au début,
je ne savais pas comment on allait s’en
sortir», dit Bernhard. Son rêve d’une nouvelle étable pour laquelle il avait travaillé
des années durant risquait de s’envoler.
Un conseiller agricole lui suggéra alors
de solliciter le soutien de l’Aide Suisse
aux Montagnards. «J’avais peu d’espoir
car notre exploitation n’est qu’à 900 m
d’altitude.» Or, de par son emplacement
sur un terrain très escarpé, la ferme des
Wisler fait, en dépit de sa faible altitude,
tout de même partie des zones de montagne. Heinz Aebersold, expert bénévole
à l’Aide Suisse aux Montagnards s’est
rendu sur place et a tout de suite décrété
une situation d’urgence, indépendante de
la volonté des paysans. Ces derniers ont
donc rapidement reçu une promesse de
soutien. «Nous sommes très reconnaissants pour cette aide rapide et sans tracasseries administratives», déclare Petra.
«La construction a pu se poursuivre sans
problèmes et nous pouvons désormais
envisager l’avenir avec optimisme.»
Se mobiliser pour l’avenir
L’avenir, c’est d’abord d’évacuer les restes
visibles du glissement de terrain. Bernhard
a emprunté une excavatrice pour faire les
travaux et il s’en charge lui-même à côté
de son travail à l’étable. Et quand l’herbe
aura repoussé sur la faille, plus personne
ne se souviendra de tous les aléas rencontrés lors de la construction de l’étable.
www.aideauxmontagnards.ch/
schlangenwinkel
Le travail est plus aisé dans la nouvelle étable.
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R EP O R TAG E
RÉPARATION D’UN TOIT À L’AUBERGE HOSPEZI DANS LA SURSELVA
Produits locaux
à l’honneur.
A l’Hospezi, celui qui commande un steak frites
restera sur sa faim. Par contre, ceux qui se laissent
surprendre par ce que leur serviront Ursi et Christian Weber découvriront des mets authentiques oubliés
depuis longtemps et dégusteront des aliments dont
ils ne connaissaient pas l’existence.
Le Montagnard 2_ 2014
R EP O R TAG E
9
Texte: Max Hugelshofer
L
’«Hospezi» est une auberge d’un
genre particulier. Inutile d’y chercher
une carte des mets. Dans cet hôtel de
Caltgadira dans la Surselva, on sert exclusivement des produits qui proviennent du
jardin, de la cave ou de l’étable. Depuis 15
ans, Ursi et Christian Weber misent tout
sur leur propre production, sur les recettes
oubliées, les plantes qu’ils cultivent et les
animaux de leur exploitation.
Rares achats à l’extérieur
Dans les jardins autour de la maison,
croissent quelque 150 sortes de plantes
soigneusement étiquetées et que pratiquement plus personne ne connaît. Parmi
elles, une variété de maïs qui ne croît plus
nulle part ailleurs au monde. Et dans les
nombreuses petites étables, on trouve
des chèvres grisonnes, des moutons à cornes de l’Oberland des Grisons, des porcs
Le vieux toit de l’«Hospezi» n’était plus étanche.
état la maison, construite dans les années
1930 et qui était à l’époque un hospice
pour les pèlerins», dit Ursi. Le toit laissait
passer l’eau, mais les Weber n’étaient
pas en mesure d’assumer les coûts de réfection. Ursi déclare: «Sans le soutien de
l’Aide Suisse aux Montagnards, il pleuvrait
encore à l’intérieur.» Désormais, le «Hospezi» peut à nouveau recevoir des clients qui
y dégusteront des plats étonnants à partir
d’ingrédients souvent oubliés.
www.hospezi.ch
www.aideauxmontagnards.ch/
caltgadira
Lexique des légumes.
La préparation des produits – un travail essentiellement manuel.
laineux, des lapins et des poules. Les Weber n’achètent pratiquement rien. Tout
au plus du sel et parfois un peu de lait de
vache quand une recette spéciale l’exige.
Ils travaillent tous leurs produits eux-mêmes, fabriquent du fromage, de la viande
séchée, font des conserves de légumes et
sèchent des fruits. «C’est en valorisant sur
nos tables les produits de notre jardin que
nous faisons les meilleurs affaires», déclare Christian.
Ursi et Christian Weber travaillent en
étroite collaboration avec Pro Specie
Rara, notamment pour l’édition de livres. L’un deux, un ouvrage de recettes,
consacre tout un chapitre à l’auberge
«Hospezi». Le dernier ouvrage de l’éditeur
propose, en allemand, un lexique sur les
légumes d’antan, auquel les Weber ont
activement collaboré. Ce lexique, qui
comprend plus de 1000 photos, incite à
redécouvrir des légumes presque oubliés.
En vente en librairie
ou directement chez
Pro Specie Rara.
Il pleuvait à travers le toit
Les bénéfices sont cependant modestes.
«Nous arrivons à vivre avec ce que nous
gagnons et à maintenir plus ou moins en
2_ 2014 Le Montagnard
10
PA N O R A M A
UNE ÉCOLE D’ÉQUITATION DÉMÉNAGE
«Hue» et non
plus «brrr».
Dans le Val Müstair, le tourisme a le vent
en poupe grâce aux chevaux. Iris Hauschild
attire en effet de nombreux groupes dans
cette vallée excentrée.
Texte: Max Hugelshofer
SANTA MARIA/GR «Habituellement, tout n’est pas aussi
calme», souligne Iris Hauschild.
Dix jeunes filles sont assises
autour d’une grande table, les
yeux rivés sur leur bircher
müesli et leurs tartines. Elles se
sont couchées tard hier. C’était
la fin du camp et elles ne voulaient rien manquer. Et de faire
du cheval tous les jours, cela
fatigue. Mais, quand il s’agit de
repartir à l’écurie, les jeunes
filles, qui ont entre 6 et 16 ans,
retrouvent du poil de la bête.
Et lorsqu’elles caressent les nasaux de leur cheval préféré, la
fatigue est vite oubliée.
Ce camp d’une semaine est
consacré exclusivement à
l’équitation. Les plus jeunes y
apprennent les bases, les plus
âgées se préparent à passer le
brevet – sorte de permis de
conduire pour cavaliers. C’est
Iris Hauschild qui donne les
cours. Après sa formation
dans l’agriculture, elle s’est
lancée dans l’éducation et a
travaillé comme éducatrice
dans des homes pour les
jeunes. Et c’est en collaborant
dans un haras qu’elle s’est découvert une passion pour les
chevaux islandais. Plus tard,
elle a commencé à donner des
cours pendant ses loisirs, une
activité pour laquelle elle s’est
révélée être très douée. Les
enfants l’aiment bien et lui
restent fidèles même après
deux déménagements. Iris
Dès que les jeunes filles montent sur leur cheval, la fatigue s’envole.
Le Montagnard 2_ 2014
Les filles se sont couchées tard et un silence inhabituel règne au petit-déjeuner.
vient en effet de transférer
son école d’équitation et le
lieu de résidence des six personnes de sa famille, de la
Basse-Engadine au Val Müstair, refermant ainsi la boucle,
car c’est dans cette vallée isolée qu’elle a grandi. Ce n’est
pas le mal du pays de son enfance qui l’a motivée, mais
l’occasion de reprendre la maison de ses parents et d’avoir
enfin, après des années de situation provisoire, une écurie
adéquate pour ses chevaux et
la possibilité d’aménager un
paddock pour ses cours.
Avec le développement continu de l’école d’équitation, les
anciennes
infrastructures
étaient insuffisantes. L’école
d’équitation était déjà un job à
plein temps pour Iris, 41 ans,
mais la nouvelle écurie lui a
permis de passer au stade professionnel. Elle n’organise pas
seulement des cours et des
camps pour les enfants, mais
aussi pour les adultes. Et
comme le Val Müstair est très
excentré, elle propose aussi
des logements. Elle a aménagé
dans sa maison un grand dortoir, et loue aussi une chambre
pour des familles ainsi qu’un
petit appartement. Mais parfois cela ne suffit pas. Des enfants de Zurich, qui viennent
toujours avec leurs familles, on
dû dormir dernièrement à l’auberge de jeunesse de Santa
Maria. «Je trouve cela super.
L’école d’équitation ne bénéficie ainsi pas seulement à ma
famille mais à toute la région»,
qui a d’ailleurs accueilli Iris
Hauschild et ses chevaux à
bras ouverts. Le financement
du projet posa cependant problème. Iris et son mari avaient
mis toutes leurs économies
dans l’écurie, mais cela n’a pas
suffi. Iris fut donc soulagée
quand l’Aide Suisse aux Montagnards lui eut promis son
soutien.
www.plaun-schumpeder.ch
www.aideauxmontagnards.ch/
plaun
PA N O R A M A
Pleinement engagés dans
le Vacherin Mont-d’Or.
L’emballage du Vacherin Mont-d’Or s’effectue à la main.
BALLAIGUES/VD Jean-Pierre
Chuard et son fils Frenky traitent, dans la Fromagerie du
Coteau à Ballaigues, 1 800 000
kg de lait par an. La Fromagerie
du Coteau fait partie de la société coopérative laitière de
Ballaigues, propriété de 15 familles de paysans, qui lui li-
vrent leur lait deux fois par
jour. A côté du Gruyère, la fromagerie produit également du
Vacherin Mont-d’Or, spécialité
d’hiver du pied du Jura vaudois, ainsi qu’une quantité non
négligeable de beurre pour différents boulangers pâtissiers
de la région. Jean-Pierre Chuard
explique: «Nous travaillons
avec un produit naturel vivant.
Et c’est à nous qu’il appartient
de le comprendre, de le respecter et de le valoriser, et pas
l’inverse.» Au vu de l’augmentation de la production du
Vacherin Mont-d’Or, il était impératif de moderniser la fromagerie, de l’agrandir et de
l’adapter aux normes d’hygiène
actuelles. Les membres de la
coopérative essayèrent de rassembler des fonds pour effectuer les travaux nécessaires,
mais en dépit des capitaux propres et d’un crédit accordé par
la banque, il manquait de
l’argent. Ce n’est que quand
l’Aide Suisse aux Montagnards
eut promis son soutien que ce
projet, essentiel pour toute la
région, a pu être réalisé. Et ce
ne sera pas pour déplaire à tous
ceux qui apprécient le Vacherin
Mont-d’Or. (dak)
11
3 questions
à…
Nicola Spirig, championne
de triathlon
Restaurant de montagne ou pique-nique?
Pique-nique, car je préfère
être dans la nature et jouir
de l’environnement en toute
quiétude.
Cervelas ou gâteau au
chocolat?
Gâteau au chocolat. J’aime
bien le chocolat, je préfère
donc renoncer au cervelas.
Vaches ou moutons?
Les vaches font partie intégrante des pâturages alpins.
Lorsque leurs cloches produisent un tintement sympathique, elles me plaisent encore davantage.
www.aideauxmontagnards.ch/
ballaigues
Prêts pour la saison
des concerts.
ERNEN/VS Chaque été, la musique attire à Ernen plus de 5000
mélomanes. Depuis 1974, cette charmante commune de la vallée
de Conches se convertit en effet, sept semaines durant, en «village
de la musique». Concerts classiques, cours prodigués par des maîtres ainsi que manifestations littéraires ont lieu dans la magnifique
église baroque de St-Georges. Cette année, les manifestations se
dérouleront du 5 juillet au 22 août sur le thème «Le pouvoir de
l’amour». Le Festival «Musikdorf Ernen» joue un rôle économique
important pour la région. Un succès qui a engendré cependant son
lot de problèmes. Il n’y avait qu’une seule toilette à disposition des
nombreux visiteurs dans la maison paroissiale. Avec le soutien de
l’Aide Suisse aux Montagnards, l’association «Musikdorf Ernen» a
pu aménager de nouvelles toilettes. Francesco Walter, l’intendant
du festival, s’en réjouit. «Cet été nous aurons enfin des installations sanitaires en suffisance à proximité des concerts.» (cob)
www.aideauxmontagnards.ch/ernen-musik
Des musiciens du monde entier donnent des concerts dans la magnifique église
baroque d’Ernen.
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12
PA N O R A M A
RESTAURATION D’UN BIJOU ARCHITECTURAL
Bientôt de
nouvelles fêtes.
L’hôtel-restaurant de la Truite n’est pas
seulement connu et apprécié pour ses
spécialités de truite. Les imposants bâtiments historiques rénovés avec le souci
du détail méritent à eux seuls une visite.
Champ-du-Moulin se trouve au cœur du site naturel protégé du Creux-du-Van.
Texte: Daliah Kremer
BOUDRY/NE Le petit village de
Champ-du-Moulin, au milieu
des gorges de l’Areuse dans le
parc naturel du Creux-du-Van,
n’est qu’à 15 minutes de Neuchâtel. C’est un hameau pittoresque qui attire chaque année quelque 70 000 visiteurs.
Les touristes ne sont pas seulement séduits par la beauté
de la région, mais aussi par le
restaurant de «La Truite», au
cœur du village, qui, comme
son nom le laisse entendre,
sert de délicieuses spécialités
de truite. Or, si ce site, qui se
compose de trois bâtiments,
mérite qu’on s’y arrête, ce n’est
pas uniquement pour sa gastronomie mais aussi pour son
C’est dans cette imposante bâtisse que se trouve la Salle des Fêtes.
Le Montagnard 2_ 2014
caractère historique. La première construction date de
1811. A la fin du 19e siècle, la bâtisse s’est convertie en restaurant et hôtel. Son imposante
Salle des Fêtes est un véritable
bijou sur le plan architectural.
Construite en 1905, dans le
«Heimatstil», elle y accueillait
des fêtes de tous genres.
Entre-temps, les bâtiments
ont pris de l’âge et avaient
bien besoin d’un assainissement. Pour réunir les fonds nécessaires une «Association des
Amis du Site du Champ-duMoulin», ainsi qu’une Fondation ont été créées. Selon
Claude Borel, président de
cette dernière, la rénovation
s’est avérée onéreuse, en particulier à cause de la restauration nécessaire des ornements
et des peintures. L’association
était donc tributaire de dons.
Le premier pas a pu être
franchi grâce, notamment, au
soutien de l’Aide Suisse aux
Montagnards. «Nous sommes
heureux que cette première
étape ait pu se réaliser et que
le restaurant puisse désormais
recevoir ses nombreux clients
dans un cadre rénové, mais
toujours chaleureux et respectueux de l’héritage du passé.»
www.la-truite.ch
www.aideauxmontagnrads.ch/
boudry
Les ornements et les peintures ont rendu
la rénovation onéreuse.
PA N O R A M A
13
mulent l’esprit d’équipe et sont
pour les apprentis les plus âgés
également une occasion de
montrer de quoi ils sont capables», selon Jan Schibli, directeur
commercial.
«Les
‹pommeaux› ont tout réalisé
eux-mêmes, des plans à l’exécution en passant par les
achats de matériel». Et, selon
Scherhag, ils s’en sortent très
bien. «Pour l’ordre sur les places
de travail il y a cependant encore des progrès à faire», dit-il
en souriant.
Le travail dans l’étable du paysan de montagne Heiri Marti a été pour Bekaj Fatlind une expérience gratifiante.
DES APPRENTIS CONSTRUISENT UNE ÉTABLE
Des jeunes s’investissent en montagne.
Un camp de travail pour adolescents
a permis à de jeunes citadins de découvrir un monde totalement nouveau.
Plusieurs d’entre eux ne seraient jamais
allés en montagne spontanément.
Texte: Max Hugelshofer
WEISSENBERGE/GL Une nappe
de brouillard épaisse enveloppe les versants et une pluie
fine tombe sur le hameau de
Weissenberge dans le pays de
Glaris. «Nous n’avons pas vu le
soleil de toute la semaine»,
commente Jörg Scherhag, formateur professionnel du
Groupe Schibli. Il n’est cependant pas en montagne avec ses
dix apprentis pour profiter du
soleil, mais pour y travailler.
L’équipe d’apprentis électriciens, automaticiens, monteurs, commerciaux, est en effet venue pour faire le câblage
des prises et de l’éclairage dans
la nouvelle étable de Heiri Marti, paysan de montagne. Un travail qu’ils ont effectué gratuitement dans le cadre de ce camp
de travail. De tels camps sont
une tradition pour la firme
Schibli AG de Zurich. Hans Jörg
Schibli les avait instaurés en
1975. C’était une époque de récession et il n’avait plus de travail pour ses apprentis. «Je voulais qu’ils se rendent utiles au
lieu de gamberger», explique
l’ancien patron. Ce premier
camp en montagne a été un
succès et au fil des ans il est devenu une tradition. Et ce ne
sont pas seulement les bénéficiaires des prestations qui en
tirent profit. «Les camps sti-
Pour les apprentis, le camp est
une expérience forte, en particulier pour ceux qui ne sont
encore jamais allés en montagne. «C’est passionnant
mais je suis content de ne pas
devoir habiter ici», déclare Bekaj Fatlind. Une expérience qui
lui laisse des souvenirs positifs. Et Hans Jörg Schibli de déclarer: «Je connais de nombreux apprentis qui sont restés
en contact avec leurs moniteurs des régions de montagne», dit-il. Une expérience
que partage Fabian Bucher du
CECOVO (Centre de volontariat en montagne) qui coordonne les missions de travail.
«Ces camps génèrent souvent
une relation très forte avec la
population de montagne, qui
n’existerait pas autrement.
Cela favorise la compréhension mutuelle.» C’est d’ailleurs
aussi cela qui motive l’Aide
Suisse aux Montagnards à
soutenir financièrement le CECOVO.
www.aideauxmontagnrads.ch/
weissenberge
Près de 8000 journées
de travail par an.
Le CECOVO (Centre de volontariat en montagne) coordonne
chaque année environ 100 missions de travail pour des groupes
et des particuliers. En 2013, quelque 8000 jours de travail ont été
ainsi réalisés. Les bénévoles ne collaborent pas seulement à des
projets de construction, mais également à la construction de
routes ou à l’entretien des pâturages. Pour de plus amples informations sur le CECOVO: www.berge-versetzen.ch
2_ 2014 Le Montagnard
14
P O R T R A I T
UN APPRENTISSAGE AXÉ SUR LE BIO
Tracer son
propre chemin.
Le Montagnard 2_ 2014
P O R T R A I T
15
A 15 ans, Doris Martinali sait déjà exactement ce qu’elle
veut: reprendre très bientôt l’exploitation paysanne de ses
parents dans le Val Blenio. Pour cela, elle a besoin d’une
solide formation. Elle a donc opté pour un apprentissage en
Suisse alémanique axé sur le bio. Et elle en accepte les défis,
entre autres de ne plus voir ses parents et sa sœur qu’une
seule fois par mois.
Même après avoir nettoyé les œufs des milliers de
fois, Doris est bien décidée à reprendre la ferme.
«
Propos recueillis par Max Hugelshofer
Non, je n’ai pas l’ennui, mais
c’est chouette de pouvoir revenir au Tessin pour quelques jours. Cela fait
six semaines que je suis venue pour la dernière fois. Il y avait encore de la neige et
maintenant c’est presque le printemps.
J’aimerais bien revenir plus souvent à la
maison, mais c’est compliqué. Je dois faire
cinq heures de train et de bus depuis ma
place d’apprentissage à Ellikon sur la Thur
avant d’arriver à la maison. Quand c’est
possible, je préfère donc travailler
quelques heures de plus pour avoir ensuite plusieurs jours de congé d’affilée. Le
voyage en vaut alors la peine.
J’ai tout organisé moi-même
Cette place à Ellikon ainsi que ma deuxième année d’apprentissage à Benken, je
les ai organisées moi-même. Maman craignait que mes futurs maîtres pensent
qu’elle ne s’occupait pas bien de moi, mais
en fait, elle est toute fière que je sois aussi
débrouille. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles j’effectue mon apprentissage en
Suisse alémanique et pas au Tessin. Avec
mon père, nous aimerions nous convertir
au bio ces prochaines années. Il était donc
important que j’aie une formation complémentaire dans ce domaine au cours de
mon apprentissage déjà. Mission impossible au Tessin. Comme mon père a déjà 65
ans, nous disposons de moins de temps
que d’autres familles pour mettre en place
la succession. Il faut donc que j’apprenne
le plus de choses possible dans les différents domaines. Comme maman vient du
canton de Zurich et qu’elle a toujours parlé le suisse-allemand, il n’y avait pas de
problèmes pour que je fasse ma forma-
tion en dehors du Tessin. Cependant,
comme je ne maîtrise pas aussi bien le
bon allemand que le dialecte, j’ai dû bosser dur avant de commencer mes cours.
Comme mon apprentissage dans cette
ferme du canton de Zurich revient cher
avec tous ces déplacements et que je ne
peux plus travailler à la maison, mes parents se sont retrouvés avec des problèmes financiers. Ma sœur Marina prépare sa maturité et les frais de formation
grèvent lourdement le budget de la famille. Je sais que mes parents font tout
pour que j’aie la formation dont je rêve,
mais je ne sais pas si cela aurait été possible sans le soutien de l’Aide Suisse aux
Montagnards.
Et de nombreux défis vont encore se présenter. Nous ne pourrons éviter d’assainir
et d’agrandir notre étable vétuste, car elle
ne répond depuis longtemps plus aux
Les Martinali se serrent les coudes et travaillent en
famille.
nouvelles normes en matière de protection des animaux et en particulier en vue
d’une production bio. Je me réjouis de
pouvoir offrir à nos vaches de meilleures
conditions de vie.
Discussion en nettoyant les œufs
Pour moi, il a toujours été évident que je
reprendrais un jour l’exploitation. Ma
grande sœur y songeait aussi, et c’était
elle l’aînée! Je me rappelle encore parfaitement le jour où, alors que nous nettoyions les œufs, elle m’a déclaré solennellement qu’elle n’envisageait plus
vraiment de reprendre la ferme et que je
pouvais l’avoir. Elle avait alors douze ans
et moi neuf. Depuis, maman plaisante
toujours en disant qu’elle ne veut plus que
je nettoie les œufs, car elle craint que je
perde l’envie de travailler à la ferme, mais
je continue à devoir faire cette besogne.
Loin de moi l’idée de me plaindre. J’aime
bien travailler dans notre exploitation et
je donne aussi toujours un sérieux coup de
main quand je suis là. Et cela, même maintenant quand, après de dures semaines de
travail, je reviens à la maison fatiguée, je
préfère aider mon père à traire les vaches
plutôt que me reposer. J’apprécie la diversité des travaux à effectuer et le fait de
devoir faire encore beaucoup de choses à
la main. Là où je fais mon apprentissage,
tout est mécanisé. C’est intéressant mais
pas vraiment ce qui me plairait
à long terme. Je suis toujours
convaincue que c’est ici, à Largario dans le Val Blenio, que j’ai
vraiment ma place.
»
www.aideauxmontagnards.ch/largario
2_ 2014 Le Montagnard
16
EN
P R I V É
CHANGEMENT DE PRÉSIDENT À LA TÊTE DE L’AIDE SUISSE AUX MONTAGNARDS
«Pas de Röstigraben».
Max Hugelshofer s’entretient avec Franz Marty et Willy Gehriger
geait un travail beaucoup plus intensif
que de nos jours. Un paysan de montagne peut aujourd’hui exploiter davantage de terrain qu’une famille entière il
y a des décennies. Mais ce n’est pas pour
autant qu’aujourd’hui une exploitation
est à même de nourrir plus d’une famille.
Et encore… ce n’est pas toujours
le cas!
Franz Marty: C’est vrai, il y a de nombreux paysans qui, sans revenu complémentaire, n’arrivent pas à nouer les
deux bouts. Il est donc d’autant plus important que le commerce local et le tourisme vert se développent.
Les marques de solidarité sont un signe positif pour notre pays.
Franz Marty, président du Conseil de fondation de l’Aide Suisse aux Montagnards
pendant huit ans, s’est retiré et c’est
Willy Gehriger qui lui succède. Les deux
hommes nous font part de leurs visions
sur les régions de montagne, des alternatives qui se présentent et du sentiment
infondé d’un «Röstigraben».
Monsieur Marty, estimez-vous que
la vie en montagne a évolué au
cours des huit années où vous avez
été président de l’Aide Suisse aux
Montagnards?
Franz Marty: La vie dans les montagnes
reste toujours plus exigeante et pénible
que celle dans les villes et les agglomérations. Et la force de caractère des montagnards m’impressionne fortement.
L’Aide Suisse aux Montagnards at-elle changé?
Franz Marty: Je suis entré en fonction à
une époque où l’organisation était en
pleine mutation et est passée du statut
d’association à celui de fondation. Nous
avons alors commencé à soutenir des
projets qui dépassaient le cadre de l’agriculture et continuons sur cette lancée.
Monsieur Gehriger, vous êtes le
premier Romand à la tête de l’Aide
Suisse aux Montagnards. Selon
vous, l’institution est-elle perçue
comme une organisation suisse
alémanique?
Willy Gehriger: Si c’est le cas, ce n’est pas
grave. L’important c’est que nous soyons
là pour la population de montagne de
tout le pays. Et c’est indubitablement le
cas. Pas de «Röstigraben»! Et les gens le
Willy Gehriger: Oui, l’objectif n’a pas
changé. Pour que les vallées reculées
puissent continuer à se développer, il ne
suffit en effet pas de promouvoir l’agriculture. Il faut que les jeunes aient la
possibilité d’avoir accès à une formation
et puissent apprendre un métier, car sinon ils émigrent.
Il en a toujours été ainsi. Pourquoi
n’a-t-on pas envisagé plus tôt un
soutien dans des domaines comme
le commerce ou le tourisme?
Willy Gehriger: Avant, l’agriculture exi«Je n’ai reçu que des réactions positives.»
Le Montagnard 2_ 2014
L E T T R E S
savent. L’Aide Suisse aux Montagnards
jouit d’une bonne réputation en Suisse
romande également. J’ai déjà reçu de
nombreuses réactions positives, mais
aucune négative.
Comptez-vous renforcer la présence de l’ASM en Suisse romande?
R E M ERC I E M EN T S
17
Merci!
L’Aide Suisse aux Montagnards reçoit quotidiennement
des lettres, dans lesquelles des familles ou des particuliers
remercient les donatrices et donateurs pour leur précieux
soutien. Nous vous en transmettons quelques-unes ci-après.
Willy Gehriger: Cela se fera certainement déjà à travers ma personne. Je
souhaiterais instaurer à moyen terme
une représentation permanente en
Suisse romande. Mais je n’y vois aucune
urgence pour l’instant.
Nous pourrons bientôt déménager
Monsieur Marty, qu’est-ce qui
vous a le plus marqué durant ces
huit ans à la tête de l’Aide Suisse
aux Montagnards?
Franz Marty: Ce sont sans conteste les
projets captivants qui émanaient de
personnes remarquables. Mais ce qui
m’impressionne le plus, c’est la fidélité
de nos donatrices et donateurs. Qu’autant de personnes renoncent volontairement à une partie de leur bien-être
pour en aider d’autres qui sont moins
favorisées est un signe positif pour
notre pays.
D E
Désormais nous aurons
chaud partout
Nous vous remercions très chaleureusement pour votre soutien pour la transformation de notre maison d’habitation.
Grâce à votre aide, nous pourrons bientôt
installer un nouveau chauffage à pellets
de bois. Nous aurons alors chaud dans
toutes les pièces de notre maison, qui en
hiver ne voit pas le soleil pendant quatre
mois.
Famille L., canton de St-Gall
Nous vous remercions de tout cœur
d’avoir soutenu notre projet de construction. La maison prend peu à peu forme et
nous pourrons bientôt déménager et vivre
enfin dans notre exploitation. Grâce à
votre contribution, nous avons pu réaliser
notre rêve. Nous sommes heureux que
l’Aide Suisse aux Montagnards soutienne
les jeunes familles dynamiques et contribue ainsi à assurer l’avenir de l’agriculture.
Nous nous rendons quotidiennement sur
le chantier avec nos deux petites filles et
nous réjouissons qu’elles puissent bientôt
grandir à côté de l’étable et des bêtes.
Famille S., canton de Berne
Les personnes
en bref
Franz Marty, 67 ans, habite à ArthGoldau et il a été longtemps conseiller d’Etat du canton de Schwyz et président du Conseil d’administration de
Raiffeisen Suisse. Il était président de
Conseil de fondation de l’ASM depuis
2006.
Willy Gehriger, 61 ans, est membre
du Conseil de fondation de l’Aide
Suisse aux Montagnards depuis 2011.
Auparavant il a été CEO du Groupe
Fenaco-Landi et président d’Intercoop Europe, la fédération européenne des coopératives agricoles.
Le 12 mai 2014, il a repris la présidence
du Conseil de fondation de l’ASM.
Un grand allégement
Sans vous, nous n’aurions pas pu construire une annexe à notre étable. Nous
vous en remercions de tout cœur. Elle est
maintenant terminée et nous remplit de
joie tous les jours. Les bêtes aussi s’y plaisent bien car elles disposent de davantage
de place. Pendant des années, nous avons
dû évacuer le fumier à la fourche. Maintenant cela se fait automatiquement et
cela allège considérablement notre travail.
Famille J., canton des Grisons
Fourrage et machines bien au sec
Un immense merci pour votre aide. Nous
ne savons comment vous exprimer notre
gratitude. Comme vous pouvez le voir sur
les photos, nous avons pu rénover notre
grange grâce à votre soutien. Maintenant
le fourrage pour les bêtes et nos machines
sont enfin protégés sous le nouveau toit
et sont au sec tout au long de l’année.
Famille M., canton du Jura
2_ 2014 Le Montagnard
18
D O N S
INFORMATIONS UTILES SUR LES SUCCESSIONS
«On s’en ira
comme on
est arrivé».
«Nous arrivons sur terre sans rien et
repartirons de même.» C’est en ces termes
que s’exprime Bernhard Wyss, qui veut
léguer une partie de sa fortune à l’Aide
Suisse aux Montagnards après son décès.
Le fait d’avoir déjà réglé sa succession est
un grand soulagement pour lui.
Texte: Max Hugelshofer
U
ne vive discussion s’est engagée à l’étable entre un
homme de 63 ans, ancien cadre de Winterthur, et un
paysan de montagne de 31 ans à Simplon Village. Les
deux hommes n’ont, à prime abord, guère de points communs. Mais bien qu’ils aient fait connaissance depuis
quelques minutes seulement, Bernhard Wyss et Meinrad Gerold ont l’air de bien s’entendre. Ils discutent de politique agricole, de la dégradation des pâturages alpestres et des efforts
que les jeunes doivent faire pour sauvegarder notre patrimoine culturel.
Pas de place pour deux générations
Meinrad Gerold a grandi dans une exploitation paysanne de
montagne, dans l’une des régions les plus isolées de Suisse: à
Simplon Village, sur le versant sud du col du même nom. Dès
son enfance, il a su qu’il deviendrait un jour paysan de montagne
comme son père. Il exploite la ferme avec son épouse Rosemarie
depuis trois ans. Lors du changement de génération, ils ont dû
consentir à de nombreux investissements. Trop lourds cependant
pour ce jeune couple, qui a dû investir la majeure partie de ses
Le Montagnard 2_ 2014
économies pour reprendre la ferme. La rénovation de la maison
d’habitation a été leur première préoccupation, mais comme les
parents continuaient à vivre dans la ferme, ils étaient à l’étroit.
Grâce à beaucoup d’engagement personnel, le coût des travaux
a pu être fortement réduit, mais cela n’a pas suffi. Les Gerold ont
alors fait appel à l’Aide Suisse aux Montagnards. «Nous avons
été soulagés quand nous avons reçu sa promesse de soutien»,
déclare Meinrad. Aujourd’hui, le couple vit au-dessus de l’appartement des parents.
Trop occupé pour faire son deuil
«C’est à ce genre de projet que je souhaite que mon argent aille
après ma mort», déclare Bernhard Wyss. A 63 ans, il compte bien
vivre encore quelques années. S’il s’est déjà préoccupé d’établir
son testament, c’est par rapport au décès de sa mère, il y a deux
ans. Cette dernière est décédée à l’âge de 94 ans après une courte
maladie. «J’étais triste, bien sûr, mais aussi reconnaissant qu’elle
n’ait pas dû souffrir longtemps», dit Wyss. Ce qui a été le plus
pesant pour lui, c’est qu’il n’arrivait pas à faire son deuil car la
succession lui a occasionné énormément de travail. «J’aurais souhaité pouvoir recevoir toutes les informations utiles d’une seule
source. Cela a été la galère de devoir glaner les informations auprès des différentes instances.» Wyss s’est donc juré que quand
il mourrait, tout serait réglé et clair. Comme il est célibataire et
n’a pas de descendance, il n’a pas dû respecter la clause réservataire lors de la rédaction de son testament. Cela lui donnait une
certaine liberté mais aussi une grande responsabilité. En tant que
cadre dans une grande assurance, Wyss a bien gagné sa vie et bénéficie désormais d’une retraite bien méritée. Il s’est mis alors à
réfléchir à ce qui lui tenait le plus à cœur et en a conclu que c’était
la culture sous toutes ses formes. Selon lui, la culture ce n’est pas
seulement la musique et l’art, mais aussi la manière de contri-
D O N S
19
DONS À CHOIX
Dons en général
Vous faites un don à l’Aide Suisse aux Montagnards, en
effectuant un versement. C’est l’Aide Suisse aux Montagnards qui décide quel projet doit être soutenu.
Dons à thème
Vous avez la possibilité de choisir le domaine dans lequel
vous souhaitez que votre don soit investi: «Habitat et
ferme», «Alpage et fromage», ou «Innovation et avenir».
C’est à vous de décider. La contribution annuelle pour de
tels dons a été fixée à Fr. 480.–.
Dons en faveur d’un projet
Vous faites un don en faveur d’un projet concret. Vous
trouverez une sélection des projets à soutenir sur
www.aideauxmontagnards.ch. Nous tenons par ailleurs
à votre disposition une liste des projets actuels. Le montant minimum pour ce genre de dons est de Fr. 1000.–.
Dons à l’occasion d’un événement
Belle complicité entre le retraité Bernhard Wyss et
Meinrad Gerold, paysan de montagne.
buer à soutenir une cause symboliquement importante pour la
Suisse, en l’occurrence la sauvegarde de l’univers montagnard.
«En tant que gens de plaine, on ne peut pas ne pas s’en préoccuper. Il est important que la population montagnarde entretienne
les paysages. C’est un travail considérable et pour lequel j’ai un
énorme respect.»
Prendre soin de moi
et des autres.
Commandez notre documentation sur la prévoyance personnelle et la planification des successions. Vous trouverez dans ce dossier toutes les informations dont vous
pourriez avoir besoin pour planifier votre propre prévoyance et votre succession. En tant que donateur, vous le
recevrez gratuitement. Pour ce faire, remplissez simplement le volet ci-contre.
Un anniversaire, un jubilé, un mariage ou tout autre événement festif constituent toujours une bonne occasion
de penser aux personnes qui ont besoin d’aide.
Dons de condoléances
Suite à un décès, vous pouvez également faire un don à
l’Aide Suisse aux Montagnards, à la place de couronnes ou
de fleurs, lorsque le défunt ou sa famille en ont exprimé
le désir. Vous trouverez toutes les indications utiles sur
www.aideauxmontagnards.ch à la rubrique Dons/Dons en
cas de décès.
Successions et legs
Vous souhaitez léguer des biens à l’Aide Suisse aux Montagnards? Martin Schellenbaum se fera un plaisir de vous
conseiller. Tél. 044 712 60 56. Notre brochure «Donner une
chance à la vie en montagne» vous livre également de
précieux conseils en matière de testaments.
Modes de versement
Compte postal 80-32443-2
IBAN CH44 0900 0000 8003 2443 2
Compte WIR 264641-38-0000
Ou utilisez simplement le bulletin de versement annexé.
Nous vous remercions très chaleureusement pour votre
don! Pour de plus amples informations:
www.aideauxmontagnards.ch
Avez-vous des questions relatives aux dons? Appelez-nous!
Nous nous ferons un plaisir de vous conseiller. Vous pouvez
nous joindre par téléphone au: 044 712 60 60 ou par e-mail:
[email protected]
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20
Fondation Aide Suisse aux Montagnards
Soodstrasse 55, 8134 Adliswil, tél: 044 712 60 60
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Compte postal 80-32443-2