Art canadien - français.pub - Musée des beaux

Service de l’éducation et des programmes publics
Introduction à la collection
d’art canadien
Scénario de la visite destinée aux Amis du Musée
PRÉSENTATION
La visite Introduction à l’art canadien est destinée aux Amis du Musée. Elle a comme
objectifs de leur permettre ;
•
d’acquérir des habiletés liées à l’observation, au questionnement et à
l’appréciation de productions artistiques;
•
de s’éveiller à l’histoire de l’art canadien en s’intéressant à l’évolution des
techniques et des styles;
•
de lier des productions artistiques à leur contexte historique et social;
•
de s’intéresser aux motivations des artistes canadiens à différentes époques.
Le présent scénario propose une introduction, deux sections historiques et une
conclusion. Chaque section correspond à une période historique et contient une
fiche d’information structurée à partir de repères chronologiques.
Chaque section propose aussi, à titre d’exemples, la discussion sur quelques œuvres
représentatives de différents aspects de la période abordée.
Idéalement, pour chaque section le guide devra discuter au moins cinq œuvres
(les œuvres proposées dans le scénario sont à privilégier toutefois le guide peut
aussi sélectionner d’autres œuvres). Dans ce dernier cas, la sélection du guide
devrait tenir compte des objectifs, des thématiques et de l’esprit du présent scénario.
Le guide sera aussi sensible au public auquel il s’adresse.
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INTRODUCTION
Bonjour,
Bienvenue au Musée des beaux-arts de Montréal. Nous allons découvrir ensemble la collection d’art canadien du Musée installée dans le pavillon Lillian et David M. Stewart conçu
en 1973 par l’architecte Fred Lebensold (à qui l’on doit aussi la salle Wilfrid Pelletier de
Montréal). Cette collection présente les œuvres d’artistes originaires du Canada ou d’artistes étrangers ayant vécu et travaillé au Canada.
Les œuvres que nous allons observer illustrent près de deux siècles de création artistique.
Bien que les artistes canadiens aient souvent été influencés par les grands mouvements
artistiques internationaux, vous constaterez que leurs œuvres témoignent d’un art unique
et original indissociable de l’histoire, de la société et de l’environnement du Canada.
Au cours de cette visite d’une durée de 90 minutes nous nous intéresserons plus particulièrement au parcours, à la démarche créatrice et aux caractéristiques des œuvres de quelques uns des grands artistes d’ici.
J’espère que cette visite vous incitera à revenir explorer plus en détails les œuvres de cette
collection.
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Repères historiques
La Nouvelle-France (1534-1763)
1534-1541
Jacques Cartier fait trois voyages en terre canadienne.
1608
Fondation de la ville de Québec par Samuel de Champlain.
1629-1632
Occupation de Québec et de l'Acadie par les Anglais.
1634
Fondation de la ville de Trois-Rivières. De 1630 à 1640, 65 000 personnes émigrent dans les colonies
américaines, tandis que la Nouvelle-France ne compte qu’environ 500 personnes.
1642
Paul de Chomedey de Maisonneuve fonde Ville-Marie (Montréal).
1754-1760
Les colonies anglaises s'unissent pour en finir avec la Nouvelle-France. En 1755 commence la déportation des Acadiens dont 7000 sont envoyés sur la côte américaine. En 1756, le marquis de Montcalm arrive en Nouvelle-France avec 3000 hommes. En 1759, le Général britannique Wolfe et son armée assiègent pendant dix semaines la ville de Québec qui capitule après la célèbre bataille sur les plaines
d'Abraham. L'année suivante, en 1760, les Britanniques s'emparent de Montréal.
La «Province of Quebec» (1763-1791)
1763
L'Angleterre donne une constitution (la Proclamation Royale) à la Nouvelle-France qui devient alors
« The province of Quebec ».
1774
Pour éviter que les troubles dans les colonies américaines se répandent jusqu'au Canada, le gouvernement britannique décide d'être plus ouvert face aux Canadiens français et il promulgue l’Acte de Québec
qui reconnaît les lois civiles françaises et accorde aux catholiques le droit de pratiquer leur religion.
1783
Signature du traité de Paris qui proclame l'indépendance des États-Unis.
Le Bas-Canada (1791-1840)
1791
L’Acte constitutionnel divise la colonie en deux provinces ; Haut-Canada (Ontario, 15 000 Anglais loyalistes qui viennent des États-Unis) et Bas-Canada (Québec, 160 000 Français).
1826
Louis-Joseph Papineau devient le chef du Parti Patriote à 40 ans
1838
Les Canadiens (français et anglais) réclament des gouvernements responsables Le Bas-Canada prend
les armes, avec à sa tête Louis-Joseph Papineau son groupe s'appelle les Patriotes. Ils sont écrasés. La
déroute des Patriotes marque la fin de l'emprise des esprits libéraux sur la société québécoise. Désormais, le clergé reprend les commandes et étend son pouvoir.
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Le Canada Uni (1840-1867)
1840
Promulgation de l’Acte d’Union. Suite à la recommandation de lord Durham (qui conclut qu'il faut procéder à l'assimilation intégrale de la collectivité canadienne-française), l'Angleterre unie le Haut-Canada et
le Bas-Canada.
1843
Montréal devient la capitale de la province du Canada où siège le Parlement. La ville devient donc le
centre de l'activité politique, littéraire et commerciale.
1851
C'est à partir de cette année que les anglophones forment le groupe linguistique majoritaire au Canada.
Quant aux immigrants, ceux qui ne sont pas nés au Bas-Canada, ils représentent 11 % de la population.
Cette proportion descendra à 7 % en 1901.
1854
En décembre, abolition du régime seigneurial.
1857
Ottawa devient la capitale nationale, suite à une décision de la reine Victoria qui veut mettre fin à la
rivalité entre Montréal et Toronto.
1861-1865
Aux États-Unis : Guerre de Sécession américaine de 1861 à 1865.
Le « Dominion of Canada » (1867-1918)
1867
Création le 1er juillet de la confédération canadienne qui regroupe quatre provinces : le NouveauBrunswick, la Nouvelle-Écosse (l'ancienne Acadie), l'Ontario et le Québec (qui compte 1 200 000 habitants). On parle désormais du « Dominion du Canada ».
1870-1873
Le Manitoba, la Colombie-Britannique et l'Île-du-Prince-Édouard deviennent des provinces du Canada.
1885
Pendaison du Métis Louis Riel.
1896
En France l’affaire Dreyfus (officier français juif accusé à tort de trahison) fait rage de 1896 à 1899.
1905
La Saskatchewan et l’Alberta deviennent des provinces du Canada.
1914-1918
Première guerre mondiale.
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Joseph Légaré (1795-1855)
Québec vu de la Pointe-Lévis
Huile sur toile
1840-1842
Voici une vue de Québec réalisée vers 1840 par le peintre Joseph Légaré. Au premier plan des arbres
encadrent une vue panoramique comprenant le Cap-Diamant émergeant du Saint-Laurent. On aperçoit
sur la droite l’embouchure de la rivière Saint-Charles et à l’arrière plan la côte de Beauport et les
Laurentides.
Ce paysage nous permet de discuter des premiers balbutiements de l’art canadien qui datent de la seconde moitié du 17e siècle. À cette époque pour répondre à leurs besoins d'images religieuses les colons
français installés en Nouvelle-France faisaient venir d’Europe des gravures et des tableaux. C’est aussi à
cette époque qu’un premier peintre de renom, Claude François, dit frère Luc, fit un séjour de 16 mois en
Nouvelle-France au cours duquel il a peint plusieurs tableaux pour les communautés religieuses de Québec et les missionnaires catholiques qui utilisaient les œuvres religieuses dans leur
entreprise de conversion des amérindiens. On sait aussi que certains missionnaires se sont par la suite
adonnés à la peinture, comme les pères Jean Pierron et Claude Chauchetière.
Avec la conquête anglaise de 1759, les sujets picturaux et les styles changèrent. Alors que sous le régime
français, les paysages étaient rarissimes les premiers peintres topographiques d’origine britannique vont
faire du paysage et des vues de ville leurs sujets principaux. Ces peintres étaient des militaires qui avaient
appris leur métier à la Royal Military Academy. Ils étaient attirés par le pittoresque et le sublime comme
les chutes d'eau et les paysages de montagnes.
Même s’il étaient devenus sujets britanniques les canadiens français demeuraient profondément attachés
à la couronne française et à la religion catholique et l’art religieux occupait toujours une place centrale. La
révolution français de 1789 eut une conséquence inattendue sur le développement de l’art canadien. Entre 1816 et 1820, les abbés Desjardins (Louis-Joseph et Louis-Philippe) sauvèrent un lot de 200
tableaux des pillages des églises françaises et les envoyèrent au Canada. La plupart de ces tableaux
aboutirent dans les églises, mais plusieurs furent achetés par le peintre Joseph Légaré pour son
musée personnel, le premier au Canada.
Légaré, même s’il fut l’élève du peintre américain Moses Pierce, a aussi appris son métier en copiant les œuvres de la collection Desjardins qui bien qu’en majorité religieuses, comptait aussi des natures mortes, des
sujets historiques, et des paysages qui ont donné l'idée à nos peintres de s'essayer dans des genres qu'ils
n'avaient pas touché auparavant. Joseph Légaré a d’ailleurs été le premier peintre canadien à s’intéresser
au paysage comme en témoigne cette œuvre.
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Antoine Plamondon
(1804-1895)
Madame Louise de Lagrave
Huile sur toile
1836
Théophile Hamel
(1817-1870)
Madame Charles Têtu et son fils
Eugène
Huile sur toile
1841
Voici une œuvre réalisée en 1836 par le peintre Antoine Plamondon. Il s’agit du portrait de Madame
Louis de LaGrave femme d’un négociant en vin de Québec qui a lui aussi commandé son portrait à l’artiste. Après avoir été durant 6 ans l’élève du peintre autodidacte Joseph Légaré, Plamondon fit un séjour
de quelques années en Europe pour parfaire sa formation. En 1830, il ouvrit un atelier à Québec et il se
spécialisa dans les portraits des personnages de la haute-société comme celui-ci. Ses portraits de religieuses de l'Hôpital Général de Québec sont aussi bien connus tout comme son projet pour un chemin
de croix de l'église Notre-Dame à Montréal.
Antoine Plamondon était très actif dans la promotion de son travail et il a âprement défendu son territoire
contre les peintres américains de passage et les décorateurs italiens auxquels le clergé confiait la décoration de ses églises. Plamondon s’est aussi impliqué dans l’enseignement en accueillant dans son atelier des élèves dont Théophile Hamel.
Ce portrait de Madame Charles Têtu et de son fils Eugène a été réalisé par Théophile Hamel en 1841.
Le modèle est Elizabeth O’Brien femme d’une riche marchand. Elle pose en compagnie de son fils
Eugène dont les cheveux longs et la robe correspondent à la mode enfantine de l’époque. À l’arrièreplan un paysage évoque la région du Bas-Saint-Laurent où habitait la famille Têtu.
Quelles sont les similarités entre ces deux portraits ?
La composition - L’arrière plan - Le traitement des carnations et des étoffes - La touche lisse - Le style
Il est ici évident que le maître a influencé son élève. Théophile Hamel a connu une brillante carrière de
portraitiste tout comme son maître Antoine Plamondon.
Antoine Plamondon
L’arrestation de Notre-Seigneur
Huile sur toile
1839
Comme la plupart des artistes de son époque, Plamondon a aussi créé des œuvres religieuses. Comme
les artistes s’inspiraient tous d’événements décrits dans la Bible, ils représentaient souvent les mêmes
scènes. Aussi n’était-il pas rare que l’œuvre de l’un d’entre eux inspire d’autres artistes.
Pour créer cette œuvre intitulée l’Arrestation de Notre-Seigneur, Antoine Plamondon s’est inspiré d’une
gravure de l’artiste français Jacques Stella. Comme la gravure était en noir et blanc, Plamondon a dû
choisir les couleurs lui-même. Cette œuvre avait été commandée pour décorer l’église Notre-Dame de
Montréal.
8
Cornelius Krieghoff (1815-1872)
Famille indienne dans la forêt
Huile sur toile
1851
Cette œuvre a été réalisée par le peintre Cornelius Krieghoff en 1851. L’œuvre s’intitule Famille indienne
dans la forêt.
À votre avis, est-ce cette scène représente de manière réaliste la vie des amérindiens au Canada voilà
plus de deux siècles ?
Krieghoff propose une vision embellie voire « carte postale » de la vie des « indiens du Canada » au
goût de ses nombreux clients canadiens et européens. Cette scène extraite de son imagination contient
tout de même plusieurs détails réalistes comme les objets.
Lesquels de ces objets témoignent du mode de vie traditionnel ?
L’habitation en écorce aussi appelée wigwam était habituellement de forme carrée. Krieghoff choisit ici
de la représenter sous la forme conique du tipi en peau des amérindiens des plaines. La pagaie en bois
- le porte- bébé (tikinagan) - les paniers en écorce (noter les épis de maïs dans un des paniers) - les vêtements et les bottes en peau.
Lesquels de ces objets témoignent du contact des Amérindiens avec des Européens ?
La marmite en fer - les vêtements en laine - le chapeau à la mode européenne.
Cornélius Krieghoff fut le plus célèbre des artistes européens qui émigrèrent au Canada au début du 19e
siècle. Né à Amsterdam en 1815, il a grandi en Allemagne où il aurait reçu une formation artistique qu’il
aurait complété lors d’un séjour en France en copiant des œuvres du Musée du Louvre. Krieghoff partit
pour le Nouveau-Monde en 1836. À son arrivée, il s’enrôla dans l’armée américaine et il combattit les
amérindiens de la nation Séminole en Floride. Il a probablement déserté car en 1840 on le retrouva au
Canada où il s’installa près de Montréal. Il déménagea à Québec, en 1853. Pendant près de 11 ans, il
côtoya la société bourgeoise de la ville qui appréciait ses tableaux de genre représentant la vie des
paysans canadiens français, surnommés habitants, et des amérindiens. Après un court séjour en Europe
il se rendit à Chicago où il mourut subitement.
Krieghoff fut l’un des peintres les plus populaires de son époque. Il est aujourd’hui reconnu pour ses scènes de genre et ses paysages « à la canadienne » qui contribuèrent à figer dans l’imaginaire des européens une vision idyllique et romancée du Nouveau Monde.
9
Ozias Leduc (1864-1955)
Nature morte au livre ouvert
1894
Huile sur toile
Le peintre Ozias Leduc a réalisé cette œuvre intitulée Nature morte au livre ouvert en 1894.
Ozias Leduc est né à Saint-Hilaire en 1864. Dès son plus jeune âge, il démontra un intérêt pour l’art. Au
début de la vingtaine il travailla à Montréal pour le fabricant de statues Carli. Les artistes Adolphe Rho et
Luigi Capello l'initièrent à la peinture murale. En 1891, Leduc exposa au Salon du printemps un événement annuel de l'Art Association of Montreal (aujourd’hui le Musée des beaux-arts de Montréal). L'année
suivante, il y remporta le premier prix dans la catégorie des moins de trente ans. Par la suite, il se consacra essentiellement à la décoration d'églises et de chapelles. Leduc peignit aussi des paysages, des portraits et des figures allégoriques et historiques. À la suite d’un séjour à Londres et à Paris en 1897, il s’intéressa au symbolisme. Ce mouvement, né en Europe vers 1880, privilégiait le mystère, la suggestion,
l’intuition en opposition à la rationalité de la science. Lorsque l’on observe les œuvres des artistes symbolistes il faut toujours tenter d’aller au-delà de la réalité qui est représentée.
Observez par exemple cette toile. Que voyez-vous ?
Au premier plan, un livre ouvert est posé sur une table recouverte d’une nappe rouge. Un bougeoir se
trouve aussi sur la table. Derrière le livre, on devine un violon et son archet ainsi qu’un pile de livres. L’arrière-plan est fermé par une peinture posée à la verticale.
À votre avis quels pourraient être les idées ou les messages que cette image en apparence simple nous
suggère ?
On croit que cette œuvre a pour thème l’art, ses sources d’inspiration et ses modèles.
L’art inspiré par l’art
L’image représentée sur la page de gauche du livre ouvert est une reproduction de la Madone à la
roseraie de Botticelli. On voit aussi à l’arrière plan une étude inspirée d’une œuvre de Rubens; La
présentation de Jésus au Temple.
L’art inspiré par la littérature et l’histoire
Les livres empilés dont l’un est un livre d’histoire.
L’art inspiré par la musique
Le violon et l’archet
L’étincelle intangible de l’inspiration ou le temps nécessaire à la création.
Le bougeoir et la chandelle
Le fait de déchiffrer les différents symboles contenus dans cette œuvre n’affectent en rien l’atmosphère de
recueillement et de contemplation qui s’en dégage. Cette œuvre est aussi caractéristique du style de l’artiste, avec ses lignes fluides et méticuleuses, ses couleurs chaudes, sobres et sa douce lumière.
Leduc ne fut pas influencé par les courants et mouvements artistiques canadiens contemporains. Il n’eut
qu’une seule exposition importante, qui eut lieu à la bibliothèque St-Sulpice en 1916. Il laissa aussi de
nombreux textes, poèmes et courtes réflexions sur l'art. Ses impressions sur la peinture moderne s’inspiraient de la pensée mystique selon laquelle l'homme est à la recherche d'un paradis qu'il espère reconquérir par la connaissance de la nature et la beauté de l'art.
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Horatio Walker (1858-1938)
Les coupeurs de glace
Huile sur toile
1904
William Brymner (1855-1925)
Le Champs de Mars
Huile sur toile
1892
Cette peinture a été réalisée par Horatio Walker en 1904. Walker reçu sa première formation artistique
chez les photographes Notman et Fraser de Toronto entre 1873 et 1876. Il fut d’ailleurs photographe pendant quelques années. À partir du milieu des années 1880, il passait ses hivers à New York et ses étés à
l'Ile d'Orléans. Dans ses peintures, la représentation extrêmement idéalisée de la vie rurale québécoise,
où des paysans laborieux se détachent sur un fond de ciel brillant, rappelle celle des peintres français de
l'École de Barbizon. Grâce à ce style, de son vivant, Walker se tailla une place de choix parmi les peintres
canadiens. Ses tableaux se vendaient à bon prix et lui valurent plusieurs distinctions.
Que représente cette œuvre de Walker ?
La scène se déroule à la campagne en hiver sur un lac ou une rivière gelée. Un homme encourage son
cheval à tirer un bloc de glace hors de l’eau.
Quel moment de la journée est représenté ?
Le soleil qui perce à peine les nuages est bas sur l’horizon. Peut-être est-ce la fin de l’après-midi après
une longue journée de travail?
En ce temps-là, il n’était pas rare de voir les coupeurs de glace travailler jusque tard le soir puisque la
glace était essentielle. À quoi servait-elle ?
La glace était distribuée dans chaque maison. On la plaçait dans une glacière afin de conserver la nourriture. En été, pour éviter que la glace fonde avant sa livraison, on la recouvrait de copeaux de bois et on la
plaçait dans des entrepôts sans fenêtres aux murs très épais.
(Le guide discute l’œuvre de William Brymner.)
Cette peinture à l’huile a été réalisée par l’artiste William Brymner en 1892.
Brymner s’intéressa d’abord à l’architecture. En 1878, alors qu’il suivait des cours de perfectionnement à
Paris pour suivre des cours de perfectionnement, il décida de se consacrer à la peinture. En 1886, il enseigna la peinture dans les classes de l'Art Association of Montreal. Connu pour la délicatesse de son art,
Brymner peignit des portraits et des intérieurs de style figuratif ainsi que des aquarelles sur soie et des
peintures murales. Considéré comme le premier grand professeur de peinture au Canada, Brymner était
apprécié pour son respect de la formation académique et sa grande ouverture face au talent des autres.
Admiré par ses étudiants, il eut une grande influence sur le développement de la peinture canadienne.
Que voyez-vous dans cette œuvre ?
La scène se déroule à la ville. Deux dames et un enfant promènent leur chien. Près d’eux, un garçon tire
son traîneau. Plus loin on aperçoit d’autres promeneurs et des maisons.
Quel moment de la journée l’artiste nous montre-t-il ?
Les couleurs du ciel et les reflets bleutés de la neige nous indiquent que le soleil se couche et que c’est la
fin de la journée. À cette époque, plusieurs artistes ont peint des scènes d’hiver entre autres parce qu’ils
s’intéressaient aux effets et aux nuances de lumière. Horatio Walker et William Brymner, chacun à leur
façon, ont utilisé différentes couleurs pour montrer les effets de la lumière dans le ciel et sur la neige et
nous donner l’impression d’un moment précis de la journée.
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Mauc-Aurèle de Foy Suzor-Côté (1869-1937)
Le tournant de la rivière Gosselin à Arthabaska
Huile sur toile
Vers 1906
Cette œuvre a été réalisée par Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté en 1906. Elle s’intitule Le tournant de
la rivière Gosselin à Arthabaska.
Arthabaska est l’endroit où est né le peintre en 1869. Dès 1887, Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, participa à la décoration d'églises. Les relations de sa famille lui permirent de côtoyer le premier ministre
du Canada Sir Wilfrid Laurier, dont il obtint de nombreuses commandes. Entre 1891 et 1912, il voyagea au Canada, aux États-Unis et en Europe, surtout en France où il étudia à l'École des Beaux-Arts
de Paris et dans les académies Julian et Colarossi. Dès 1894, il exposa aux Salons de la Société des
artistes français. De retour au Canada en 1912, il travailla dans son atelier d'Arthabaska et dans celui
de Montréal. Sa réputation était alors fermement établie . En 1927, il fut atteint de paralysie et mourut
dix ans plus tard à Daytona Beach en Floride.
Cette scène est représentative de l’œuvre de Suzor-Coté qui fut notamment influencée par l’impressionnisme. Elle témoigne aussi d’un de intérêt du peintre sur les effets de la lumière sur la neige et sur
l’eau, généralement au moment du dégel. Suzor-Côté s’est surtout fait connaître en tant que paysagiste bien qu’il fut aussi peintre d'histoire.
Mauc-Aurèle de Foy Suzor-Côté
Femmes de Caughnawaga
Bronze
1924
Passé maître du pastel et de la peinture à l'huile, Suzor-Côté commenca, en 1911, à développer son talent pour la sculpture dans laquelle il excella après 1918. Ce moyen d’expression lui permit de réinterpréter les sujets champêtres de ses toiles inspirés par son environnement ou par des livres comme Maria
Chapdelaine.
Cette sculpture intitulée Femmes de Caughnawaga représente trois amérindiennes avançant dans la tempête. L’impression de réalité qui se dégage de cette sculpture semble lui donner vie. Avec une économie
de moyen l’artiste a saisi l’essence de cette scène hivernale. Le force suggestive de l’œuvre nous permet
sans peine d’imaginer les rafales de neige tourbillonnant dans le vent.
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James Wilson Morrice (1865-1924)
La vieille maison Holton à Montréal
Vers 1908-1910
Huile sur toile
Voici une œuvre du peintre James Wilson Morrice.
Né à Montréal en 1865, Morrice a d’abord étudié le droit avant de s’orienter vers la peinture. Il séjourna en
Hollande, en Italie, en Belgique et en France, À Paris, Morrice étudia avec le peintre Harpignies qui lui
transmit son intérêt pour le paysage et qui l’incita à travailler sur le motif. Morrice admirait aussi l’œuvre du
peintre américain Whistler. Morrice visita le monde mais il revenait souvent à Montréal, surtout pour peindre la neige. On a dit de ses tableaux qu’ils étaient des œuvres “ atmosphériques ”. Morrice, comme d’autres peintres de cette époque, suggérait les effets et les nuances de la lumière, les atmosphères, les impressions. Ce courant artistique très connu s’appelle l’impressionnisme.
Le Musée possède la plus importante collection de tableaux de Morrice. En 1985, ce tableau a été choisi
pour figurer sur un timbre commémorant le 125e anniversaire du Musée.
Que voit-on dans cette scène d’hiver ?
Au premier plan, on voit un traîneau et une promeneuse; au second plan, une clôture, des arbres et une
maison; et à l’arrière-plan, la silhouette d’une montagne à travers les arbres.
S’agit-il de la campagne ou de la ville ?
Il y a 100 ans, voici à quoi ressemblait l’endroit où nous nous trouvons maintenant (angle Sherbrooke et
Ontario, l’actuelle avenue du Musée). Cette maison abandonnée depuis des années a été démolie en
1911. L’année suivante, l’Art Association of Montreal (un regroupement d’amateurs d’art) y fit construire
l’édifice qui abrite le Musée actuel (pavillon Michal et Renata Hornstein). C’est le père du peintre, David
Morrice, un riche homme d’affaires alors vice-président de l’Art Association qui négocia l’achat de la maison et du terrain.
La maison appartenait à Edward Holton, avocat et député. Elle se trouvait au cœur d’un quartier chic
qu’on appellera le Mille carré doré. La famille Morrice habitait aussi ce quartier. Leur demeure était située
à l’angle des rues Sherbrooke et Redpath, non loin de la maison Holton. La maison Holton, longtemps
abandonnée, a enflammé l’imagination des Montréalais.
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Helen Galloway McNicoll (1879-1915)
À l’ombre de la tente
1914
Huile sur toile
Voici une œuvre créée par l’artiste Helen Galloway McNicoll en 1914. Elle s’intitule; À l’ombre de la tente.
Née en 1879 à Toronto, Helen Galloway McNicoll est devenue sourde à la suite d'une scarlatine contractée durant son enfance. Elle étudia à Montréal avec William Brymner, puis à Londres. Fortement influencée par le courant impressionniste, Helen McNicoll a peint des paysages, des portraits, des scènes de
bord de mer et des scènes de genre au Québec et en France. La plupart de ses œuvres présentent les
impressions créées par les effets de lumière.
Helen McNicoll est morte prématurément en 1916 à l’âge de 36 ans. En 1925 l’Art Association of Montreal
lui consacra une exposition rétrospective qui comptait 140 de ses œuvres dont cette toile réalisée à peine
un an avant sa mort. Cette œuvre considérée comme un de ses plus achevées, démontre l’intérêt de l’artiste pour les effets de la lumière. Remarquez comment la lumière filtrée par la tente du premier plan
contraste avec la lumière vive qui illumine l’arrière plan. Cette toile témoigne de la sensibilité de l’art de
McNicoll et de sa parenté avec la peinture impressionniste.
Natalie Luckyj l’auteure du livre Helen McNicoll : a Canadian impressionist, publié en 1999, décrit ainsi
l’œuvre de l’artiste.
« …ses peintures d’enfants, de travailleurs, de famille, d’amis, présentent l’univers féminin
premier dans lequel les rituels de la vie quotidienne et les relations entre les sœurs, les amis et les
parents deviennent les pierres d’assise de son expression artistique…. McNicoll se positionne
dans la réalité de son univers féminin…Comme d’autres peintres de son époque qui furent
captifs du grand courant impressionniste, la vision de McNicoll est à la fois collective et personnelle.
Loin des paysages rugueux et sauvages […] qui dominaient alors le modernisme canadien d’aprèsguerre, les toiles radieuses d’enfants et de femmes et les paysages lumineux de l’artiste témoignent
d’une période de l’art canadien largement négligée. »
(Luckyj, p. 70)
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Repères historiques
Le Canada et le Québec depuis 1918
1918
La grippe espagnole frappe durement la planète et cause 40 millions de morts.
1929
En octobre, le krach de la bourse de New-York entraîne l'économie mondiale dans les bas-fonds.
1931
Reconnaissant la contribution du Canada à l’effort de guerre l'Angleterre accorde lui accorde l’autonomie
et l’indépendance par le Traité de Westminster.
1936
L’Union Nationale prend le pouvoir avec son chef Maurice Duplessis . Sous le couvert du nationalisme il
défend des valeurs conservatrices.
1939
Le gouvernement Godbout fait adopter d’importantes lois : droit de vote aux femmes (1940), instruction
publique obligatoire (1943), Bien-être social (1944).
1939-1945
Deuxième guerre mondiale. Le Canada envoie de plus 700 000 hommes combattre au front ; 41 000 seront tués. Le Canada s'illustre surtout par sa participation au débarquement de Normandie en juin 1944.
1948
Le Québec adopte son drapeau, le fleurdelisé.
1965
Le drapeau canadien est adopté dans sa forme actuelle.
1967
Charles de Gaule lance son « Vive le Québec libre » du balcon de l’hôtel de ville à Montréal.
Expo 67 donne à Montréal un statut international.
1968
Pierre Eliot Trudeau, devenu chef du Parti libéral fédéral, est élu Premier ministre du Canada. Il proclame
le français et l'anglais langues officielles du pays (1969), et met sur pied un projet ambitieux pour réviser
la constitution canadienne.
1970
Suite à l’enlèvement de Pierre Laporte et de James Cross, le premier ministre du Canada Pierre-Eliot Trudeau décrète la loi sur les mesures de guerre.
1976
La Charte des droits et libertés du Québec entre en vigueur. - Le Canada abolit la peine capitale. - Présentation des Jeux Olympiques de Montréal. - Le Parti Québécois est porté au pouvoir.
1980
Lors d’un référendum sur le projet de souveraineté-association les québécois disent non à 59,6 %.
1982
Rapatriement de la constitution canadienne de Londres à Ottawa.
1995
Lors du second référendum sur la souveraineté du Québec le non l’emporte de justesse (50.58%).
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Ton Thomson (1877-1917)
Rocher. terre brûlée
Huile sur panneau
1917
Franklin Carmichael (1890-1945)
Rive nord, Lac Supérieur
Huile sur toile
1927
Voici une peinture créée en 1917 par un des artistes canadiens les plus connus. Elle est un exemple des
nombreuses études que Thomson a peint sur le motif et qu’il retranscrivait parfois en grand format dans
son atelier.
Né en Ontario en 1877 ,Tom Thomson était un artiste principalement autodidacte. Toutefois il est possible
qu’il ait suivi des cours du soir au Central Ontario School of Art and Design. Alors qu’il travaillait comme
artiste commercial pour une agence de publicité il rencontra Frank Carmichael, J.E.H. MacDonald, puis
Arthur Lismer et Fred Varley qui allaient eux aussi devenir de grands artistes. Fervent amateur de la vie
en forêt, Thomson fut par la suite guide de pêche et garde forestier au Parc Algonquin où il se consacra à
la peinture de façon constante. En 1917, l’année où il a réalisé cette esquisse, Thomson se noya dans un
mystérieux accident de canotage. Sa carrière d’artiste n’a durée cinq ans, mais son art a été déterminant
dans l’évolution de la peinture canadienne. Tom Thomson considérait que le Canada était un vaste pays
sauvage rempli de vitalité et c’est ce qu’il souhaitait représenter dans ses peintures. Pour y arriver, il a
imaginé une nouvelle manière de peindre basée sur la simplification des éléments du paysage et l’utilisation de couleurs vives. Le but de Thomson n’était pas d’imiter la nature mais plutôt d’exprimer ses émotions face à elle.
(Le guide présente l’œuvre de Franklin Carmichael ou d’autres œuvres du Groupe des Sept.)
Cette œuvre de Franklin Carmichael est intitulée Rive nord, Lac Supérieur. Il l’a réalisée en 1927, soit dix
ans après la disparition de son ami Thomson qu’il avait quelquefois accompagné dans ses excursions de
peinture dans les forêts du nord de l’Ontario. Tout comme Thomson, Carmichael voulait nous faire ressentir l’émotion que lui inspirait la nature.
Que ressentez-vous lorsque vous regardez cette peinture ?
L’arbre dénudé et perdu dans ce paysage immense évoque la solitude. Le ciel morne et l’approche de
l’hiver inspirent la tristesse. La solidité apparente de l’arbre et le fait que ses branches semblent toucher
les nuages rappellent l’espoir.
Le peintre Franklin Carmichael et six autres artistes inspirés par Tom Thomson, dont A.Y Jackson, Arthur
Lismer et Lawren Harris, ont formé un groupe qu’on a appelé le Groupe des Sept. À cette époque, les
artistes paysagistes canadiens étaient encore influencés par le style des artistes européens qui peignaient
la nature de manière idéale.
Tom Thomson et les peintres du Groupe des Sept ont réussi à créer un style de peinture typiquement
canadien. Comme ces artistes ont souvent travaillé ensemble, leurs œuvres ont des caractéristiques communes. Pour vous aider à les reconnaître en voici quelques-unes :
Le sujet. Les peintres représentaient la nature sauvage du nord du Canada.
La simplification des formes. En éliminant certains détails, les artistes attiraient notre attention sur
les formes principales du paysage par exemple un arbre ou une montagne.
Les couleurs. Les artistes privilégiaient les couleurs vives, lumineuses et contrastées.
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Adrien Hébert (1890-1967)
Le port de Montréal
1925
Huile sur toile
Cette œuvre a été réalisée par le peintre Adrien Hébert en 1925.
Adrien Hébert est le fils du sculpteur Louis-Philippe Hébert à qui l’on doit plusieurs monuments
célèbres comme les statues de Maisonneuve, Jeanne-Mance et Mgr Bourget à Montréal et, à Québec,
la fontaine des Abénakis et six sculptures destinées à la façade du Parlement. Adrien Hébert est né à Paris lors d’un séjour des ses parents en France alors que son père supervisait le coulage de ces six
bronzes.
Louis-Philippe Hébert (1890-1967)
Soupir du lac
1908
Bronze
On retrouve quelques unes des sculptures du père d’Adrien Hébert dans cette salle dont cette statuette de
bronze représentant une amérindienne et intitulée Soupir du Lac, réalisée en 1908.
En 1904, Adrien Hébert étudia sous la direction de peintres comme Joseph Franchère. De 1907 à 1911, il
poursuit ses études avec William Brymner à l'Art Association of Montreal. Dans ses nombreux articles,
L’artiste défendait une esthétique qui se voulait résolument moderniste. Dans les années 1920, il aborda
le thème de la ville et du port de Montréal, voyant dans le progrès technologique un facteur favorisant le
changement social.
Où se déroule cette scène ?
Dans le port de Montréal. Ce lieu était pour Hébert le symbole de la modernité et du progrès. Le
cadrage serré et la composition dynamique reflètent cette vision. Hébert a produit nombre de toiles
ayant comme sujets les bâtiments industriels, les convoyeurs de grains, les usines et leurs cheminées,
les navires, leurs mâts et leurs coques.
L’intérêt d’Adrien Hébert pour le port de Montréal a souvent suscité l’incompréhension du public qui
préférait alors des sujets plus traditionnels. Voilà comment Hébert justifiait son intérêt dans un article
paru en 1935.
«Le public demande des sujets canadiens qui excluent toute manifestation à la vie moderne. Or le port
est tout aussi canadien, comme sujet, qu’un autre. Et s’il est vrai qu’un port n’est pas aussi lumineux
qu’une campagne sous la neige […] un tableau est avant tout une harmonie de couleurs. De ce point
de vue, le port constitue un beau sujet, la lumière et les gris sont bien dosés, et la poussière de grain
au soleil produit des effets extrêmement lumineux. »
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Prudence Heward (1896-1947)
Au théâtre
1928
Huile sur toile
Cette toile intitulé Au théâtre a été crée par l’artiste Prudence Heward en 1928.
Prudence Heward est née en 1896. Sixième, d'une famille prospère montréalaise de huit enfants, elle reçoit une éducation privée et montre un intérêt précoce pour l'art. Elle débute ses études artistiques en
s'inscrivant à l'école de l'Art Association of Montreal où elle reçoit une formation en dessin par William
Brymner et en peinture de paysage par Maurice Cullen. En 1914, elle présenta ses œuvres pour la première fois au Salon du printemps de l'Art Association of Montreal.
Dans cette toile on reconnait certaines des caractéristiques du style de cette artiste soit l’utilisation d’une
palette aux couleurs franches et la superposition de plans bien marqués.
À une époque où la majorité de ses amis et collègues artistes privilégiaient le paysage, alors le style dominant, Heward a toujours préféré représenter des personnages. Elle a peint toute une gamme de personnes, allant des membres de sa famille jusqu'à ses amis et des modèles de divers milieux. Tous ces personnages semblent défier le spectateur avec une forte conscience d'eux-mêmes, la plupart d'entre eux
nous regardent (ou nous ignorent, comme c’est le cas dans cette œuvre) avec un air de défi. Prudence
Heward était réputée pour ses portraits de femmes fortes et héroïques qu'elle campait comme des monuments dans des paysages bucoliques.
La force et la vitalité des personnages qu’elle a peints aidaient peut être l’artiste à exorciser une santé
fragile qui teinta toute sa vie. En 1939, Heward vit son état empiré à la suite d'un accident de voiture qui
lui causa une fracture au bras et une blessure plus sérieuse au nez, ce qui a pour effet d'aggraver son
asthme. Son état de santé se détériora au cours des années suivantes et, elle mourrut en 1947.
19
Anne Savage (1896-1971)
La charrue
1931-33
Huile sur toile
Cette toile a été réalisée par Anne Savage au début des années 1930. Elle s’intitule La charrue.
Anne Savage est née à Montréal en 1896. Elle étudia à l’Art Association of Montreal de 1914 à 1918. Elle
passa l’année 1920 aux États-Unis, où elle étudia à la Minneapolis School of Design. De retour à Montréal
en 1921, elle rejoignit le groupe du Beaver Hall fondé en 1920 par des artistes qui, en réaction à la prédominance de l’art nationaliste du Groupe des Sept, souhaitaient plutôt privilégier des tendances artistiques
contemporaines dont celle basée sur les aspects psychologiques et formels des œuvres.
La plupart des artistes du Beaver Hall Group s’étaient rencontrés alors qu’ils fréquentaient l’école de l’Art
Association of Montreal. Plusieurs y avaient suivi les cours de William Bymner qui encourageait les artistes à explorer les nouvelles approches modernes en peinture. Les artistes du ce groupe, 11 hommes et 8
femmes, partageaient un atelier situé sur la côte du Beaver Hall au centre-ville de Montréal. La première
exposition du groupe, qui eut lieu en janvier 1921, comptait une grande variété de sujets dont des portraits, des paysages, des scènes urbaines et des natures mortes. Le groupe du Beaver Hall fut le premier
regroupement d’artistes dans lequel des femmes jouèrent un rôle de premier plan.
En parallèle Anne Savage débuta une carrière en éducation. En 1937, elle fonda les cours d’art pour
enfants à l’Art Association of Montreal. La qualité et l’originalité de son enseignement lui méritèrent,
toute sa vie durant, l’admiration et la reconnaissance de ses pairs comme de ses élèves.
Accaparée par ses tâches d’enseignante, Anne Savage peignit la majorité de ses toiles au cours de
ses vacances, qu’elle passait principalement dans les Basses-Laurentides, et tout spécialement au lac
Wonish, où son père avait acheté une maison. C’est là que Savage fit aménagé son atelier.
Cette œuvre intitulée La charrue reflète bien les sujets de prédilection de la peintre inspirés du rythme
des saisons et de l’ambiance du paysage laurentien. Le contraste entre les lignes anguleuses de la
charrue et les lignes ondulantes des champs et des collines symbolisent l’apprêté du travail rural. En
faisant alterner les tons clairs et foncés, l’artiste accentue l’effet de profondeur renforcé par la vue en
surplomb de la charrue.
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Marian Scott (1926-1993)
L’escalier
Huile sur toile
1940
Alfred Pellan (1906-1988)
Sans titre
Huile sur toile
Vers 1948
L’artiste Marian Scott a créé cette œuvre en 1940.
Marian Dale-Scott s’intéressa d’abord aux paysages puis aux plantes. Elle a d’ailleurs produit plusieurs
toiles représentant des fleurs stylisées. Elle s’est par la suite tournée vers les scènes urbaines et industrielles. Engagée socialement, elle donna de son temps et versa le produit de la vente de ses œuvres à
des organismes comme le comité d'aide animé par un de ses amis, le docteur Norman Bethune. Amie de
l’artiste John Lyman elle fut en 1939 co-fondatrice de la Société d’art contemporain de Montréal dont le
but était de sensibiliser le public montréalais à l'art moderne.
Que représente cette œuvre de Marian Scott ?
Deux personnes descendent un escalier. Deux autres personnes se promènent.
Où se déroule cette scène ? Ce type d’escalier est typique des rues de Montréal. La peintre Marian Scott
a habité Montréal et elle a souvent représenté les escaliers de la ville dans ses œuvres.
Est-ce que la peinture montre exactement ce que voyait l’artiste ?
L’artiste Marian Scott a plutôt simplifié les choses pour nous faire remarquer leurs lignes et leurs
formes.
Quelles formes géométriques voyez-vous dans cette peinture ?
Des rectangles, des carrés, des triangles.
Comment sont les lignes ? À l’exception des lignes courbes de l’escalier, elles sont droites.
Ce genre d’œuvre insistant sur les formes géométriques et les lignes droites est inspiré par un courant
artistique né en Europe, appelé le cubisme. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Picasso et de
Braque deux grands artistes ayant marqué ce mouvement ?
(Le guide discute l’œuvre d’Alfred Pellan.)
Voici quatre peintures à l’huile réalisées par l’artiste Alfred Pellan pour l’exposition Prisme d’Yeux.
Que voyez-vous dans ces peintures ? Des lignes et des formes.
Reconnaissez-vous certaines de ces formes ?
On devine des formes d’yeux et des formes de prismes qui ressemblent à des toits de maison.
Est-ce que comme Marian Scott, Alfred Pellan s’est inspiré d’une scène qu’il voyait ?
Plutôt que de vouloir représenter la réalité de manière exacte ou encore simplifiée, Alfred Pellan a créé
cette image en s’amusant avec des formes, des lignes et des couleurs. Il s’est lui aussi inspiré d’un courant artistique né en Europe, appelé le surréalisme. Ce courant artistique encourageait les peintres à créer
des œuvres où primaient le rêve, l’imagination, les émotions.
Quand Alfred Pellan a créé ces œuvres, croyez-vous que les gens les ont aimées ?
Comme c’était la première fois que les gens voyaient des tableaux où ils ne reconnaissaient ni paysage ni
un portrait, ils ont été choqués par les peintures de Pellan.
Pellan a été courageux et persévérant pour continuer à créer les œuvres qu’il voulait. Il a aussi, avec d’autres artistes, publié un manifeste, c'est-à-dire un document qui revendiquait la liberté d’expression pour les
artistes. Un autre artiste, Paul-Émile Borduas, a aussi été un pionnier dans ce domaine car il a été un des
premiers peintres canadiens à créer des œuvres abstraites où on ne peut reconnaître aucun élément de la
réalité. Paul-Émile Borduas a lui aussi publié un manifeste appelé Le Refus global. Plusieurs autres artistes ont signé ce manifeste dont le peintre Jean-Paul Riopelle.
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Paul-Émile Borduas (1905-1960)
L’étoile noire
Huile sur toile
1957
Cette œuvre, L’étoile noire, datée de 1957, a été réalisée par Paul-Émile Borduas à la fin de sa carrière.
L’artiste est décédé en 1960 alors qu’il n’avait que 55 ans.
À l’âge de quinze ans, Paul-Émile Borduas devient l’élève d’Ozias Leduc un peintre et décorateur qui lui
donna une formation artistique de base, et lui enseigna à restaurer et décorer des églises. En 1923, il
entra à l’École des beaux-arts de Montréal puis il poursuivit ses études à Paris de 1928 à 1930. C’est en
1941 qu’il commença à réaliser des œuvres abstraites, devenant davantage intéressé par l’acte de peindre que par les thèmes. Inspiré par l'écriture automatique du poète français André Breton, il inventa alors
une façon de transposer sur toile cette idée d’une création spontanée sans idée préconçue. Borduas influença d’autres artistes qui adoptèrent eux aussi cette manière de créer parmi lesquels Fernand Leduc,
Marcel Barbeau et Françoise Sullivan. En 1947. Lors d’une des premières expositions consacrées aux
œuvres de ces artistes, le journaliste Tancrède Marsil, leur donna le nom d' « Automatistes ».
En 1948, Borduas rédigea le manifeste du Refus global. Ce manifeste cosigné par 15 artistes du mouvement automatiste remettait en question les valeurs traditionnelles dont la foi catholique et défendait une
attitude d’ouverture sur le monde. Ces idées heurtèrent les tenants du conservatisme. À la suite de la
parution de ce texte Borduas perdit son emploi à l'École du meuble, où il enseignait depuis plus de 10
ans. Suite à cette controverse Borduas s’exila à New-York où sa recherche artistique pouvait se faire en
toute liberté. Il s’installa à nouveau à Paris en 1955 et y travailla jusqu’à sa mort.
Cette peinture composée de petites touches de noir sur un fond blanc est considérée comme sa plus
achevée.
Observons un instant ce tableau intitulée L’étoile noire. Voyez-vous une étoile?
En découvrant le titre du tableau, on ne peut s’empêcher de penser que le petit carré noir en haut du tableau est une étoile noire.
Est-ce que cette œuvre est abstraite ou figurative?
Malgré la vision que nous suggère le titre, c’est une œuvre abstraite.
Borduas s’est quelquefois amusé à embrouiller les spectateurs en donnant à ses œuvres abstraites des
titres évoquant la nature, comme Jardin sous la neige ou Gouttes bleues.
Borduas a d’abord délaissé la représentation du monde visible. Puis il a expérimenté l’application des couleurs (avec des outils comme le couteau à peindre) et la gestuelle. Dans certains des tableaux réalisés à
la fin de sa vie, Borduas laissait deviner son intention de se libérer aussi de la couleur et du geste. Pour y
arriver, il a simplement appliqué sur la toile des formes noires et blanches en aplats (couleur étendue de
manière uniforme).
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Jean-Paul Riopelle (1923-2002)
Grey Owl
Huile sur toile
1970
Cette toile est de l’artiste Jean-Paul Riopelle. Intitulée Grey Owl, elle a été réalisée en 1970.
Le peintre, sculpteur, graveur Jean-Paul Riopelle est né à Montréal en 1923 Il s'est formé auprès de deux
maîtres complètement différents: Henri Bisson un peintre académique et Paul-Émile Borduas qui se voulait à la pointe de l'avant-garde. C’est ce dernier qui finit par influencer Riopelle en le convainquant de se
joindre au groupe des Automatistes et de signer le manifeste du Refus global. Riopelle s’installa par la
suite à Paris, où il s'associa brièvement avec les surréalistes. Il fut d’ailleurs, en 1947, le seul Canadien à
exposer avec eux . Mais Riopelle avait plus d’affinités avec les peintures de l’abstraction lyrique. Ce mouvement est apparu en Europe après la seconde guerre mondiale. Il privilégiait une approche physique de
la peinture à partir de gestes réalisés dans l’instant. Lorsque l’on observe les œuvres de Riopelle on perçoit bien la gestuelle libre et ample de l’artiste qui crée sous l’impulsion du moment. Lorsqu’on le questionnait sur sa démarche créatrice Riopelle mentionnait que lorsque qu’il était inspiré il pouvait passer plusieurs heures dans son studio à peindre sans relâche.
Les années 50 furent celles de la consécration pour Riopelle autant en Europe qu’aux États-Unis. C'est la
période de ses « grandes mosaïques », tableaux peints à la spatule, faits d'éléments multicolores juxtaposés de façon telle qu'ils rappellent un paysage vu des airs.
Pour créer cette œuvre Riopelle s’est inspiré de l’histoire du britanique Archie Belaney (188-1938), connu
sous le nom de Grey Owl. Cet homme vivait dans les bois, à la manière des amérindiens lorsqu’il décida
d’abandonner la chasse pour devenir le protecteur des animaux et de la nature. En se faisant passer pour
un amérindien Grey Owl présenta des conférences, rédigea de nombreux livres et articles sur un personnage imaginaire, le métis Wa-sha-guon-asina, il réussit ainsi à sensibiliser les gens à la nature sauvage. Il
est aujourd’hui considéré comme l’un des fondateurs du mouvement écologique. Ce n’est qu’à la mort de
Grey Owl que le public se rendit compte qu’il n’était pas amérindien.
Riopelle qui était lui aussi un amateur et un défenseur de la nature rend ici un vibrant hommage à Grey
Owl qui, même s’il a joué la comédie, était vraiment soucieux de l’écologie et a réussi à rejoindre et à toucher des gens du monde entier
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Guido Molinari (1933-2004)
Bi-sériel Vert-bleu
Huile sur toile
1967
Cette œuvre est de l’artiste Guido Molinari. Intitulée Bi-sériel vert-bleu elle a été réalisée en 1967.
Peintre, dessinateur, sculpteur et poète Guido Molinari est né à Montréal en 1933. Il a suivi quelques
cours à l'École des beaux-arts de Montréal et à l'École du Musée des beaux-arts de Montréal. Mais il doit
le gros de sa formation à ses lectures et à ses voyages, en particulier à New York. En 1955 Molinari ouvrit
la galerie l'Actuelle premier lieu canadien dédié à la peinture non figurative. C’est au milieu des années 50
qu’en réaction à la liberté débridée de l’art automatiste, des peintres éprouvèrent le besoin de revenir à un
art plus contrôlé et ordonné. Ce mouvement appelé « Les plasticiens » innovait en proposant une nouvelle
manière de concevoir l’espace pictural où l’idée de profondeur était abandonnée.
Cette œuvre de Molinari est un exemple de ce genre d’œuvre où primaient l’espace bidimensionnel, et la
couleur-énergie qui sont d’ailleurs deux des caractéristiques des toiles de l’artiste.
Molinari a aussi été enseignant à l'école du Musée des beaux-arts de Montréal (1963) et à l'Université
Concordia (de 1970 à 1997) où il a laissé le souvenir d'un pédagogue remarquable. En 1995, alors qu’il
était âgé de 62 ans, le Musée d'art contemporain de Montréal lui consacra une grande rétrospective, rendant hommage à son engagement indéfectible pour la peinture abstraite et à sa présence stimulante dans
le milieu artistique québécois et canadien. Il est décédé en 2004
Cette œuvre faisait partie d’une série de tableaux ayant comme sujet les interactions entre les couleurs.
Pour réaliser ces bandes de couleur en aplat aux contours parfaits, Molinari a utilisé la technique du Hard
Edge qui consiste à délimiter les contours avec du ruban à masquer. La couleur était par la suite appliquée en plusieurs couches successives à l’aide d’un pinceau ou d’un rouleau. L’artiste retirait ensuite le
ruban à masquer et répétait l’opération pour chaque section de la toile.
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Serge Lemoyne (1941-1998)
Dryden
1975
Acrylique sur toile
2000.8.1-2
Observons un instant cette œuvre.
L’artiste Serge Lemoyne a créé ce tableau intitulé Dryden.
Ken Dryden était un gardien de but des Canadiens de Montréal. Dans les années 1970, ce joueur étoile a
mené son équipe à la victoire et lui a permis de remporter six fois la coupe Stanley. Serge Lemoyne a
créé cette œuvre en 1975, quand les Canadiens de Montréal étaient surnommés “ les Glorieux ”. Il a alors
produit des œuvres où les couleurs de l’équipe de hockey dominaient. On appelle cette période son cycle
bleu, blanc, rouge.
Serge Lemoyne (qui est décédé en 1998) était un artiste multidisciplinaire. Il s’est intéressé à la peinture,
à la sculpture, au théâtre, à la poésie et à la musique. Lemoyne était issu d’une famille modeste de la
campagne québécoise. Il voulait que l’art soit pour tout le monde. Il a souvent créé ses œuvres en public,
lors d’événements de peinture en direct. Ces événements fréquents dans les années 70, qu’on appelait
des happenings , étaient organisés et animés par des groupes d’artistes.
Serge Lemoyne présente ici le portrait d’un héros du peuple, d’une de ses idoles. Aujourd’hui, plus que
jamais, les sportifs sont nos héros.
Les médias contribuent à la gloire des héros du sport. Le cadrage serré de l’œuvre rappelle les photos
des sections sportives des journaux. Les dégoulinades nous indiquent dans quel ordre les couleurs ont
été appliquées.
Pouvez-vous retrouver cet ordre ?
Comme les autres couleurs coulent sur le blanc, on devine qu’il a été appliqué en premier. Les dégoulinades blanches sur les yeux du masque montrent que l’artiste a retouché son tableau et que les coulures de
peinture ne sont pas accidentelles. Ces dégoulinades sont caractéristiques de l’œuvre de Lemoyne. Ce
dernier nous rappelle aussi que même si, à l’époque, plusieurs personnes pouvaient reconnaître le masque de Ken Dryden, la majorité des gens n’auraient sans doute pas pu reconnaître son visage.
Le côté à la fois spectaculaire et accessible de cette œuvre ainsi que son sujet – nos amours, nos héros
modernes – en font un des joyaux de la collection du Musée.
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Conclusion
Nous arrivons maintenant à la fin de notre périple à la découverte de la collection d’art canadien. Je souhaite vous remercier de votre participation.
Comme vous le savez peut-être le Musée, en collaboration avec la Fondation du Musée,
souhaite rénover et agrandir l’église Erskine And American située au coin de la rue Sherbrooke et de l’Avenue du Musée dans le but d’y redéployer sa collection d’art canadien.
D’ici à ce que ce projet se réalise nous vous rappelons que la collection est en tout temps
accessible gratuitement pour les Amis du Musée et le grand public. Vous pourrez d’ailleurs
bientôt y admirer une sélection d’œuvres de l’artiste Marc-Aurèle Fortin qui sont récemment venues enrichir cette collection.
Merci et à bientôt !
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