la lettre des marais atlantiques

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n Mallette d’indicateurs de travaux et
de suivis en zones humides
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n Un exemple intégré de collaborations
à l’échelle d’un territoire pour la
réhabilitation de milieux naturels
la lettre des marais atlantiques
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Septembre 2014
n "Visionature" : un outil pour la
science citoyenne
Pages 7 à 10
n La réserve naturelle nationale des
prés salés d’Arès Lège-Cap Ferret
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n eCalluna : une application pour
connaître la répartition de la flore
vasculaire de l’ouest de la France
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Renaturation par dépoldérisation de
l’île Nouvelle
n
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Mise en place d’outils de diagnostic
et de suivi pour la conservation et la
restauration des zones humides de
Gironde
n
Bassin d’Arcachon © Philippe Deschamps
N° 29
édito
MALLETTE D’INDICATEURS DE TRAVAUX
ET DE SUIVIS EN ZONES HUMIDES
Les zones humides au cœur des enjeux pour
l’avenir des générations futures
L’Agence de l’eau Loire-Bretagne et la Région des
Pays de la Loire souhaitaient répondre aux demandes
des gestionnaires de disposer de protocoles de suivis
permettant d’évaluer leur programme d’actions (efficacité
technique, financière, etc.). Elles se sont tournées vers
le Forum des Marais Atlantiques reconnu en tant que
structure ressource en ingénierie d’aide à la gestion des
milieux humides.
Alors que des crises sans précédents frappent les
ressources piscicoles en mer, induisent des mortalités
catastrophiques pour de nombreux coquillages du
littoral, à l’instar des abeilles sur les zones en terre ou
des ressources en eau potable lourdement polluées,
l’évidence du rôle joué par les zones humides, à
l’interface entre la terre et la mer, sur la préservation
des équilibres, des ressources et de l’eau en particulier,
de la biodiversité, du climat et de la santé, semble à
nouveau être reconnue.
De ce partenariat a émergé le projet de création de la Mallette
d’indicateurs de travaux et de suivis en zones humides présenté sous la
forme d’un recueil de trente-quatre fiches pratiques d’indicateurs. Ce
document a été élaboré avec l’aide des acteurs locaux et sur la base
d’expériences territoriales.
Le respect des vocations territoriales, avec des zones
humides qui remplissent à nouveau leurs fonctions
d’une gestion quantitative et qualitative responsable
de la ressource en eau, tout en étant des réservoirs de
biodiversité remarquables, et des zones de séquestration
du carbone inégalées, sont visiblement, dans le cadre
d’une approche globale, à nouveau considérées
comme des zones éminemment stratégiques dans les
documents d’orientations et de programmations des
politiques publiques à venir.
Cette Mallette s’adresse aux différents gestionnaires de territoires de
la région des Pays de la Loire et de l’ensemble du bassin de l’Agence
de l’eau Loire-Bretagne. Elle leurs permet de connaître l’état des zones
humides en évaluant les effets des actions de restauration et d’entretien
mises en œuvre dans les contrats territoriaux et régionaux de bassin
versant ou tout autres outils de gestion.
Ce document est en accès libre sur le site Internet du Forum des
Marais Atlantiques. Les retours d’expérience des acteurs de terrain
permettront de faire évoluer les fiches indicateurs. Une mise à jour de
la Mallette est prévue chaque année.
Plan national d’action en faveur des milieux humides,
10ème programme des Agences de l’eau, actualisation
des schémas directeurs d’aménagement et de gestion
de l’eau (SDAGEs), plans d’action pour les milieux
marins (PAMM), création d’une Commission mixte « lien
Terre-Mer », que j’ai l’honneur de présider, émanant du
Conseil maritime de façade Sud Atlantique et du Comité
de bassin visant à mettre en cohérence la directive cadre
sur l’eau (DCE) et la directive cadre stratégique pour les
milieux marins (DCSMM) sont autant d’outils où le rôle
très stratégique des zones humides est reconnu dans
l’émergence de logiques vertueuses, où la prévention,
l’anticipation sont préférés aux démarches curatives,
par ailleurs bien trop lourdes financièrement dans un
contexte économique incertain. Pôle-relais « Marais
Atlantiques, Manche, et Mer du Nord », l’expertise et
la contribution du Forum des Marais Atlantiques dans
ces différents dispositifs seront déterminantes pour
redonner aux zones humides le rôle central qu’elles
n’auraient jamais du perdre dans la complémentarité
Terre-Mer.
La Mallette comporte une notice d’utilisation permettant d’exploiter au
mieux les fiches indicateurs. Cette notice propose quatre clés d’entrée
pour faciliter le choix des indicateurs et une grille de détermination
des indicateurs les plus pertinents croisant les « objectifs » attendus et
les « travaux » à mettre en œuvre permettant de les atteindre. Une présélection d’indicateurs est établie dans cette grille, qui demande à être
consolidée en groupe de travail en reprenant les enjeux du territoire
concerné. Elle est téléchargeable en version pdf ou en version excel.
Afin de faciliter la lecture de ce tableau, nous vous proposons l’accès
à une base de données dans l’onglet « Choix des indicateurs de la
Mallette ».
Lien Internet : www.forum-zones-humides.org/recherche-indicateur.aspx
Le Forum des Marais Atlantiques accompagne les gestionnaires dans la
prise en main et le déploiement de l’outil.
Lien Internet :
www.forum-zones-humides.org/telechargement-mallette-indicateurs.aspx
Benoît BITEAU,
© FMA
Président au Forum des Marais Atlantiques
Vice-Président de la Région Poitou-Charentes,
Président de la commission
« Ruralité, Agriculture, Pêche et Cultures Marines »
Atelier de reconnaissance des macrophytes et des hélophytes
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LE FORUM EN ACTION
LES ACTIONS
AUTOUR DE LA "MALLETTE
D’INDICATEURS"
Communication : un séminaire indicateurs zones
humides
Le séminaire a eu lieu le mardi 1er juillet 2014 à Nantes. Organisé
à la demande et avec le soutien de la région des Pays de la Loire
et de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, il avait pour objectif de
présenter et d’échanger sur la Mallette d’indicateurs de travaux
et de suivis en zones humides, en associant les gestionnaires, les
associations, les services de l’État et les collectivités, etc.
Cette journée s’est articulée en deux temps : le premier dédié à la
présentation de la Mallette et sa déclinaison sur les territoires, le
second à un tour d’horizon des projets d’indicateurs développés
au niveau national. Cette seconde partie a permis de développer
l’articulation et la transposition de la Mallette à large échelle afin
de tendre vers un socle commun d’indicateurs. Le programme ainsi
que les présentations sont accessibles en ligne.
Lien Internet : www.forum-zones-humides.org/seminaire-indicateurs.aspx
Ateliers de la "Mallette d’indicateurs"
Les ateliers ont pour objectif d’améliorer la connaissance des
structures opérationnelles sur les zones humides sur des thèmes
particuliers. Ils permettent aux acteurs de terrain de s’approprier
les méthodes définies dans les fiches indicateurs de la Mallette.
Ces journées sont animées par le Forum des Marais Atlantiques
avec l’intervention d’un expert.
Lien Internet : www.forum-zones-humides.org/atelier-indicateurs.aspx
Atelier
de reconnaissance des macrophytes
et des hélophytes
Le premier atelier a eu lieu le vendredi 27 juin 2014 sur le thème de
la « Reconnaissance des macrophytes et des hélophytes ». Destinée
aux acteurs de terrain avec un niveau « débutant » en botanique
et notamment sur les macrophytes, cette journée s’est déroulée
en deux temps : la matinée, en salle, avec une présentation de la
Mallette et des généralités sur les macrophytes et l’après-midi, sur
le terrain, à la reconnaissance de la flore.
Atelier
de prélèvement d’eau et d’utilisation d’une sonde
multiparamètres pour les mesures physico-chimiques
Le deuxième atelier, consacré aux mesures physico-chimiques,
aura lieu en octobre 2014. Il est destiné aux acteurs de terrain
souhaitant se former aux méthodologies de prélèvements d’eau et
à la mesure de paramètres physico-chimiques de l’eau par l’emploi
N° 29 - Septembre 2014
d’une sonde multiparamètres. L’expert informera sur les normes,
les agréments et des guides traitant de ces sujets. Il apportera
des recommandations pour les techniques de prélèvements,
les fréquences d’échantillonnage, l’étalonnage d’une sonde, la
lecture des données, des pistes d’interprétation de celle-ci, ainsi
que le coût du matériel et l’entretien. Une session de terrain est
également prévue l’après-midi afin de mettre en application ce qui
a été présenté par l’expert.
Comité d’experts « Indicateurs poissons en marais »
A l’issue des recherches bibliographiques et des contacts pris
auprès des gestionnaires, il a été difficile d’établir un protocole
sur le suivi piscicole pour l’ensemble des marais (littoraux,
continentaux). Aucun indicateur normalisé n’a été élaboré à ce
jour. L’Indice Poisson Rivière permet de suivre la qualité biologique
des cours d’eau mais n’est pas transposable en marais. A partir
des informations recueillies, la Mallette propose trois fiches sur la
caractérisation du peuplement piscicole en marais doux, en marais
salé et en marais saumâtre ouvert à la mer.
Ce comité, animé par le Forum des Marais Atlantiques, a pour
objectif de faire évoluer et consolider ces trois fiches auprès d’un
groupe d’experts.
Le premier comité se tiendra en novembre 2014.
Lien Internet : www.forum-zones-humides.org/comite-poissons.aspx
Nous tenons à remercier vivement l’ensemble des acteurs ayant
participé à la contribution de cette Mallette d’indicateurs pour
leurs retours d’expérience et la valorisation de ce document au
séminaire indicateurs zones humides.
Audrey DURIEZ
Chargée de mission indicateurs de suivis zones humides
Forum des Marais Atlantiques
Tel. 05 46 87 85 36
Courriel : [email protected]
Site Internet : www.forum-zones-humides.org
le forum en action
Un exemple intégré de collaborations à l’échelle
d’un territoire pour la réhabilitation de milieux naturels
Le réseau expérimental sur la réhabilitation de zones humides du Finistère (RERZH29) est porté par la Cellule
d’animation sur les milieux aquatiques (CAMA) du Conseil général du Finistère en partenariat avec le Forum des
Marais Atlantiques. Ce réseau est basé sur une collaboration entre différents partenaires scientifiques et techniques
permettant une évaluation pluridisciplinaire de projets de réhabilitation portés par des opérateurs locaux (voir les
articles des numéros précédents de la Lettre Forum). L’originalité du montage de ce projet a suscité de nombreuses
questions et il nous est paru essentiel d’en expliciter l’organisation.
Un montage de projet original et mobilisateur
La multiplicité des disciplines impliquées, et donc des acteurs
intervenants, a nécessité la mise en place de différentes conventions
pour préciser concrètement l’implication de chacun vis-à-vis du réseau :
n une
convention cadre signée par l’ensemble des
partenaires scientifiques et techniques, qui définit le cadre
global administratif et technique du suivi des expériences
de réhabilitation ; elle précise l’implication de chacun,
les modalités de gouvernance et de suivi, les sources de
financement et les questions relatives à la communication
et à la propriété intellectuelle des résultats ;
n des
conventions bilatérales entre la CAMA et les
partenaires scientifiques et techniques, établies pour fixer
le cadre des interventions et les implications financières
spécifiques à chaque partenaire ;
n des
conventions entre la CAMA et les maîtres d’ouvrage
des travaux, établies pour définir le cadre d’intervention
opérationnelle du maître d’ouvrage et le soutien scientifique
et technique qui leur est apporté par la CAMA ; les
maîtres d’ouvrage mettent en place un partenariat avec les
propriétaires et/ou exploitants des sites si besoin (maîtrise
foncière privée) ;
n des conventions bilatérales entre la CAMA et les partenaires
financiers, fixant les modalités de leur accompagnement et
contributions.
Les associations naturalistes interviennent, quant à elles, pour
des inventaires ou la formation de l’ingénieur recruté par la CAMA
qui s’insèrent dans les conventions déjà en place entre elles et le
Conseil général du Finistère. Un partenariat a également été mis en
place avec le laboratoire interdépartemental d’analyses Labocea,
dans le cadre du protocole départemental, pour la réalisation des
analyses physicochimiques et fourragères nécessaires au projet.
La création d’une synergie positive
au niveau d’un territoire
Ce projet a permis de créer une réelle synergie d’acteurs mobilisés
autour de la problématique de la réhabilitation des zones humides,
permettant des bénéfices mutuels : conseils techniques pour la
mise en œuvre des travaux et évaluation de leurs actions pour les
maîtres d’ouvrages ; mise en œuvre de protocoles expérimentaux
de grande ampleur pour les chercheurs, l’occasion d’améliorer les
connaissances sur la faune et la flore des milieux humides pour les
associations naturalistes. Pour la CAMA, il permet de valoriser les
actions d’acteurs locaux, d’impulser une dynamique positive par
l’exemple sur le territoire.
Armel Dausse
Forum des Marais Atlantiques, bureau de Brest
Tél : 02 98 46 61 25
Courriel : [email protected]
Point de vue d’un chercheur sur le RERZH29
D’un point de vue scientifique, la mise en place d’un réseau de sites
expérimentaux de réhabilitation de zones humides à l’échelle du
Finistère est une opportunité très intéressante pour l’acquisition de
nouvelles données sur ces écosystèmes complexes. Elle permet
notamment de tester des méthodes de restauration adaptées à
chacun des contextes rencontrés. En effet, en venant s’intégrer à des
projets de restauration existants, cette démarche pallie la difficulté
de mettre en place des expérimentations « grandeur nature ». Les
liens mis en place avec les acteurs locaux porteurs de projet donnent
également la possibilité, rare, de mettre en place des suivis à long
terme, indispensables à une réelle évaluation des opérations menées.
D’autre part, cette démarche de collaboration entre scientifiques et
praticiens de la restauration écologique illustre le message promu
par le réseau Réseau d’échanges et de valorisation en écologie de
la restauration (REVER) ; www.reseau-rever.org auquel notre équipe
participe.
Sébastien GALLET
Maitre de conférences
EA 2219 - Université de Bretagne occidentale
Tél : 02 98 01 66 88
Courriel : [email protected]
Interactions entre les différents partenaires du réseau expérimental sur la réhabilitation
de zones humides du Finistère
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VIVRE EN MARAIS
"visionature" :
un outil pour la science citoyenne
Historique
Dès le milieu des années 1990, la Ligue pour la protection des
oiseaux (LPO) Aquitaine a jugé indispensable de stocker ses données
naturalistes sur un support dématérialisé, abandonnant dès lors les
bonnes vieilles fiches cartonnées support de sa base d’information !
En 2001, l’association fit l’acquisition d’un logiciel spécialement conçu.
Ainsi, durant presque une décennie, nous avons renseigné une
base à l’aide de l’outil « fenêtre sur nature ? », qui nous a permis
d’ordonner quelques 250 000 données réparties sur l’ensemble du
territoire aquitain. Au fils des ans, une importante base naturaliste
régionale s’est construite et structurée.
À l’orée de la fin des années 2000, avec le développement du Net, de
nouvelles technologies émergent permettant une nouvelle approche
dans la collecte des informations naturalistes. Nous avons alors
souhaité faire évoluer notre base vers un outil convivial et collaboratif.
La technologie étant accessible, le nombre de personnes connectées
croissant, nous nous sommes mis à la recherche d’une solution
Internet. Nous souhaitions que ce futur outil ne soit pas seulement
réservé à un usage « métier », mais soit aussi accessible à tous, tant
pour la saisie, que pour l’accès à des éléments de restitution.
La solution vint du réseau LPO, grâce à nos collègues de HauteSavoie qui s’étaient déjà équipés d’un système développé en Suisse.
Après avoir posé les bases d’un cahier des charges, c’est à la fin
de l’année 2007 que le projet fut lancé. Il prit le nom de « FauneAquitaine.org », nom simple et évocateur qui pouvait être utilisé
comme nom de domaine. La communauté des utilisateurs surnomma
très vite l’outil « FA », acronyme que nous reprendrons parfois dans
la suite de cet article.
Les poupées russes
Aujourd’hui, près de 70 % des départements métropolitains sont
couverts par le système Visionature(1). Ce réseau contribue annuellement
à collecter près de 20 millions de données qui concernent les oiseaux
mais aussi les autres groupes de vertébrés, à l’exception des poissons,
et quelques groupes d’insectes.
Très tôt, devant l’ampleur du déploiement de l’outil dans le réseau
LPO, les différentes délégations LPO ont décidé d’organiser une
gouvernance pour :
n assurer une cohérence de projet ;
n organiser nos sollicitations auprès du développeur « fenêtre
sur nature ? » ;
n mutualiser nos moyens financiers en termes de développement
de nouvelles fonctionnalités.
Ainsi, la gouvernance Visionature s’organise autour d’un comité de
pilotage qui rassemble toutes les personnes morales utilisatrices de
l’outil et un comité technique plus restreint, en charge du suivi au
plus près du projet.
Mais Visionature n’est pas seulement présent dans l’hexagone.
Plusieurs pays européens se sont déjà dotés de cet outil. L’ensemble
de l’arc alpin est couvert : Italie, Allemagne, Suisse, Autriche,
Catalogne. D’autres sont à venir.
Dans la même logique, une gouvernance européenne s’est mise en
place selon les mêmes objectifs de priorisation, mutualisation, et
un volet « recherche », facilité par la mise en commun très facile de
l’ensemble des données nationales.
© Daniel Godinou
Le 1er février 2008, la base de données en ligne est ouverte par
codes d’accès à un groupe restreint de naturalistes en version test
(« béta »). Durant près de cinq mois, ce groupe d’une cinquantaine
de « béta-testeurs » a éprouvé le système, remonté les bugs et par là
même contribué à l’élaboration de la version publique finale.
Le 7 juillet 2008, Faune-Aquitaine est officiellement ouvert au public.
Dès la mise en ligne, l’accueil est très positif de la part du réseau
des naturalistes régionaux bien au-delà du réseau des adhérents
de la LPO. Rapidement d’autres sollicitations pour continuer à faire
évoluer le système nous sont parvenues pour lesquels nous avons
apporté des solutions. Dans le même temps, le système FA a fait des
émules en France.
© Mathieu Sannier (LPO Aquitaine)
Ber geronnette printanière
N° 29 - Septembre 2014
Flambé - Iphiclides podalirius
Les principes
L’outil Visionature se veut avant tout participatif : il est ouvert à
tous et s’inscrit comme une plateforme de « science citoyenne ».
Chaque contributeur dispose de son propre carnet de note virtuel
qu’il peut extraire sous différents formats. Sa contribution lui permet
de s’informer des observations des autres naturalistes régionaux.
Des restitutions collectives issues de ses propres données lui sont
proposées, elles se construisent avec lui au fur et à mesure de
l’engraissement de la base. La LPO Aquitaine est dépositaire des
données. Elle assure le stockage, le service de maintenance et, ce
qui est la raison même d’une plateforme de sciences participatives,
la valorisation collective des données (cf. infra). Chaque utilisateur
dispose donc de ses propres données et est libre de les utiliser
dans d’autres contextes que celui du projet FA. Cette même logique
préside toutes les bases Visionature.
Ce projet conserve une forte indépendance : la mise en place de la
base a été financée par des fonds publics (2008-2009). Depuis, la
maintenance, la gouvernance et les évolutions fonctionnelles, sont
pleinement assumées par la structure et ne bénéficient pas d’aide
publiques ou privées.
Le jeu de données est également fiable. Au départ, cette question
était au centre des interrogations : « des données participatives
d’accord, mais sont-elles fiables ? » nous disait-on. Nous pouvons
affirmer qu’elles le sont. Il existe pour chaque système local dont
FA, un comité de validation qui vérifie l’ensemble des données et
qui peut invalider sans détruire une donnée qui ne lui semble pas
conforme. Cette donnée invalidée est automatiquement retirée du
jeu de données et n’est pas prise en compte dans les productions
collectives. Elle reste cependant disponible dans le système pour
son auteur qui peut, ou non, la modifier.
Faune-Aquitaine et le réseau des bases Visionature, sont également
des plateformes dédiées à la restitution. Le Web 2.0 permet ce
retour immédiat. Des cartes en temps réel et l’accès à toutes les
observations du moment (sauf données sensibles), sont accessibles
aux contributeurs. Différents articles réalisés à partir des données du
réseau, sont accessibles sur FA. Ils sont téléchargeables gratuitement
à tout visiteur du site, inscrits ou non.
FA participe logiquement à toutes les démarches de porter-àconnaissance qui ont lieu en Aquitaine. Tout d’abord, l’outil alimente
un projet de porter-à-connaissance remarquable initié par le Conseil
général de Gironde, « Nature 33 »2. Cette plateforme publique permet
à tous producteurs de données du département de rendre visible
des couches d’informations et permet à la personne qui la sollicite
de croiser ces couches et de construire ainsi sa propre information.
Ce travail, conduit en partenariat avec l’Observatoire régional de
l’environnement (ORE3), a permis de réaliser un portail de restitution,
SIGFA4, adossé à Faune-Aquitaine, qui alimente Nature 33.
Mais FA contribue aussi aux travaux de l’Observatoire aquitain de la
faune sauvage, en fournissant des couches d’information sous forme
de données agrégées. Enfin, c’est l’expertise de la LPO Aquitaine
que nous valorisons dans ce projet qui constitue la déclinaison
régionale du Système d’information sur la nature et les paysages
(SINP). La LPO Aquitaine coordonne plusieurs programmes VigieNature5. Faune-Aquitaine est donc mis à contribution pour la saisie
de données protocolées. Le Museum national d’histoire naturelle
s’appuie sur le réseau Visionature pour développer des outils
dédiés à ces programmes, comme, par exemple, le Suivi temporel
des oiseaux communs.
(1)
(4)
© Mathieu Sannier (LPO Aquitaine)
VIVRE en
EN marais
Marais
Groupe de naturalistes en formation
Depuis bientôt trois ans, c’est le monde des sciences « dures »
ou fondamentales qui s’intéresse aux productions des simples
naturalistes que nous sommes. En effet, au regard des volumes de
données thésaurisées dans un format standardisé (un informateur,
une date, un lieu géoréférencé, un effectif, un comportement), les
2,6 millions de données pour l’Aquitaine, seulement pour les oiseaux
sur une période de dix ans environ, revêtent une autre importance
pour les chercheurs scientifiques… Ainsi, la LPO Aquitaine a été
associée à un worshop6 réunissant plusieurs Unités de recherche.
Leur projet est de tenter de construire de nouveaux outils statistiques
pour traiter des données qualifiées d’opportunistes c’est-à-dire
sans protocole. C’est évidemment un intéressant prolongement de
l’aventure, car, par ce biais, la valorisation et la reconnaissance des
bénévoles qui contribuent, prend une toute autre ampleur.
Et demain
Aujourd’hui, Faune-Aquitaine et le réseau Visionature se doivent de
poursuivre leurs efforts de restitution tant au niveau local que global.
Les partenariats avec le monde de la recherche, se poursuivent déjà,
et devront se renforcer. Si aujourd’hui les applications en termes de
protection débutent, c’est bien dans cet objectif que nous avons
organisé la mise à disposition de la connaissance des réseaux
naturalistes. Ce champ se doit d’être plus largement investi, et nous ne
le ferons pas seul. Le déploiement de l’outil n’est pas achevé non plus.
D’autres territoires français sont susceptibles de rejoindre le réseau,
tout comme d’autres États européens. Déjà, plusieurs Départements
d’outre-mer (DOM) sont équipés et développent leurs systèmes.
Enfin, et ce sera sans doute un tournant, une application mobile existe
en version tests depuis quelques mois. Elle promet un taux de saisie
de données 2,7 fois supérieurs à celui de l’interface web. Sa mise à
disposition des « Visionatursites » est prévue dans quelques semaines…
Cette avancée technologique, couplée à la mise en place d’un user
unique pour chaque contributeurs de Visionature, permettra à chaque
naturaliste de renseigner les différentes bases Visionature au gré de
ses déplacements et de s’informer de la situation où il se trouve. Un
réseau européen de naturalistes en cours de création selon un mode de
gouvernance unique et innovant qui est l’un des rares exemples où les
particularités locales sont considérées dans une approche européenne
de la connaissance et de la conservation de la Nature.
Le succès des bases Visionature est le résultat de la rencontre des
réseaux naturalistes de la LPO et de Gaëtan Delaloye, naturalisteinformaticien suisse qui a su mettre ses compétences techniques au
service d’une communauté. Au nom du réseau, nous lui présentons
tous nos remerciements.
Laurent COUZI
Directeur, Ligue pour la Protection des Oiseaux Aquitaine
Tél. 05 56 91 33 81
Courriel : [email protected]
Site Internet : www.faune-aquitaine.org
www.ornitho.fr (2) www.nature33.fr/ (3) Observatoire régional de l’environnement
http://sigfa.observatoire-environnement.org/ (5) http://vigienature.mnhn.fr/ (6) http://ciam.inra.fr/cisstats/
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LE DOSSIER
Réserve naturelle nationale des prés salés d’Arès Lège-Cap Ferret
La plus grande zone de prés salés d’Aquitaine
Située au sein de l’anse nord du bassin d’Arcachon, la Réserve naturelle nationale (RNN) des prés salés d’Arès LègeCap Ferret vit au rythme des marées. Tantôt îlot de verdure au milieu des vases, tantôt recouverte par la marée et
ne laissant apparaître que plus ou moins de végétation, cette Réserve naturelle ne laisse personne indifférent. Au
cœur de ces 200 hectares de prés salés, la continuité écologique des milieux naturels de la mer à la forêt (vasières,
prés salés, ourlet dunaire, dune boisée, forêt) est préservée et confère à ce site une valeur exceptionnelle, au niveau
national comme au niveau local. Les paysages de la RNN, situés sur des milieux peu ou pas modifiés depuis la fin du
XIXe siècle, récapitulent l’histoire même de la lagune, d’avant son occupation par l’homme jusqu’à son aménagement
et son exploitation. Le caractère sauvage du site tranche alors avec le littoral urbanisé ou avec les secteurs endigués
du bassin d’Arcachon, où la nature s’est vue maîtrisée. L’évolution des couleurs de la végétation, les jeux de lumières
propres aux ciels littoraux, l’animation offerte par une faune et une flore qui change aux fils des saisons, sont autant
de raisons d’ouvrir ses sens et sa curiosité à la découverte de ce site.
Retour sur trente ans d’existence
La présence d’espèces floristiques rares, certaines typiques des prés
salés et/ou d’affinité méditerranéenne, justifia en 1983, sous l’égide
des associations cynégétiques et naturalistes locales, le classement
d’une partie du site en Réserve naturelle nationale.
À ce fort intérêt botanique s’ajoute une mosaïque d’habitats naturels,
incluant non seulement les vasières, les prés salés, des zones de contact
haut schorre/dune boisée caractéristiques de la continuité préservée
de ce site, mais aussi d’anciens réservoirs à poissons aménagés par
l’homme, des prairies humides, des boisements humides, des dunes
boisées et des chênaies acidiphiles. Cet assemblage inédit abrite
également une faune sauvage particulièrement riche.
Premier objectif : réaffirmer la présence d’un
gestionnaire
L’une des premières missions confiées à l’ONCFS fut de réaffirmer
la présence d’un gestionnaire sur le site. En effet, depuis plusieurs
décennies, les prés salés d’Arès et de Lège-Cap Ferret sont
© Franck Jouandoudet ONCFS
Sur cette dynamique, en 1984, l’Association pour la gestion des prés
salés d’Arès et de Lège-Cap Ferret (AGRNPSA), regroupant la Société
pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le SudOuest (SEPANSO) et la Fédération départementale de chasseurs de la
Gironde (FDC 33), a été créée et exerça une activité de gestionnaire
pendant un peu plus de vingt ans.
La difficulté de cette gestion bipartite, entraîna l’invalidation de
plusieurs projets de plan de gestion par la DIREN (actuelle DREAL),
puis l’arrêt, de tout financement en 2005. Suite à ce constat, le
Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres (CELRL),
propriétaire d’une grande partie du site, a financé la réalisation d’un
plan de gestion par un bureau d’étude, en attendant qu’un nouveau
gestionnaire soit désigné. Depuis août 2007, c’est l’Office national de
la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui est gestionnaire de la
Réserve naturelle. Dans le cadre de ce premier plan de gestion, quatre
objectifs principaux ont été confiés au gestionnaire. Le trentième
anniversaire de la Réserve naturelle et l’échéance prochaine de ce
premier plan de gestion est l’occasion de revenir sur les premiers
résultats obtenus.
N° 29 - Septembre 2014
Vue aérienne de la Réserve naturelle
LE DOSSIER
fortement ancrés dans l’identité locale des territoires du nord du
bassin d’Arcachon. Ainsi, avant la création de la Réserve naturelle,
de nombreuses activités étaient déjà présentes sur le site comme
le pâturage, la récolte de végétaux, la chasse et la pêche. D’autres
activités, beaucoup plus impactantes sur l’environnement, se
développaient et des structures avaient été aménagées pour accueillir
ces activités : un circuit d’auto-cross et un ball-trap. Dans ce contexte,
la gestion du site par l’AGRNPSA, de 1983 à 2005, fut délicate et la
réglementation du site était difficilement applicable. L’ONCFS a donc,
dans le cadre du plan de gestion de la Réserve naturelle, développé
de nombreuses actions pour réaffirmer la présence d’un gestionnaire :
définition d’un réseau de sentiers, panneautage et sensibilisation de
l’ensemble des usagers au respect de la réglementation ainsi qu’aux
enjeux de conservation de la faune et de la flore. Après sept ans, ces
actions semblent avoir porté leurs fruits : les taux de rappels à la
réglementation sont en constante baisse bien que la fréquentation du
site soit en augmentation.
Deuxième objectif :
faire de la Réserve un territoire d’étude
De 1983 à 2007, l’ancien gestionnaire a réalisé plusieurs inventaires
sur la faune, la flore et les habitats naturels. Bien que ces données
soient indispensables, elles ne sont pas exploitables dans le cadre d’un
suivi à long terme des peuplements. Par conséquent, l’ONCFS a eu
pour mission de mettre en place, en partenariat avec des scientifiques,
des études innovantes de suivi à long terme des peuplements. Cette
action s’est concrétisée par la mise en place de protocole de suivis
standardisés et réplicables sur la faune, la flore et les habitats naturels
patrimoniaux.
Ainsi, les espèces floristiques patrimoniales de la Réserve naturelle
comme la Silene laeta, la Spergulaire de Heldreich ou la Romulée
de Provence est effectué à l’aide de quadrats sur des stations géoréférencées. Ce suivi, réalisé annuellement, permettra d’évaluer sur le
long terme les dynamiques d’évolution de ces espèces patrimoniales
et de définir les futures orientations de gestion à retenir pour les
prochaines années.
aussi anthropiques qui peuvent influencer la dynamique des habitats
naturels de la RNN. Construit sur la base d’un référentiel d’espèces
solide, ce modèle pourra intégrer des données recueillies sur d’autres
prés salés de la lagune et ainsi devenir un outil de suivi, à grande
échelle, applicable à l’ensemble du bassin d’Arcachon.
Les espèces faunistiques ont également fait l’objet d’études
approfondies. L’ONCFS s’est impliqué dans les réseaux locaux
de suivi de l’avifaune migratrice du bassin d’Arcachon : suivi des
limicoles côtiers (SEPANSO RNN Banc d’Arguin), suivi des anatidés
hivernants (FDC 33), suivi de la Bernache cravant (FDC 33) et
le suivi des passereaux nicheurs par la méthode des IPA (Indices
Ponctuels d’Abondances) (partenariat RNN Banc d’Arguin, LPO,
FDC33, ONCFS).
Toujours dans l’optique de proposer des études innovantes, l’ONCFS,
en partenariat avec les scientifiques et les structures locales1, a lancé,
dès 2011, un suivi sur les peuplements benthiques et ichtyologique
du domaine tidal de la Réserve naturelle. Le protocole mis en place
dans cette étude a ensuite été repris à une échelle plus large afin
d’évaluer les fonctionnalités écologiques assurées par les prés
salés du bassin d’Arcachon vis-à-vis de la macrofaune aquatique.
Les peuplements piscicoles du domaine endigué ont également
été caractérisés. Ces études ont permis de mettre en évidence
l’importante fonction de nourricerie qu’assurent les prés salés et les
domaines endigués de la Réserve naturelle et de la lagune.
Depuis 2007, la Réserve naturelle joue donc pleinement son rôle de
« laboratoire à ciel ouvert ». La reconduite des travaux réalisés ces
dernières années permettront d’évaluer les dynamiques d’évolution
des espèces et des milieux sur le site afin de définir les prochaines
orientations de gestion à retenir. Ces suivis innovants, une fois
perfectionnés, seront mis à disposition d’autres gestionnaires
d’espaces naturels afin d’envisager des suivis à plus grande échelle.
© Jerome Allou ONCFS
Troisième objectif :
Renaturer les espaces naturels dégradés
Suivi des espèces végétales patrimoniales sur la Réserve naturelle
avec le Conservatoire botanique Sud Atlantique
Dans la même optique, un suivi des habitats naturels de la Réserve
a été mis en place sur plus de 800 points géo-référencés à l’aide
d’unités d’échantillonnage standardisées (surfaces fixes) et d’une
approche phytosociologique. Effectué tous les cinq ans, ce suivi
permettra de mesurer les effets de phénomènes naturels mais
Lors de la prise en gestion, une piste d’auto-cross et un ball-trap étaient
présents sur le site. Créée en 1978, la piste automobile en forme de
8, d’une superficie de 2,8 hectares, témoignait de la notion d’espace
de liberté que représentait autrefois ce marais maritime. Composée de
graviers, gravats et d’un géo textile, elle occasionnait une réduction
significative des zones humides de la Réserve, un aspect paysager
négatif et une menace pour les espèces protégées et patrimoniales
sur et à proximité de cette piste. Des travaux de renaturation ont été
entrepris et ont permis d’obtenir de bons résultats :
n restauration d’habitats naturels de type « haut schorre » et « prés
salés de contact » ;
n restauration d’un marais saumâtre à roselière et à végétation
basse ;
n expansion des habitats potentiels des espèces végétales
protégées ;
n amélioration du fonctionnement hydraulique sous influence tidale
des milieux restaurés.
Multipartenariat, Agence des aires marines protégées, Office national de la chasse de la faune sauvage, Université de Bordeaux I
(EPOC), IRSTEA, Commune de La Teste-de-(Buch, SEPANSO, Agence de l’eau Adour-Garonne, Région Aquitaine, ADERA
(1)
8
9
LE DOSSIER
© Sylvain BRUN ONCFS
Le ball trap n’a pas encore été renaturé mais ceci constituera
une action prioritaire du prochain plan de gestion de la Réserve
naturelle.
Quatrième objectif :
Mettre en place une gestion éco participative
Les espèces dites envahissantes peuvent concourir à la modification
et à la disparition de certains habitats et espèces patrimoniales
par compétition interspécifique entrainant l’homogénéisation des
paysages. Non exempte des marais maritimes littoraux la question
de la gestion des espèces envahissantes est régulièrement source de
débats, de problématiques de gestion et de réflexions auxquels sont
confrontés de nombreux gestionnaires d’espaces naturels.
Chantier bénévole de lutte contre le Baccharis à feuille d’arroche
avec les ACCA et l’association surf-insertion
Mentionné pour la première fois sur le bassin d’Arcachon en 1891,
le Baccharis à feuille d’arroche, originaire d’Amérique du Nord, est
aujourd’hui omniprésent sur le domaine endigué et le haut schorre
de la Réserve. L’ONCFS a mis en évidence son importante dynamique
de colonisation sur la Réserve naturelle : + 11 hectares entre 1985
et 2010. En 2010, cette espèce occupait près de 60 % des habitats
naturels du haut schorre (28 hectares) et menaçait de ce fait certaines
fonctionnalités écologiques des prés salés.
Un nouveau plan de gestion
pour les cinq prochaines années
Les principaux objectifs fixés lors de la reprise en gestion de la Réserve
naturelle ont impulsé des orientations de gestion qui resteront les
grandes lignes directrices pour les années à venir. La gestion future
restera donc, comme les années précédentes :
n patrimoniale, c’est-à-dire qu’elle visera avant tout à maintenir
les habitats naturels, les espèces et les cortèges de forte valeur
patrimoniale. La continuité préservée des habitats des prés salés,
de la vasière jusqu’à la dune boisée, permettra une libre évolution
des habitats naturels et des espèces et s’identifiera alors, de façon
évidente, avec la non-intervention. Cependant, ce choix de la nonintervention ne sera pas appliqué dans le cadre de perturbations
liées et définies par des phénomènes exogènes. Cette gestion
patrimoniale aura également pour objectif de maintenir et mettre
en valeur les aspects culturels du site.
Suite à ce constat, une démarche de gestion participative de
cette problématique a été privilégiée. L’équipe de la RNN s’est
donc rapprochée de plusieurs structures associatives implantées
localement (associations d’insertion, associations cynégétiques, club
de randonneurs…) afin de restaurer les parcelles présentant de forts
enjeux de conservation (habitats d’espèce floristiques patrimoniales,
enjeux oiseaux d’eau, zone de ponte de Cistude, etc.). L’implication de
ces structures dans la gestion de cette espèce a permis l’organisation
de chantiers de bénévoles. Sur un plan environnemental, ces chantiers
ont permis de restaurer, en l’espace de sept ans, environ 13,5 hectares
d’habitats naturels dégradés.
n non uniforme car elle privilégiera dans les objectifs les milieux et
les espèces à la fois les plus remarquables et les plus menacés ;
n adaptative, c’est-à-dire qu’elle pourra, en fonction de l’évolution
© Julien Steinmetz ONCFS
N° 29 - Septembre 2014
Le circuit d’auto-cross avant renaturation.
© Julien Steinmetz ONCFS
des habitats, moduler le régime d’intervention ou de non
intervention sur les secteurs définis ;
Véritables facteurs de lien social, d’échanges culturels et
intergénérationnels entre les différents usagers et participants, ces
chantiers se sont révélés être un formidable outil au service de la
nature à dimension humaine. Ils incarnent, à eux seuls, les enjeux et
politiques à mettre en œuvre dés aujourd’hui, et à plus grande échelle,
afin de garantir la santé et le bon fonctionnement de nos écosystèmes
et de notre société.
Le circuit d’auto-cross après renaturation
LE DOSSIER
Bien que d’importantes avancées aient été réalisées ces dernières
années en termes d’accueil du public, de mise en place d’études
scientifique, de renaturation d’habitats anthropisés et de gestion
participative, de nombreuses actions restent à réaliser. Ainsi, lors du
prochain plan de gestion, une véritable stratégie d’accueil du public
sera mise en place et permettra au public de profiter du territoire en
s’appropriant la question de la conservation de la biodiversité. Pour
cela, le plan de circulation de la Réserve naturelle sera en partie
actualisé afin de rendre possible l’accessibilité du site aux publics en
situation de handicap.
La Réserve continuera à endosser son rôle de territoire d’études.
Lors du précédent plan de gestion, de nombreux suivis standardisés
et réplicables ont été mis en place et seront poursuivis afin d’obtenir
la dynamique d’évolution des espèces et des habitats de la Réserve
naturelle. De nouvelles études seront également proposées. Suite à
l’envahissement du haut schorre par des espèces aux dynamiques
envahissantes (Chiendent du littoral, Spartine bigarrée, Jonc
maritime, Baccharis…), l’ONCFS expérimentera, en étroite
collaboration avec les acteurs locaux et les scientifiques, différents
modes de gestion de la végétation des prés salés par la fauche et le
pâturage. Sur la partie poldérisée de la Réserve, berceau d’activités
économiques aujourd’hui disparues, la gestion des anciens
réservoirs à poissons, typiques des paysages propres à la lagune
du bassin d’Arcachon, tendra également vers l’expérimentation de
nouvelles modalités afin de mettre en place une gestion intégrée
de ceux-ci. Axée notamment sur l’aspect hydraulique, elle devra
permettre de concilier, à la fois, une gestion écosystèmique de ces
milieux tout en permettant d’optimiser la continuité écologique avec
les eaux de la lagune.
Après trente ans d’existence, la Réserve naturelle joue donc
aujourd’hui pleinement son rôle. À la fois zone de protection,
d’accueil du public, de laboratoire et d’usages, la Réserve naturelle
nationale des prés salés d’Arès et de Lège-Cap Ferret représente
maintenant un territoire vivant et identifié par la population locale.
Bien que des inquiétudes légitimes puissent apparaître par rapport
au changement climatique prévisible, à la multiplication des pratiques
et usages ou à l’accroissement démographique important du bassin
d’Arcachon, le travail du gestionnaire sera de valoriser l’importance
de la Réserve auprès des populations locales afin de faire évoluer
les mentalités et d’associer la Réserve naturelle à un développement
socio économique maitrisé.
Richard DENEUVIC
Garde technicien RNN prés salés, ONCFS
Tél. 06 37 30 18 38
Courriel : [email protected]
Sylvain BRUN
Conservateur RNN prés salé, ONCFS
Tél. 06 28 66 78 71
Courriel : [email protected]
Site Internet : http://www.reserve-naturelle-pres-sales.org/
© Sylvain Brun ONCFS
Aujourd’hui, les usages se diversifiant, l’ONCFS aura également
pour mission d’encadrer ces nouveaux usages de façon à les
rendre compatibles avec les exigences liées au statut de Réserve
naturelle nationale. L’activité cynégétique présente sur le site se
doit d’être exemplaire. Pour cette raison, l’équipe de la Réserve
naturelle mènera un important travail avec les chasseurs afin de
rendre cette activité la moins perturbante possible pour la faune
et la flore, d’intégrer au mieux la chasse dans l’environnement et
de continuer la gestion du site de façon participative avec ces
usagers.
Le pré salé à marée basse
10 11
acteurs en marais
© CBN de Brest (Thomas Bousquet)
Une application pour
connaître la répartition
de la flore vasculaire
de l’ouest de la France
Inventaire sur le terrain
Etablissement public, le Conservatoire botanique national de Brest étudie et préserve la flore sauvage et les
habitats naturels et semi-naturels de l’ouest de la France. Il est agréé depuis 1990 par le ministère de l’Ecologie
pour intervenir sur les régions Basse-Normandie, Bretagne et Pays de la Loire hors la Sarthe.
Accessible sur www.cbnbrest.fr/ecalluna, l’application eCalluna propose
d’accéder à une information de synthèse issue de plus de 3,5 millions
de données sur la répartition des plantes, accumulées par le
Conservatoire botanique depuis plus de trente ans. L’information est
restituée sous forme de cartes et de listes d’espèces. L’utilisateur peut
choisir le territoire d’interrogation (une région, un département,
une commune) et l’échelle de restitution (département, maille,
commune).
MIEUX CONNAÎTRE POUR MIEUX APPRéHENDER LA FLORE
QUI NOUS ENTOURE
eCalluna permet de connaître la répartition géographique et de
suivre l’évolution des populations de plantes sauvages dans le
temps et à différentes échelles :
n une référence pour aider les élus et les professionnels de
l’environnement à prendre en compte la préservation de la
diversité végétale sauvage ;
n des données utiles aux botanistes pour développer leur
connaissance ;
n des informations susceptibles d’intéresser les citoyens, les
enseignants, les curieux de nature…
SOURCES DES DONNéES
Les données mobilisées proviennent d’inventaires de terrain et du
dépouillement de sources bibliographiques. L’application eCalluna
agrège ainsi des données provenant de sources variées comme
les atlas floristiques départementaux, des flores anciennes et des
inventaires de terrain réalisés par les botanistes du Conservatoire et
ses collaborateurs bénévoles. Les informations sont mises à jour de
manière hebdomadaire pour tenir compte des découvertes récentes.
En effet, les informations affichées sont le reflet d’un état des
connaissances disponibles au Conservatoire botanique au moment de
la consultation de l’outil, elles ne prétendent pas à exhaustivité et leur
qualité dépend largement de l’état de la connaissance, lequel peut
varier fortement entre territoires.
Maillage : façon de découper le territoire en divisions de même taille, carrées
ou rectangulaires ; représentation très souvent utilisée pour la cartographie de
la répartition d’espèces de flore ou de faune
(1)
N° 29 - Septembre 2014
Inventaires de terrain
Depuis le début des années 1990, le Conservatoire botanique
anime un « inventaire permanent de la flore » de son territoire. Cet
inventaire vise à recueillir des informations sur la répartition de la
flore vasculaire sur la base d’un protocole standardisé. De nombreux
botanistes bénévoles y contribuent en transmettant leur données
au Conservatoire botanique ; actuellement ils sont plus de 500 à
participer activement à l’inventaire. Avant leur intégration dans les
bases de données du Conservatoire botanique, la cohérence de
chaque donnée d’inventaire est validée (validation nomenclaturale,
taxonomique et géographique). Cette validation vise à garantir la
cohérence, la fiabilité et la traçabilité des informations.
Pour aider les botanistes dans leur travail et les remercier de
leur contribution, le Conservatoire botanique met à disposition
un certain nombre d’outils (référentiel taxonomique, clés de
détermination, bordereau d’inventaire et outil de saisie en ligne,
revue E.R.I.C.A. …). Il propose également aux botanistes de se
rencontrer sur le terrain à l’occasion de sorties botaniques.
Avertissement
eCalluna fait appel à des données provenant de sources variées.
Selon les sources, les échelles de recueil ne sont pas les mêmes,
ce qui limite leur utilisation à d’autres échelles de restitution. C’est
ainsi qu’il est difficile de transformer une donnée de présence
recueillie à l’échelle d’une maille1 en donnée communale, la
maille pouvant en effet recouper plusieurs communes ou bien
une commune concerner plusieurs mailles. De manière générale
pour les cartes de répartition, les cartes « à la maille » sont les
plus complètes et homogènes car elles intègrent un maximum
de données de sources différentes. Pour les territoires ayant fait
l’objet de nombreux inventaires de terrain, selon la méthodologie
de l’inventaire du Conservatoire botanique, l’information fournie par
les cartes est identique, peu importe l’échelle de restitution choisie.
© CBN de Brest (Hermann Guitton)
Conscient que le partage de la connaissance est un maillon
essentiel pour la préservation du patrimoine naturel de son
territoire, il a développé un système d’information en ligne sur
la flore vasculaire nommé eCalluna.
Drosera rotundifolia (Rossolis à feuilles rondes)
© CBN de Brest (copie d’écran)
ACTEURS EN Marais
Interface de consultation de l’application eCalluna
eCalluna propose deux types d’interrogation : une entrée par plante et deux
entrées par territoire (par commune et par territoire supra-communal).
Entrée par plante
Si on s’intéresse à la répartition d’une plante sur un territoire
donné, il suffit de saisir le nom d’une plante – nom scientifique ou
nom français – pour obtenir sa carte de répartition dans l’entrée
« Recherche par plante ».
© CBN de Brest (copie d’écran)
On distingue les données de présence « historique » des données
« modernes », qui correspondent aux données récoltées depuis 1980.
Sous la carte s’affiche la liste des communes ou des mailles dans
lesquelles la plante a été observée, avec indication de la dernière date
d’observation. En en-tête figure une photo de la plante ainsi que les
noms scientifiques et français de la plante. On y trouve également des
informations sur le statut de la plante, comme, par exemple, sa protection
et sa vulnérabilité, mais également son éventuel caractère invasif.
Répartition de Drosera
rotundifolia (Rossolis
à feuilles rondes)
sur le territoire du
Conservatoire botanique.
Échelle de restitution
maille UTM de 10 km²
(source eCalluna
du 26-05-2014)
Entrées par territoire
Quelles sont les plantes présentes sur ma commune ? Certaines
d’entre-elles sont-elles protégées ? Ce type d’information se trouve
dans l’entrée « Recherche par commune ». On y trouve également
des indications sur l’état des connaissances de la flore à l’échelle
de la commune à travers le nombre d’observations floristiques la
concernant. La volonté du Conservatoire est de fournir dans cette
rubrique quelques chiffres clés sur la flore vasculaire des communes
de son territoire et de sensibiliser les citoyens à ce patrimoine souvent
méconnu. Les informations fournies peuvent alimenter directement
les démarches du type « atlas de la biodiversité communale ».
Pour comparer des territoires entre eux et identifier, par exemple, des
territoires à forts enjeux, mais également des territoires mieux connus
que d’autres, il faut choisir l’entrée « Synthèse par territoire ».
Les cartes proposées permettent de visualiser la répartition des
plantes protégées ou invasives, mais également plus globalement
de la diversité floristique à l’échelle du territoire d’intervention du
Conservatoire botanique national de Brest. Pour garantir la cohérence
des cartes et des chiffres clés fournis dans les entrées par territoire,
peu importe l’échelle de restitution, il a été choisi de n’y représenter
que les données recueillies au moins à l’échelle communale et des
données considérées « modernes ».
Carte du nombre d’observations par commune pour
les Pays de la Loire - hors
la Sarthe
Cette carte reflète bien
l’état des connaissances de
la flore des départements
de la Vendée, de LoireAtlantique, de la Mayenne
et du Maine-et-Loire. On
note notamment une forte
pression d’observation dans
le Maine-et-Loire, département qui fait actuellement
l’objet d’un important programme d’inventaire en
prévision de l’élaboration
de l’atlas floristique du
département.
© CBN de Brest (copie d’écran)
PLUSIEURS INTERROGATIONS POSSIBLES
PERSPECTIVES
La récente mise en ligne de l’application eCalluna constitue une
première étape dans le développement d’une meilleure capacité de
restitution de l’information scientifique et technique du Conservatoire
botanique. Le Conservatoire botanique complètera progressivement
les dispositifs visant à diffuser ces informations à partir de l’outil
Internet. Il est ainsi prévu d’améliorer progressivement eCalluna et
de développer de nouveaux contenus et de nouvelles formes de
restitution de l’information sur la flore et les végétations du territoire
d’action du Conservatoire botanique.
LIEN VERS L’APPLICATION :
www.cbnbrest.fr/ecalluna
Marion HARDEGEN
Déléguée régionale de l’Antenne Bretagne
Référent interrégional eCalluna
Conservatoire botanique national de Brest
Tél. 02 98 41 88 95
Courriel : [email protected]
Site Internet : www.cbnbrest.fr
12 13
VIVRE EN Marais
Renaturation par dépoldérisation
de l’île Nouvelle
Le Département de la Gironde, dans le cadre de sa
politique en matière d’Espaces naturels sensibles, a
entrepris un projet pionnier de renaturation de l’Île
Nouvelle, propriété du Conservatoire du littoral (1991).
Analyse du contexte géologique et hydrogéologique (BRGM)
Un site en devenir : le projet développé sur l’île
Cette dernière est en charge localement vis-à-vis des eaux estuariennes
mais ne semble pas impacter d’un point de vue qualitatif les eaux de la
Garonne. Aussi, la dépoldérisation ne présente-t-elle pas d’impact sur les
eaux souterraines (Éocène).
L’île Nouvelle vit aujourd’hui ses premiers temps de reconnexion à
l’estuaire. Le Conservatoire du littoral et le Département de la Gironde
se sont associés pour mettre en valeur ce site autour d’un projet à la
fois écologique et patrimonial. Après deux siècles d’activités agricoles,
il s’agit maintenant de la « renaturer », de la redonner à la nature et
de laisser le fleuve revenir l’inonder afin de lui permettre d’accueillir
une faune et une flore les plus variées possibles. Il s’agit également de
valoriser l’histoire des hommes qui ont vécu sur ces îles.
Pour la partie sud de l’Île (île Sans pain) cette renaturation passe par
une gestion des niveaux d’eau contrôlée par le biais de deux écluses.
Au nord (île Bouchaud), en février 2010, la tempête Xynthia a provoqué
une voie d’eau au nord-est de la digue et a créée, en quelques mois, une
« coursive » sur plus d’un kilomètre de long et une trentaine de mètres de
large. Depuis, l’eau pénètre et inonde sur un rythme tidal tout le nord de
l’île selon l’importance des coefficients de marées.
La morphologie de cette coursive a évolué rapidement avec une première
phase d’érosion régressive jusqu’en 2012, puis en 2013 s’est dessiné
une phase de stabilisation.
L’inondation tidale impacte la couverture végétale sur toute cette zone.
Les espèces rudérales qui s’étaient installées sur cette friche agricole
ainsi que les jeunes frênaies ne résistent pas à l’inondation régulière
ainsi qu’à la salinité des eaux. Une importante vasière se constitue sur
cet espace, avec sur les zones les plus hautes le développement d’une
végétation de zone humide intertidale.
Pour comprendre précisément ce phénomène, le Département de la
Gironde s’est tourné vers la communauté scientifique afin d’étudier
la nature de cette dépoldérisation. C’est en 2012 qu’un projet de
recherche pluridisciplinaire et pluriannuel (trois ans) est contractualisé
avec le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), l’Institut
national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement
et l’agriculture (IRSTEA) et l’Association pour le développement de
l’enseignement et des recherches auprès des Universités, des centres de
recherche et des entreprises d’Aquitaine (ADERA) représentant plusieurs
laboratoires et co-financé par l’Agence de l’eau Adour-Garonne et la
Région Aquitaine.
Caractérisation de la dynamique sédimentaire (Université
de Bordeaux I - UMR 5805 EPC - Équipe METHYS / GEO-Transfert)
La dépoldérisation soumet la partie nord de l’île Nouvelle au balancement
des marées et provoque une sédimentation fine active lors de chaque
inondation. Cette partie de l’île constitue donc une vaste zone de
piégeage des sédiments qui l’ont transformée en immense vasière.
Les dépôts de vase se font quotidiennement à un rythme qui varie en
fonction des débits de la Garonne et de la Dordogne. L’hypothèse du rôle
du bouchon vaseux de la Gironde dans cette sédimentation est évoquée
et est en cours d’analyse. Les dépôts se font majoritairement au milieu
et en haut de la vasière. Les parties basses, proches de la coursive,
subissent des courants forts qui y limitent la sédimentation. La quantité
des dépôts dépasse par endroit le mètre.
L’analyse des sédiments à permis de caractériser ceux-ci plutôt fluides
en surface (teneur en eau comprise entre 50 et 76 %), constituant
des vases relativement homogènes qui engendrent une sédimentation
unimodale et très cohésive.
Depuis la fin de l’hiver 2012-2013, les parties les plus hautes de la
vasière (qui subissaient les taux de sédimentation les plus importants)
montrent un ralentissement dans leur sédimentation. Ces parties se
stabilisent et ne sont plus inondées que lors des plus grandes vives-eaux
ou lors d’événements de tempête.
Spatialisation de la contamination métallique et organique
dans les sols et sédiments de l’île Nouvelle et évaluation
des risques géochimiques en cas de remobilisation / érosion
(Université de Bordeaux I - UMR 5805 EPOC Équipe TGM et LPTC)
L’étude des contaminants métalliques dans les sols et les sédiments de
l’île Nouvelle ne montre pas d’anomalie au regard du bruit de fond des
métaux dans l’environnement de l’île, en termes d’enrichissement des
sols en chrome, nickel, arsenic, zinc et plomb. Pour ce qui concerne
le cuivre, il n’y a pas d’anomalies sauf ponctuellement dans la partie
sud, quant au cadmium l’enrichissement est mineur à modéré sur l’île à
l’exception de la partie sud (dépoldérisée depuis plusieurs décennies)
qui présente un enrichissement sévère. Cet enrichissement sévère
© Sylvain CARDONNEL
Les différents volets étudiés et les premiers résultats sont les suivants.
Cette étude, qui a consisté essentiellement en la synthèse des
connaissances actuelles, a permis de mettre en évidence qu’au droit de
l’île Nouvelle, il n’y a pas de nappe superficielle (nappe phréatique) et
que la première nappe rencontrée est celle de l’Éocène moyen.
N° 29 - Septembre 2014
Evolution de la végétation
© Sylvain CARDONNEL
VIVRE en
EN marais
Marais
Accumulation des sédiments
Equipe IRSTEA Pêche scientifique
sur cette zone déjà dépoldérisée s’explique par le piégeage de ces
métaux, cuivre et cadmium lors des submersions. En effet, lors des
tests de remobilisations de ces contaminants métalliques, on observe
un piégeage des contaminants cités lors du flot et particulièrement au
cours des marées de vives-eaux.
L’analyse des contaminants organiques est en cours.
Evolution de la couverture végétale de l’île Nouvelle
par télédétection spatiale (GEO-Transfert)
Ce volet consiste à étudier la transformation des sols ainsi que les
différentes étapes de colonisation des nouveaux cortèges floristiques
par télédétection spatiale au rythme d’une à deux images par an.
L’acquisition et l’analyse des images satellites depuis 2009 a permis
de définir un modèle conceptuel de l’évolution du couvert en quatre
étapes : submersion, inondation tidale, comblement et stabilisation. La
submersion et l’apparition de la brèche a tout d’abord engendré une
érosion régressive (creusement d’une « coursive ») et la salinisation des
sols provoquant un déboisement et un apport de sédiments. L’inondation
tidale poursuit ce phénomène d’érosion et d’apport de sédiments.
La phase de comblement se caractérise par une accumulation des
sédiments et le début d’une colonisation primaire qui va préparer la
phase de stabilisation avec le comblement et la densification du couvert
végétal. Ce modèle sera éprouvé courant 2014 et 2015 et affiné
notamment sur la caractérisation du couvert végétal.
Effets et intérêts de la dépoldérisation de l’île Nouvelle
pour les poissons et macrocrustacés de l’estuaire
(IRSTEA Bordeaux - Unité EPBX)
Cette étude consiste à décrire les assemblages de poissons, crabes et
crevettes d’un marais dépoldérisé, en comparaison avec d’autres milieux :
une vasière naturelle à proximité et une zone poldérisée sur l’île.
Les premiers résultats ont permis de détecter la présence en abondance
de deux espèces, le Gobie tacheté Pomatoschistus microps espèce
estuarienne et le Mulet porc Liza ramada espèce migratrice, l’Anguille
Anguilla anguilla est toujours présente, en revanche les espèces de
poissons d’eau douce se raréfient ou disparaissent.
Coursive
L’étude souligne également la présence de quatre espèces migratrices
amphihalines dans un habitat potentiellement important lors des phases
de migration l’Alose feinte Alosa fallax, l’Anguille Anguilla anguilla, le
Mulet porc Liza ramada et le Flet Platichtys flesus.
Enfin, on constate le déclin de la Crevette des marais P. Varians au profit
de la Crevette de l’estuaire P. longirostris et la présence saisonnière de
la Crevette grise.
Analyse d’une politique de gestion visant à la renaturation
de l’île Nouvelle (IRSTEA Bordeaux - Unité ADBX)
Ce volet en lien avec le projet ANR Adapt’eau, prévoit d’analyser les
perceptions de cette politique de gestion : renaturation par dépolderisation
auprès des acteurs de l’estuaire de la Gironde (gestionnaires locaux,
prestataires, visiteurs). Aussi une trentaine d’acteurs ont été audités
dans le cadre de cette étude sur les thématiques des changements
globaux et de la protection face risque inondation, de la vulnérabilité
des écosystèmes, de la gouvernance des zones humides et du rôle des
acteurs. Une analyse des enjeux socio-économiques est aussi en cours
et doit se décliner sur 2014/2015.
À l’issue de ces trois années d’étude ce programme de recherche devrait
permettre à la collectivité d’avoir un outil d’aide à la décision fiable et
d’établir un plan de gestion sur la base des diagnostics réalisés.
Sylvain CARDONNEL
Garde gestionnaire des ENS - coordonnateur Secteur Nord
Service environnement - Bureau du patrimoine naturel
Direction de l’environnement et du tourisme
Conseil général de la Gironde
Tél. 05 56 99 33 33 - poste 50 76 / 06 25 17 15 45
Courriel : [email protected]
Site Internet : http://www.gironde.fr/
© Sylvain CARDONNEL
En outre, les espèces marines euryhalines sont très peu représentées,
seulement trois espèces : Bar franc Dicentrarchus labrax, Sole Solea sp.
et Anchois Engraulis encrasicolus et très peu d’individus, probablement
en lien avec la position de l’île dans l’estuaire (haut estuaire oligohalin à
mésohalin). Le faible rôle de nourricerie pour ces espèces est à confirmer.
Entrée de la brèche
14 15
VIVRE EN Marais
Mise en place d’outils de
diagnostic et de suivi pour la
conservation et la restauration
des zones humides de Gironde
Plus de deux tiers des zones humides françaises (marais,
lacs, cours d’eau, tourbières, estuaires) ont été détruits
depuis le début du siècle dernier.
Dans le cadre de la Convention internationale de Ramsar (1986), de
nombreux rapports ont montré la nécessité d’étendre les études sur les
zones humides afin de porter à connaissance l’origine et l’étendue des
menaces sur ces habitats et les moyens à mettre en œuvre pour lutter
contre elles.
À ce titre, le Département de la Gironde (33), en appui avec l’Agence de
l’eau Adour-Garonne (AEAG), a établi un « Plan d’Actions départemental
pour les Zones Humides » (PAZH) préconisant d’améliorer la connaissance
du patrimoine floristique et faunistique et de favoriser la mise en œuvre
de gestions intégrées des zones humides girondines.
Pour approfondir ces actions, le Conseil général de la Gironde et l’AEAG
participent financièrement à nos travaux de thèse effectués au sein de
l’UMR BioGeCo-Université de Bordeaux.
Le département de la Gironde, abrite une diversité de zones humides,
certaines étant soumises à de fortes perturbations anthropiques ou non.
Cette multiplicité se retrouve aussi dans le type de gestion et les données
produites sur chacun des sites gérés.
Au cœur des questions de recherche en écologie des communautés, cette
thèse vise à répondre à plusieurs attentes des gestionnaires et instances
publiques : quels sont les états de conservation des communautés
végétales de zones humides de Gironde ? Comment mesurer l’efficience
de la gestion en répondant à des objectifs de conservation ? Quels sont
les services rendus par les écosystèmes ?
Nous travaillons sur deux systèmes : les landes humides et les prairies
alluviales.
Quel est l’état de conservation des communautés végétales
de zones humides en Gironde?
De nombreux relevés floristiques ont été réalisés depuis plus de cinquante
ans dans le département. Nous avons utilisé ces relevés anciens et réalisé
de nouveaux relevés floristiques dans les mêmes types de communautés
végétales (Fig. 1). Dans un contexte de changement global, l’analyse
conjointe des relevés anciens et récents, permet de mettre en évidence
l’évolution temporelle des communautés végétales depuis ces cinquante
Fig. 2 - Schéma systémique global
dernières années, en considérant les communautés anciennes comme
« écosystèmes de référence ».
Les relevés actuels sont réalisés au sein de placettes permanentes
géoréférencées, permettant ainsi de constituer l’état initial pour un
suivi. À ces relevés floristiques actuels seront couplées des données
environnementales récoltées cette année (type de sol, gestion, fauche/
pâturage,…). En faisant appel à des analyses statistiques, nous
pourrons alors construire les différents stades d’un habitat le long des
gradients environnementaux définis précédemment. Le gestionnaire
pourra ainsi se placer le long de cette trajectoire et identifier la position
actuelle et attendue de sa communauté végétale, sous l’effet d’un ou
plusieurs facteurs environnemental (Fig. 2).
Comment s’assemblent et coexistent les espèces végétales
dans un habitat référence : les prairies à Molinie (Habitat 6410)?
L’objectif de cette partie est, par une approche expérimentale, de
comprendre le frein à l’expression de la diversité dans les communautés
végétales de prairies à Molinie de la Réserve naturelle nationale « Étang
de Cousseau ».
Pour avoir une diversité végétale élevée, faut-il favoriser la connexion
entre habitats et donc la dispersion de graines (trames vertes) ou une
gestion locale par la fauche ou le pâturage ? Pour cela, nous mimons la
dispersion grâce à un semis de graines d’espèces de prairie à Molinie,
et la fauche par la suppression des espèces dominantes à deux périodes
de l’année - (Fig. 3).
Conclusion
À terme, les données acquises constitueront une base de données
protocolée visant à assurer un suivi permanent dans le but de créer un
observatoire de la qualité des habitats des zones humides de Gironde.
Il intégrera à la fois des indicateurs d’état de la biodiversité végétale et
animale mais aussi les rôles écosystémiques que peuvent remplir ces
habitats.
Elsa ALFONSI, doctorante
Didier ALARD et Marie-Lise BENOT, encadrants
UMR BioGeCo
Tél. 05 40 00 30 06
Courriel : [email protected]
ne (Gironde)
Fig. 1 - Le marais de la Verg
N° 29 - Septembre 2014
Fig. 3 - Dispositif expérimental sur la RNN Etang de Cousseau
Q uelques
infos
Agenda
,
Appel a contribution
Contribuer à la Lettre « Forum »
et à la newsletter « Esc@le »
Séminaire sur les schémas d'aménagement
et de gestion des eaux (SAGE)
Le ministère chargé du développement durable organise conjointement
avec l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), l’Office
International de l’Eau (OIEau) et en lien avec le groupe national SAGE, un
séminaire sur les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE),
les 23 et 24 septembre 2014 à Paris.
Ce séminaire a pour but de promouvoir l’intérêt des SAGE comme outil de planification et d’aménagement du territoire auprès des élus locaux, notamment par le biais
de témoignages de présidents de commissions locales de l’eau (CLE). Il sera également
un lieu d’échanges et de réflexion avec les animateurs de SAGE, sur les besoins et des
pistes de recommandation pour accompagner la montée en puissance des SAGE.
Contact : [email protected]
Consulter le communiqué MEDDE/Onema/OIEau sur le séminaire SAGE :
http://www.gesteau.eaufrance.fr/sites/default/files/
Message_S%E9minaire-SAGE.pdf
Le Forum des Marais Atlantiques communique régulièrement sur les
actions et les projets de vos structures, et ce au travers de sa lettre
d’informations « Forum ».
Si vous souhaitez communiquer et valoriser vos actions, vous pouvez rédiger
et nous transmettre vos articles afin qu’ils soient publiés dans la lettre. Vous
pouvez nous signaler tout événement (colloques, etc.) ou publications susceptibles de figurer dans ce document de communication.
Vous pouvez également valoriser vos informations via notre newsletter
mensuelle « Esc@le ». Diffusée par email, cette newsletter présente, sous
forme de brèves, une actualité régulière sur les zones humides littorales de
l’Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord :
- programme des prochaines manifestations,
- études et projets en cours,
- réglementation sur les zones humides et le littoral,
- sélection de publications.
Pour nous transmettre vos articles, écrivez à la coordinatrice :
Christelle Boucard
[email protected] / Tél. 05 46 87 80 36
Agenda
La Trame verte et bleue (TVB),
un outil d'aménagement
du territoire pour la préservation
de la biodiversité
Les lois dites « Grenelle I et II », respectivement
de 2009 et 2010, ont fixé les grands axes pour la
création d’une Trame verte et bleue. Pour sa mise
en œuvre, la TVB est encadrée essentiellement par
les dispositions du Code de l’environnement et du
Code de l’urbanisme.
La Trame verte et bleue est une démarche qui porte une ambition forte et structurante : celle d’inscrire la
préservation de la biodiversité dans les décisions d’aménagement du territoire, notamment dans les schémas
de cohérence territoriale (SCOT) et dans les plans locaux d’urbanisme (PLU). Pour réussir, elle nécessite la
participation active des citoyens, des opérateurs économiques, des organisations de protection de la nature
et des administrations publiques ayant des compétences à la fois dans la conservation et la planification.
Aussi, le 23 octobre 2014, au Palais des congrès de Rochefort, dans le cadre de l’organisation de son
12ème Conseil des Marais, le Forum des Marais Atlantiques vous propose de présenter l’outil Trame verte
et bleue sous l’éclairage d’expériences de sa mise en œuvre au travers d’exemples d'intégration des enjeux
des territoires dans les documents d'urbanisme ou de la réalisation d'opérations concrètes de remise en bon
état de continuités écologiques. Cette journée vise à clarifier les questions récurrentes que tout un chacun
(administrations, associations, techniciens des collectivités, gestionnaires, élus, mais également grand public)
se pose sur cette démarche, c’est-à-dire sur les objectifs, les principes, le cadre juridique, les procédures, les
sources de financement, la gouvernance, etc.
Coin lecture
Avec le concours des membres
du Forum des Marais Atlantiques
Coordination régionale LPO Pays de la Loire. 2014.
Oiseaux nicheurs des Pays de la Loire. 576 p. Editions Delachaux et Niestlé : Paris
Par sa situation privilégiée aux frontières du Massif armoricain, du Bassin parisien et du Bassin aquitain,
traversée par la Loire, la Région Pays de la Loire possède un patrimoine naturel d’une grande richesse et
d’une exceptionnelle diversité. Ainsi, avec 201 espèces d’oiseaux nicheurs, elle abrite plus de la moitié de
l’avifaune qui se reproduit sur le territoire national.
et de ses partenaires financiers et institutionnels
Cet ouvrage est l’aboutissement d’un remarquable travail collectif animé par la Coordination régionale LPO
Pays de la Loire qui fédèrent un grand nombre d’associations ornithologiques. Il est le fruit de six années
de prospection intensive. L’ouvrage regroupe 201 monographies rédigées par 92 auteurs qui permettent
d’avoir aujourd’hui un bilan précis et actualisé de l’état de l’avifaune nicheuse régionale.
Véritable mine d’informations sur la répartition des espèces, leur évolution, les menaces qui pèsent sur elles
et les mesures de conservation à mettre en œuvre, cette compilation inédite permettra à chacun de mieux
connaître l’avifaune régionale et de mieux agir pour sa protection. En effet, le constat est alarmant : sur
les 201 espèces nicheuses en Pays de la Loire, près d’un tiers (57 espèces, soit 32 %) sont menacées de
disparition et notamment des espèces jugées autrefois communes, telles que le Moineau friquet, la Linotte
mélodieuse ou encore le Bouvreuil pivoine.
Ce livre, dirigé par la Coordination régionale de la LPO Pays de la Loire, a pu voir le jour grâce aux partenariats
avec le Groupe naturaliste de Loire-Atlantique, la LPO Anjou, la LPO Loire-Atlantique, la LPO Sarthe, la LPO
Vendée, Mauges Nature, Mayenne Nature Environnement, la Réserve naturelle nationale du lac de GrandLieu (Société nationale de protection de la nature) et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.
Pour le commander :
Editions Delachaux et Niestlé : http://www.delachauxetniestle.com
Pour l’emprunter :
Centre de documentation du Forum des Marais Atlantiques :
[email protected]
La lettre
est éditée par
le Forum des Marais Atlantiques - BP 40214
quai aux Vivres, 17304 Rochefort sur Mer Cedex
Tél. 05 46 87 08 00 - Fax 05 46 87 69 90
www.forum-zones-humides.org
[email protected]
Portail national des zones humides :
www.zones-humides.eaufrance.fr
Directeur publication : Benoît Biteau
Rédacteur en chef : Gilbert Miossec
Coordination : Christelle Boucard
Crédit photo : FMA
sauf mentions spécifiques
Impression : PEFC/10-31-1240
ISSN 1775-4208 (numérique) ISSN 1769-0013 (papier)
Dépôt légal à parution
Conception et réalisation : www.montgomery-ouest.com